Recherches sur la Société, sub finem
51. Bowring, vol. V, p. 68 ; note manuscrite de Benlham. 1774 : « There is no man that doth awrong for the wrong's sake, but therebyto purchase himself profit or pleasure. a This grand truth was not hidden from Lord Bacon. His was a mind to be struck with the beauty of truth wherever it met him, but his was not an âge when to pursue it to the utmost was lither practicable or safe. <i Cum vilia prosint, peccat qui recte facit : if vices were upon the whole matter profitable, the virtuous man would be the sinner ».
52. Hume, Essay XXIV, of refinement in the arts. — Helvetius critique, dans le même esprit, La Rochefoucauld [de l'Esprit, discours I, chap. iv).
— Cf. Adam Smitb, Theory of Moral Sentiments, Part. VII, sect. II. — Benthani. Introduction, chap. X, 5 xm Bowring, X. pp. 22-73. — Godwin, Political Justice, 2e édit. liv. VIII. chap. vu. — Malthus, Princ i pie of Population, Appendice, 9e édit., p. 492.
53. Dès 1735, y. la lettre à Lister du 12 déc. 1736 , Hartley avait écrit deux traités intitulés The Progress to Happiness deduced from Reason. La vingt-deuxième et dernière proposition de ses Conjectura; affirme que la faculté de gagner le plaisir et d'écarter la douleur doit commencer avec la naissance et s'accroitre de jour en jour ; Hartley la démontre par les considérations qu'il reprendra plus tard les étendant de l'individu à l'espèce) dans ses Observations, et conclut, dans un cinquième et dernier corollaire, à ■ la coïncidence des causes efficientes et des causes finales. »
54 . Hartley pense que « nous devons estimer tous nos plaisirs également, par leur grandeur, leur permanence et leur tendance à en produire d'autres : et nos peines de la même manière. » On Man., Part I, sect. II, Prop. XIV? cor. 10 . C'est ['intensité, la durée et la fécondité de la théorie deBentham.
55. On Man. Part I, chap. i, sect. II, Prop. XIV, cor. 9... Hartley continue : Or. in other words, association, under the supposition of this corollary bas a tendency to reduce the state of those who hâve eaten of the tree uf the knowledge of good and evil, back again to a paradisiacal une...
— Pour faire sa démonstration, Hartley a besoin qu'on lui accorde aussi bien dans les Conjectura; que dans les Observations que les mouvements qui produisent du plaisir l'emportent en nombre, dès le premier instant, sur ceux qui occasionnent de la peine.
56. Ibid, cor. 12. — Cf. chap. III. sect. i, prop. lxxxv ; — et part. II, chap. III, se>t. \n, prop. lxxiv, 4°.
57. Voir tout le début de Y Essay on the ftrst principlcs of governmeni (1761 . — Pi Btley avait été en correspondance avec Hartley peu de temps avant la mort de celui-ci 1757 .
