LETTRE DE HONORE BALZAC A URBAIN CANEL
13 mai 1835.
A M. Urbain Canel, libraire, place St-André-des-Arts,
n° 30, à Paris.
Villepansis.
Mon cher Monsieur Urbain,
J'irai sans faute vous voir dimanche matin pour échanger nos billets sur papier mort en billets faits sur papier timbré. Ayez la complaisance, je vous prie, de ne pas sortir ou de ne pas vous éloigner avant que je ne sois venu, et je n'arriverai pas avant midi.
Si vous avez besoin d'argent pour le La fontaine avant
dimanche, écrivez-moi ; mais, dimanche, munissez-vous de timbres pour terminer cette affaire-là aussi.
J'ai rétabli la fin du 3e volume de Wann-Chlore et je suis en train de corriger le 4e volume. Lundi, Rignoux aura toute la copie et vous n'aurez plus de reproches à me faire.
Attendez-moi bien dimanche, car le jeune homme qui réclame mes billets part pour l'Angleterre.
Mes complimens à vos dames, et recevez, je vous prie, l'assurance de mon sincère attachement,
H. Balzac.
Villeparisis.
La lettre n'est pas datée, mais le timbre de la poste porte la date du 13 mai 1825.
(Collection Lovenjoul, ms. A 258, fol. 7bi9.)
[18] TRAITE ENTRE PIERRE-FRANÇOIS GODARD, URBAIN CANEL ET HONORÉ BALZAC
17 avril 1825.
Entre M. Pierre-François Godard, graveur sur bois, demeurant à Alençon, rue Aucieux (sic), n° 17, d'une part,
Et M. Urbain Canel, libraire, demeurant à Paris, place St-André-des-Arcs, n° 30, et M. Honoré Balzac, demeurant à Paris, rue de Tournon, n° 2,
Ce dernier étant pour le présent à Alençon, fondé de pouvoirs de M. Urbain Canel en ce qui le concerne et permettant d'envoyer la ratification du présent traité — d'autre part,
A été fait et convenu ce qui suit :
Article /. — M. Godard s'engage à graver sur bois un certain nombre de vignettes d'après les dessins de M. Devéria ou tout a utre dessinateur, destinées à une édition in-octavo en un seul volume des œuvres complètes de Lafontaine que Mrs Urbain Canel et Balzac se proposent de publier.
LA LIBRAIRIK. 309
Article 2. — M. Godard s'engage à travailler à ces vignettes préférablement à toutes autres, à moins qu'il ne soit dérogé par écrit, tel qu'une simple lettre, à la présente convention.
Article S. — M1S Urbain Canel et Balzac s'engagent à payer comptante Monsieur Godard la somme de soixantedix francs par bois de vignette gravé, et ce, entre les mains et sur la quittance de M. Roret, libraire à Paris.
Néanmoins, M,s Urbain Canel et Balzac se regarderont comme obligés à augmenter ce prix de dix francs en sus si les soins donnés par M. Godard étaient tels que les vignettes fussent appréciées par M. Devéria mériter cette augmentation.
Article 4. — M. Godard s'engage, par ces présentes, à faire les vignettes des éditions de Racine et de Corneille exclusivement à tout autre ouvrage, si, après les vignettes de Lafontaine exécutées, Mrs Urbain Canel et Balzac entreprenaient les susdites éditions de Racine et de Corneille ou tout autre.
Mais alors, si Mrs Urbain Canel et Balzac avaient accordé quatre-vingt francs par vignette du Lafontaine, ce prix de quatre-vingt francs serait alloué à M . Godard par chaque vignette des éditions projetées — sauf à Messieurs Urbain Canel et Balzac à augmenter encore de dix francs ce nouveau prix, si M. Godard, par son travail, et au dire de M. Devéria, le méritait encore.
Article 5. — Si par cas fortuit et qu'on ne saurait prévoir, l'édition de Lafontaine n'avait pas lieu, le présent traité serait nul de plein droit, mais les parties contractantes seront engagées par la gravure d'une seule vignette, etil demeurera bien entendu que MIS Urbain Canel et Balzac peuvent seuls profiter du droit accordé par le présent article.
Article 6. — Si les deux premiers bois gravés ne convenaient pas à M,s Urbain Canel et Balzac, ils auraient la faculté de résilier le présent traité, en désintéressant M. Godard par une somme de cent francs payée entre les mains de M. Roitet, libraire, dont la quittance libérera
Mrs Urbain Canel et Balzac de toutes sommes dues à M. Godard, et ce, dans tous les cas du présent traité.
Article 7. — Les vignettes une fois approuvées de M1S Urbain Canel et Balzac, le présent traité aura son exécution pleine et entière, M. Godard s'engageant, dans l'intérêt de son talent même, à graver les vignettes suivantes comme il aura gravé les premières.
Article S. — Les vignettes des éditions postérieures à celle du Lafontaine devront avoir les mêmes dimensions que les vignettes de la susdite édition de Lafontaine, sinon, Mrs Urbain Canel et Godard feraient un nouveau prix de gré à gré.
