‹ La jeunesse de BalzacChapitre 9 sur 155 · Voir Une Page perdue de H. de Balzac, pp · texte numérisé non relu

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2. « Et l'on appelle vivre cette rotation de meule de moulin, ce perpétuel retour des mêmes choses ! Encore si quelqu'un ;ettait sur cette froide existence un charme quelconque. Je n'ai

Il était alors dans tout l'éclat de la plus magnifique jeunesse. Nous publions un portrait qu'a fait de lui, vers ce temps-là, son ami Devéria'.

point encore eu les fleurs de la vie et je suis dans la seule saison où elles a épanouissent. Ou'ais-je besoin de la fortune et de ses jouissances ? Quand j'aurai 60 ans, quand on ne fait plus que d'assister à la vie des autres et que l'on a plus que sa place à payer, qu'il est nécessaire d'avoir les habits des acteurs ! Un vieillard est un homme qui a dîné et qui regarde ceux qui arrivent en faire autant. Or, mon assiette est vuide, elle n'est pas dorée, la nappe est terne, les mets insipides. J'ai faim et [rien] ne s'offre à mon avidité. Que me faut-il?., des ortolans, car je n'ai que deux passions l'amour et la gloire, et rien n'est encore satisfait, rien ne le sera jamais. » (Collection Lovenjoul, ms. A 276, fol. 43 v°. — Œuvres complètes, t. XXIV, Correspondance, p. 35 (lettre à sa sœur, datée de Villeparisis, 1821.) 1. Le portrait, non signé, que nous avons publié dans notre première édition, gravé sur bois par Lepère, est toujours resté dans la famille deBerny; généreusement offert par M. Charles Tuîeu à la Collection Lovenjoul, il en fait aujourd'hui partie ; c'est ce même portrait que nous donnons dans notre nouvelle édition, gravé par Clément. D'après les traditions que nous avons recueillies, il est attribué à Achille Devéria, à qui Balzac, en 1843, dédia l'un de ses romans, Honorine. L'original est exécuté à la sépia. On voit dans la Correspondance publiée par Mm8 Surville (Œuvres complètes, t. XXIV, p. 50) que, dès 1825, époque à laquelle Balzac entreprit la publication du Molière et du La Fontaine, des relations d'amitié s'établirent entre l'artiste et l'écrivain. Il est donc possible que la lettre suivante (Collection Lovenjoul, ms. A 286, fol. 200) se rapporte au portrait que nous donnons :

Mon bon Achille,

Il me faut à l'instant une seppia (sic) de ma figoure; je viens ; donnez-moi trois heures de votre tems. Mais trois heures sont un immense sacrifice, vu que je suis traqué par le travail. Brûlez ce petit mot, et dites oui ou non.

Mille gracieusetés.

de B[al]z[ac].

Le billet n'est, malheureusement, pas daté et le vicomte de Lovenjoul nous écrivait à ce sujet : « A mon avis, la lettre est de

La figure et le corps n'étaient pas empâtés et alourdis; Balzac ne portait pas encore les cheveux longs ; ils étaient coupés courts et se dressaient en touffes épaisses sur un front superbe; il ne portait pas non plus la moustache; le contour de la physionomie était d'un galbe extrêmement pur et plein sans rondeur; le double menton s'esquissait à peine ; la bouche abondante, fraîche, voluptueuse et mobile disait toutes les ardeurs d'une nature puissante et tendre; le nez, aux narines frémissantes, dessinait le méplat du bout qui révélait en lui, d'après lui-même, le flair du chien de chasse. Le tout, enfin, était animé, éclairé, enflammé par le magnifique regard de ces yeux bruns, « pailletés d'or », que toutes les femmes qui l'ont vu ont signalé : regard droit, regard pénétrant, regard sincère, regard gai, regard mutin, regard enchanteur, qui paraîtrait presque féminin, s'il n'était soutenu par la solidité de l'arcade sourcilière et par l'autorité du front.

la fin de 1834, ou de 1835 ; car elle est écrite à l'encre rouge, encre dont Balzac s'est servi pendant fort peu de temps. Certaines parties de ses manuscrits, datant de cette époque, tels que ceux de Séraphita, du Père Goriot, etc., sont seules écrites avec cette encre. »

Cependant la dédicace, écrite par Balzac au-dessous du portrait et qui est, en partie, celle de Louis Lambert, dédié à M"ede Berny, et, d'autre part, l'existence des relations entre Devéria et Balzac, dès 1825, permettent de penser que le billet se rapporte bien à l'exécution du portrait.