286 NOTES. (Pp. 23-2o)
58. Essay VI, of the independency of Parliainent (vol. I, p. 117).
59. Morellet, Mémoires, vol. I, p. 68 : L'éloignement où j'étais de Paris et les occupations que me donnait mon voyage, m'empêchèrent de suivre la destinée du livre de l'Esprit avec l'intérêt que j'y eusse mis sans doute au milieu de mes amis philosophes qui regardaient tous Helvetius comme un apôtre et un martyr de la philosophie. Les Italiens, parmi lesquels je vivais, ne s'en occupaient pas encore, quoique ce fût le pays de l'Europe où cet ouvrage devait avoir le plus grand succès, et a fini par l'obtenir. — En Russie, v. Westminster Reciew, vol. l,p. 90. — Bowring, vol. X. p. 56 : joie de Bentham lorsqu'il rencontre à Bucarest « un jeune homme intelligent, qui parle Français et lit Helvetius. — Beathain fait la connaissance du Dr Schwediaur, d'Edinbourg, et tout de suite a confiance en lui : « il adore Helvetius » (lettre à Samuel Bentham, 27 octobre 1778 ; add. mss. Brit. Mus. 33, 538, f. 247). Franklin «a toujours un Helvetius sur sa table» : on peut donc le considérer comme un réformateur sincère (même lettre; ibid., f. 248). — Y. dans Sybil, le roman de Disraeli, le portrait de lord Marney, le grand seigneur intellectuel, le représentant d'une aristocratie qui avait fait son temps, « cynique, dénué de sentiment, arrogant, positif, dur. Il n'avait pas d'imagination, avait épuisé le peu de sensibilité qu'il avait reçue en naissant, mais il était pénétrant, argumentateur, et ferme jusqu'à l'obstination. » Sans éducation première, il s'était mis à l'école des philosophes français, a II avait formé son esprit avec Helvetius, dont il tenait le système pour irréfutable, et en qui seul il croyait. Armé des principes de son grand maître, il pensait pouvoir traverser l'existence dans une armure d'acier, et vous donnait toujours, dans les relations quotidiennes, l'impression d'un homme qui avait conscience que vous essayiez de le duper et vous en estimait plutôt, mais dont l'œil froid, méchant, toujours actif, vous provoquait. » (Book II, chap. i). — En 1800, le docteur Parr consacre une page des notes de son Spital Sertnon à réfuter Heh.tius ; en 1805, Hazlitt publie des remarks on the Systems of Hartley and Helvetius : « I do not mean that Helvetius was the first who conceived the hypothesis hère spoken of, for I do not think he had wit enough to invent even an ingenious absurdity ; but it was through hini, I believe, that this notion has obtained its présent popularity. »
60. Dans sa préface, Helvetius s'excuse d'avoir dû, pour obéir aux exigences de la censure, supprimer plusieurs citations de Hume. — Sur les influences anglaises que subit la pensée de Helvetius, v. Rae, life of Adam Smith, pp. 142-3, 200.
61 . Bowring, vol. X, p. 10 : dans la discussion que Fénelon imagine, en Crète, sur la meilleure forme de gouvernement.
62. Pendant qu'il est à Oxford, son père lui assigne pour tâche, en outre de ses travaux d'Université, la traduction d'un livre des Tmnulanes. Pendant plus d'un mois, de février à mars 1761, (add. mss. Brit. Mus. 33, 537, ff. 72-82), Bentham s'applique à la lâche. La version nous a été conservée
(add. mss. Brit. Mus. 33, 537, ff. 83-123) ; Cicéroo, dans le texte traduit, développe longuement cette idée que la vertu consiste à mépriser le plaisir. On conçoit que Bentham ait toujours gardé à Cicéron une rancune fortement motivée. « L'idée, écrit-il, (v. p. bas Appendice II) de considérer le bonheur comme pouvant se résoudre en une pluralité de plaisirs distincts e?t directement contraire aux doctrines exposées dans les Tusculanes de Cicéron; livre qui, de même que la plupart des autres écrits philosophiques de ce grand maître du laDgage, n'est pas autre chose qu'un tas de sottises. »
63. De septembre à novembre 1770 (add. mss. Brit. Mus. 33, 537, 1T. 229- 233).
64. A partir du 25 sept. 1775 (add. mss. Brit. Mus. 33, 537, ff. 361-2). Samuel est en France, apprenant lo français. « Que vous vous sentirez heureux, s'écrie Jérémie, de posséder bientôt une langue qui vous payera si bien de votre travail? Oui, vous lirez avec Davies (et pourquoi non avec moi?) le divin Helvetius. » — Et il termine sa lettre par ces mots : « ... Tout jusqu'ici, sans dictionnaire et sans grammaire. Ne voilà-t-il pas que je suis bon Français? Quand j'ai temps de réfléchir un peu, je fais assez bien. »
65. Le Taureau Blanc, en juillet 1774 (add. mss. Brit. Mus. 33, 537, ff. 288-9 et 296-7). <t It's a sad wkked book you must perceive, écrit-il à son frère. You must keep it close, and not let it be seen by anybody except (sic) in such an out of the way corner as yours, you should chance to meet with one of us ; andthen you must use discrétion. Remember the sage Mambrès preaches up discrétion — and, whatever you do, let it not be know for mine. j> — Son ami Lind lui adresse une lettre écrite dans l'écriture tremblée d'un vieillard et supposée écrite par Voltaire « à son cbàteau de V erney, ce 20 juillet 1774 » (Add. Mss. Brit. Mus. 33, 537, ff. 294-5). — L'influence du style voltairien nous parait indiscutable dans tous les manuscrits français de Bentham. — Quand Bentham (v. p. 136) compare les juristes à Nabuchodonosor, faisant tuer les gens pour ne pas savoir deviner ses rêves, il se souvient du Taureau Blanc (chap. m); de même encore (v. p. 273), quand, parlant à lord Shelburne, il se compare à l'âne de Balaam (cf. Taureau Blanc, chap. n).