Fait double à Alençon le dix-sept avril mil huit cent vingt-cinq.
Il est entendu par fles parties qu'une simple lettre de M. Urbain Canel suffira pour ratifier le présent traité et, au refus de M. Urbain Canel d'y donner sa ratification, M. Godard ne serait plus engagé que par M. Balzac.
Les frais d'envoi et de retour des bois seront au compte de Mrs Urbain Canel et Balzac.
Alençon, 17 avril 1825.
Honoré Balzac.
Godard.
Si le libraire Delongchamps demande à M. Godard des vignettes pour l'édition de Molière, imprimée en un volume in-8° chez Bignoux, à Paris, M. Honoré Balzac consent par ces présentes à ce que M. Godard donne à M1'5 Urbain Canel et Delongchamps une vignette pour le Molière sur trois vignettes exécutées, à savoir deux pour le Lafontaine et une pour le Molière.
H. Balzac
M. Balzac soussigné s'engage à payer comptant M. Godard par deux vignettes livrées; ainsi M. Roret recevra à chaque remise cent quarante francs pour le compte de M. Godard.
H. Balzac.
Les parties contractantes, afin d'éviter toute contestation dans le précédent traité, ajoutent, pour expliquer les
mots de l'article premier un certain nombre de vignettes, que M. Godard fera exclusivement à toutes autres les vignettes qui lui seront données par MM. Urbain Canel et Balzac pour la collection des classiques français qu'ils entreprennent, en commençant par les éditions de Molière et de Lafontaine.
A Alençon, ce 17 avril 1825.
Approuvé l'écriture ci-dessus,
Godard.
Honoré Balzac'.
Ce fut au numéro 16 de la rue aux Sieurs, alors habituellement orthographiée rue aux Cieux, que Balzac se rendit, à son arrivée à Alençon. Là se trouvait, ajoute le comte G. de Contades, la librairie Godard, à laquelle était joint un cabinet de lecture, où l'on venait chercher les Mystères d'Udolphe, d'Anne Radcliffe, et les Barons de Felsheim, de Pigault-Lebrun. Ce magasin, à l'apparence vulgaire, était la demeure de véritables artistes, le père et le fils Godard, graveurs sur bois, qui s'étaient fait un nom même en dehors de leur province. Voir Balzac alençonnais, p. 6.
Le séjour de Balzac à Alençon ne fut que de courte durée. Rentré à Paris, Balzac communique le traité du 17 avril à Urbain Canel qui le ratifie; le 19, il en informe M. Godard par une lettre qui est publiée in-extenso dans la Correspondance (t. XXIV des Œuvres complètes, p. 50).
A cette lettre qu'a également publiée M. le comte de Contades, d'après la pièce autographe conservée dans la collection de M. de La Sicotière, et qui offre quelques variantes avec le texte imprimé, était jointe l'adhésion suivante d'Urbain Canel, également adressée à Godard :
1. Ce traité, qui fait partie de la collection de feu M. de La Sicotière, léguée par lui à la ville d' Alençon, a été publié, pour la première fois, par M. le comte G. de Contades dans un article inséré dans le Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, intitulé : Balzac alençonnais, et tiré à part à 70 ex. dont 10 sur Japon, sous ce titre : Balzac alençonnais. Alençon, E. Renaut-De Broise, 1888, in-8°, p. 19 à 23.
Monsieur,
J'adhère aux sentiments que vient de vous exprimer M. Balzac et je ratifie pleinement et entièrement le marché que vous avez conclu et arrêté avec lui sous la date du dix-sept de ce mois et, conformément à l'article spécial de ce traité concernant la ratification, cette simple lettre doit équivaloir à ma signature sur le dit traité. Je vous prie, en conséquence, de m'en accuser réception.
J'ai vu les vignettes que vous avez confiées à M. Balzac, elles m'ont paru fort bien et je conçois de votre talent la plus haute opinion.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération,
Votre très humble serviteur, Urb. Canel.
Paris, 19 avril 1825.
[19] DISSOLUTION DE LA SOCIÉTÉ FORMÉE ENTRE MM. CHARLES CARRON, HONORÉ BALZAC, BENET DE MONTCARVILLE ET URBAIN CANEL, POUR L'ENTREPRISE DU LA FONTAINE
1er mai 1SW.
Entre les soussignés :
Charles Carron, médecin, demeurant à Paris, rue de l'Odéon, n° 17, d'une part,
Honoré Balzac, homme de lettres, demeurant à Paris, rue de Berry, n° 7, d'une part,
Jacques-Edouard Benêt de Montcarville, officier en réforme, demeurant à Paris, rue Meslay, n° 41, encore d'une part,
Et Urbain Canel, libraire, demeurant à Paris, rue St- Germain-des-Prés, n° 9, d'autre part,
A été dit et convenu ce qui suit :
Art. 1er.