A cet âge, Balzac, qui fut si vite déformé par la vie, était beau, — beau d'une beauté ardente, expansive et rayonnante; c'était un gars noir, au teint coloré, rond, le corps plein, « les mollets énormes », robuste et bien portant, avec l'éclair de la bonne humeur, le charme du sourire et la flamme du génie.

Mme de Pommereul, qui le reçut dans son château de Fougères, quelques années plus tard, après la débâcle, alors que, ruiné, amaigri, déjà changé, il cherchait en Bretagne un refuge pour écrire Les Chouans, Mme de Pommereul l'a peint en quelques traits précis où l'on sent toute l'acuité de l'observation féminine : « C'était un petit homme avec une grosse taille, qu'un vêtement mal fait rendait encore plus grossière ; ses mains étaient magnifiques ; il avait un bien vilain chapeau; mais, aussitôt qu'il se découvrit tout le reste s'effaça. Je ne regardai plus que sa tête... ; vous ne pouvez pas comprendre ce front et ces yeux-là, vous qui ne les avez pas vus : un grand front, où il y avait comme un reflet de lampe, et des yeux bruns remplis d'or, qui exprimaient tout, avec autant de netteté que la parole... Que vous dirai-je? Il y avait, dans tout son ensemble, dans ses gestes, dans sa manière de parler, de se tenir, tant de confiance, tant de bonté, tant de naïveté, tant de franchise qu'il

était impossible de le connaître sans l'aimer... une bonne humeur tellement exubérante qu'elle devenait contagieuse. En dépit des malheurs qu'il venait de subir, il n'avait pas été un quart d'heure au milieu de nous, nous ne lui avions pas encore montré sa chambre, et déjà il nous avait fait rire aux larmes, le général et moi1... » Tel était l'homme, en septembre 1828, quand il alla chercher un refuge chez le général de Pommereul. On peut deviner de quelle allure large et vigoureuse il abordait la vie, quand, en 1822 et 1823, il se décidait à engager la lutte et se jetait dans la mêlée.

11 est difficile de préciser les motifs qui décidèrent Balzac à se faire éditeur d'abord, et bientôt imprimeur. Il y a, dans tout cela, quelque mystère.

Ses parents vivaient à la campagne. Mme Surville raconte que, quand Honoré venait à Paris, il descendait dans l'appartement de son père et qu'il fit ainsi la connaissance « d'un voisin, homme d'affaires, qui lui conseilla de chercher, pour se faire libre, une bonne spéculation, et qui lui fournit les moyens de l'entreprendre2 ».

1. Voir Balzac en Bretagne, par R. du Pontavice de Heussey, pp. 21-22.

2. Voir Balzac, sa vie et ses œuvres, par Mme Laure Surville,

On a dit aussi que Balzac eut, le premier, Fidée des éditions compactes, et que c'est lui qui songea, d'abord, à publier en un seul volume les œuvres de Molière et celles de La Fontaine.

Il peut y avoir du vrai dans tout cela, mais c'est une vérité un peu arrangée. L'idée des éditions compactes n'appartient pas à Balzac. Il ne fit que reprendre à son compte des projets déjà en cours d'exécution.

Quant au « voisin homme d'affaires », nous le connaissons, c'est M. d'Assonvillez. Il paraît avoir eu quelque liaison avec la famille de Berny, qui allait jouer un si grand rôle dans la vie de Balzac.

M. d'Assonvillez explique lui-même en termes précis, dans une lettre adressée à Balzac, le rôle qu'il a joué dans cette phase de la carrière de son jeune ami : « Mon cher Honoré... vous savez que je n'ai jamais connu M. Urbain Canel, que je n'ai jamais eu confiance en lui, que je n'ai jamais fait d'affaires avec lui et, dès lors, que jamais je n'ai été à même de faire avec lui des gains, qui pourraient aujourd'hui me consoler de la perte énorme que l'on me propose. Dans cette affaire, c'est vous seul que j'ai désiré obliger; c'est une entrée dans les affaires que je voulais vous procurer, etc...1 ».

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