66. V. par exemple Mss. Univ. Coll. n° 100; un fragment intitulé : Histoire du progrès de l'esprit humain dans la carrière de la législation.
Voilà dans plus d'une carrière la marche de l'esprit humain. D'abord
ignorance (var. insouciance), puis conjectures vagues, puis érudition, puis esprit, puis raison et science. Il a fallu que Descartes ait donné de l'esprit sur la physique générale avant que Newton ait fait jaillir les lumières de la Raison. 11 a fallu que Malebranche ait donné de l'esprit sur les fondements de la Métaphysique, avant que Locke en eût fourni la perspective juste. Dans la législation il a fallu que les anciens aient précédé Groot et Puffendorf, que Groot et Puffendorf aient précédé Montesquieu, et que
Montesquieu ait précédé celui auquel les hommes sont redevables d'un
système de législation complet et raisonnable Le livre de Montesquieu
où il y a tant d'esprit et si peu de vérité. Ce livre que le monde ne cesse encore de louer, ce livre dont d'Alembert fait l'éloge, et, ce qui est bien plus, l'analyse.
67. « J'avais déjà, écrit Bentbam, commencé à bâtir sur ce fondement quand V Essai sur la Philosophie Morale de Maupertuis tomba entre mes mains. Ce philosophe ingénieux, dont l'ouvrage est de quelques années antérieur à celui de M. Beccaria, part de la même idée fondamentale d'analyser le bonheur. Mais il n'avait suivi cette idée qu'à moitié, négligeant de tenir compte des deux éléments de la proximité et de la certitude.,, v. Appendice II) L'Essai de Maupertuis ne peut manquer d'avoir frappé l'attention de Bentham. Dans son chapitre i, Maupertuis, après avoir défini ce qu'il entend par les termes déplaisir, de peine, de moment heureux, de moment malheureux, établit que « pour avoir l'estimation des moments heureux ou malheureux, il faut avoir égard non seulement à la durée, mais encore à l'intensité du plaisir ou de la peine. Une intensité double et une durée simple peuvent faire un moment égal à celui dont l'intensité serait simple, et la durée double. En général, Vestunation des moments heureux ou malheureux est le produit de l'intensité du plaisir ou de la peine par la durée ». Puis Maupertuis définit le bien, « une somme de moments heureux, le mal, a une somme semblable de moments malheureux » ; le bonheur, « la somme des biens qui reste, après qu'on en a retranché tous les maux », le malheur, « la somme des maux qui reste après qu'on en a retranché tous les biens ». « Le bonheur et le malheur dépendent donc de la compensation des biens et des maux ». Maupertuis ne tient pas compte, dans son calcul, de l'éloignement et de la probabilité ; il conMdère même expressément que l'éloignement doit être négligé ; et peut-être a-t-il raison, sur ce point, contre Bentbam. « Ce qui ajoute une nouvelle difficulté à la comparaison des biens et des maux, c'est le différent éloignement d'où on les considère. S'il faut considérer un bien éloigné avec un bien présent, ou un mal présent avec un mal éloigné, rarement fera-t-on bien cette comparaison. Cependant l'inégalité des dislances ne cause de difficulté que dans la pratique : car l'avenir, qui vraisemblablement est à notre portée par l'état de notre âge et de notre santé, devrait être regardé à peu près comme le présent ». Bentham reproche en outre à Maupertuis ses conclusions « aussi fausses qu'elles sont mélancoliques », dues, selon lui, à une définition du plaisir excluant tous les degrés, sauf le