La Société qui existait entre les soussignés pour l'entreprise des Œuvres complètes de Lafontaine en un volume
in-octavo est et demeure dès à présent dissoute, d'un consentement unanime.
Art. 2.
En ce qui touche la liquidation de la dite entreprise, les sieurs Carron et Montcarville seulement se reconnaissent satisfaits et quittent le sieur Urbain Canel de toute obligation envers eux quant à la dite entreprise, pour prix de la renonciation que font les srs Balzac et Urbain Canel du droit qu'ils auraient de les forcer à continuer la publication des dites œuvres de Lafontaine.
Fait quadruple à Paris, le premier mai mil huit cent vingt-six.
H. Balzac.
Approuvé l'écriture Approuvé l'écriture ci-dessus, ci-dessus, U. Canel. J.-E.-B. de Montcarville.
Approuvé l'écriture ci-dessus, Carron.
En marge : Enregé à Paris, le cinq mai 1826, fol. 8 v. Reçu cinq francs cinquante c. plus cinquante cent, pour le D. de Société.
(Collection Lovenjoul, ms. A 258, fol. 79',er.)
[20] CESSION A H. BALZAC PAR MM. URBAIN CANEL, CH. CARRON ET DE MONTCARVILLE DE LA PRO- PRIÉTÉ DU LA FONTAINE
1er mai 1826.
Entre les soussignés :
Charles Carron, demeurant à Paris, rue de l'Odéon, n° 17, d'une part,
Jacques-Edouard Benêt de Montcarville, officier en réforme, demeurant à Paris, rue Meslay, n° 41, d'une part,
Urbain Canel, libraire, demeurant à Paris, rue St-Germain-des-Prés, n° 9, d'une part,
Et Honoré Balzac, homme de lettres, demeurant à Paris, rue de Berry, n° 7, d'une autre part,
A été dit et convenu ce qui suit :
Art. 1.
Les srs Urbain Ganel, Charles Carron et de Montcarville cèdent, transportent et abandonnent au sr Honoré Balzac, ce acceptant, tous leurs droits de propriété sur : 1° les six premières livraisons qui ont été faites d'une édition des OEuvres complettes (sic) de Lafontaine, en un seul volume in-octavo, imprimé à deux colonnes, en caractère dit Mîgnone, tiré sur papier cavalier vélin de la fabrique de M. Montgolfier, d'Annonay, orné de trente vignettes environ, dessinées par Devéria, gravées par Thompson, la dite édition tirée à trois mille exemplaires et mains de passe. -— 2° sur tous les bois des vignettes dont il est parlé ci-dessus ainsi que sur toutes les listes de souscripteurs, sommes à recevoir pour souscriptions et pour les livraisons futures et précédentes en tant que ce jourd'huy des souscripteurs n'auraient encore rien payé au sr Urbain Canel. — 3° sur dix-sept rames de papier dont il a été parlé ci-dessus et qui se trouvent chez le sr Rignoux, imprimeur à Paris, enfin sur les trois mille exemplaires qui ont été tirés de la seizième feuille du dit volume et sur la composition des formes qui suivent la dite seizième feuille jusqu'à la fin du Théâtre de Lafontaine, ainsi que le tout se poursuit et comporte sans en rien réserver ni excepter.
A la charge par le sieur Balzac de terminer les dites OEuvres de Lafontaine, de tenir tous marchés faits avec des tiers, souscripteurs et autres, quant à la continuation de la dite édition. La présente cession est faite, en outre, pour indemniser le sr Honoré Balzac de toutes sommes servies par lui au s1' Urbain Canel pour l'entreprise des dites œuvres de Lafontaine que le s1 Urbain Canel est dans l'impossibilité de continuer, sous tels noms que ce soit et à la charge pour le sr Balzac de remettre au s1' Urbain Canel tous titres et billets ou reconnaissances des dites sommes.
Art. 2.
Le sr Urbain Canel ayant dirigé l'entreprise et les objets présentement cédés étant en sa possession, il est seul chargé de leur livraison an sr Balzac et il est spécialement convenu entre les soussignés que les objets présentement
cédés seront livrés au s1 Balzac indemnes de toutes sommes à payer pour leur confection et sans autres déductions que, quant aux exemplaires, de ceux donnés aux journaux et livrés aux acheteurs et souscripteurs.
Fait quadruple à Paris, ce premier mai mil huit cent vingt-six.
U. Canel.
Approuvé l'écriture Approuvé l'écriture cy-dessus, ci-dessus, H. Balzac. J.-E.-B. de Montcarville.
Approuvé l'écriture ci-dessus, Garron.
Je déclare, pour satisfaire aux droits d'enregistrement, que les sommes versées au sr Urbain Canel s'élèvent à la somme de cinq mille francs, sauf erreur des comptes courans.
H. Balzac.
En marge de ce traité, enregistré le 5 mai 18*26, Rignoux a écrit la déclaration suivante : Je déclare avoir pris connaissance du dit traite. Paris, 5 mai 1826. Rignoux.
(Collection Lovenjoul, ms. A 258, fol. 8.)