plus intense, du plaisir. Effectivement, Maupertuis, en partant de cette donnée, exactement opposée à celle de Hartley, que « dans la vie ordinaire, la somme des maux l'empurte toujours sur celle des biens », aboutit à une sorte d'ascétisme : il conseille de renoncer aux plaisirs et aux peines du corps : les plaisirs de l'âme ne s'affaiblissent pas par la jouissance, l'âme les ressent dans toute son étendue, ils fortifient l'âme loin de l'affaiblir ; quant aux peines de l'âme, il est toujours au pouvoir du sage de les éviter. — Bentham semble avoir
(Pp. 28-26) NOTES. 289
lu Maupertuis de très bonne heure, peu après 1770 au plus tard : car les nombreux passages où, dans ses premiers manuscrits, il présente des « excuses pour sa sécheresse » 'apology for dryness] semblent inspirés de Maupertuis. V. les dernières lignes de la Préface de l'Essai : « Je n'ai plus qu'un mot à dire, et qui est presque inutile : c'est sur le style de l'Ouvrage. On l'a trouvé triste et sec ; j'avoue qu'il Test : mais je ne crois pas qu'il dût être autrement. Quand j'aurais été capable de le parer du fleurs, la sévérité du sujet ne le permettait pas ».
68. Add. Mss. Brit. Mus. 33, 538, ff. 203-4 (Chastellux à Bentham, 3 juillet 1778); ff. 212-3 (du même au mêmes 9 juillet 1778). Le titre complet du livre de Chastellux est de la Félicité Publigue ; ou considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire, lre édit., 1772; ■2e édit., « revue, corrigée et augmentée par l'auteur », 1776; Chastellux cite Priestley et Helvetius. Rien cependant, dans son ouvrage, généralement diffus, où l'on puisse voir l'origine première d'une doctrine benthamique : seulement l'affirmation vague que le genre humain tend au plus grand bonheur. Bien plus, Chastellux emprunte à Priestley la théorie du progrès indéfini : Bentham Traités, Influence du Temps, etc,, chap. n, sect. [\j lui en fait un grief. « Cet optimisme futur, pris dans un sens littéral, ne semble guère moins appartenir à la poésie que l'âge d'or des siècles passés. Il vaut mieux pour l'imagination placer le bonheur en avant, et nous donner des espérances qui nous animent, que des regrets qui nous découragent, mais quand il s'agit de questions de cette nature, il ne faut pas défigurer la raison par un mélange de chimères ». — Notons •cependant que, beaucoup plus tard, Bentham, mécontent de l'épithète utilitaire employée pour désigner sa philosophie, songera un instant à lui substituer celle de félicUaire : n'y a-t-il pas là un souvenir de Chastellux ? — Les Mss. du Brit. Mus. (33, 53S, f. 201) contiennent la copie d'une lettre de d'Alembert, qui remercie Bentham, le 6 juin 1778, d'un ouvrage envoyé : « Quant à votre projet et aux tables que vous m'avez envoyées, je ne puis qu'y applaudir et en désirer l'exécution. Il serait temps que le genre humain réformât enfin toutes les absurdités et les atrocités même de la justice criminelle. » Les biographes de Bentham en ont conclu que dès cette époque Bentham était connu en France comme penseur et comme philanthrope. En réalité, la lettre de d'Alembert est un acte de simple politesse envers un jeune auteur qui lui a envoyé un livre. Y. la lettre de Bentham à son frère, du 6 juillet 1778 (ibid., f. 207; : « Friday's post brought me a letter from d'Alembert, which put me in bad spirits. I hâve transcribed it for your édification on the other leaf. Jtiscivil indeed, but very cold and dry, and very short ».