‹ La Jeunesse de BonaparteChapitre 14 sur 25 · MILLESIMO · texte numérisé non relu

MILLESIMO

pas et pénètrent dans le village de Millesimo en poussant de grands cris.

L'ennemi essaye de résister, mais nos baïonnettes le rejettent sur Cosseria, et nos vaillants soldats font une centaine de prisonniers.

La 4® légère, relevée dans le village par un bataillon de la brigade Beyrand, escalade le bric del Cavallo, qu'occupent des grenadiers autrichiens, et les refoule sur Bormida Cengio.

A 8 heures du matin, Provera, chassé de toutes ses positions, se retire sur le château délabré de Cosseria, qui dresse ses murailles grises au sommet d'un mamelon, dans la campagne fleurie.

Des coups de feu éclatent autour du vieux château, les tirailleurs des brigades Banel et Quenin attaquent vigoureusement, et bientôt les soldats de Joubert, arrivant à la rescousse , entourent le mamelon.

Soudain, une troupe ennemie s'abat sur le flanc gauche de la brigade Banel, se sacrifiant héroïquement pour essayer de sauver Provera.

Ce sont les grenadiers piémontais du régiment de Montferrat , que vient d'amener au feu le colonel del Carretto et qu'entraînent les capitaines Albrione et Corte. D'autres compagnies se portent en soutien auprès des assiégés, tandis que des Croates de Gyulai garnissent le flanc de la colline.

Après une courte délibération entre Provera et del Carretto, toutes les troupes s'enferment dans le vieux château, au pied duquel tomba, mortellement frappé, l'officier Rubin, de l'état-major croate.

Autour du vieux château, les pentes sont escarpées et entièrement nues; l'antique forteresse paraît imprenable et peut soutenir un siège en règle; elle est occupée par de courageux soldats commandés par deux

chefs de valeur: l'un, Provera , âgé mais toujours vaillant; l'autre, del Carretto, jeune, ardent, intrépide.

Del Carretto, dès l'entrée, prit le commandement effectif et se hâta de mettre le château en état de défense.

« Songea, dit -il aux braves qui l'entouraient, songez qu'il faut vaincre ou mourir ici... Il n'y aurait qu'une autre solution : nous rendre... Je ne veux même pas l'envisager. ))

Six mille Français enveloppent la formidable forteresse. Bonaparte, attiré par le bruit de la fusillade, est accouru pour se rendre compte et se tient à cinq cent mètres de nos troupes, sur la hauteur de Monterala. Le général s'impatiente, car il veut se rendre auprès de Masséna pour préparer l'attaque de Dego.

La famine, il le sait, lui livrera bientôt les soldats de Provera et de Carretto ; mais il lui répugne de devoir le succès à de tels procédés. Pourtant il contemple les talus sans abri et il hésite.

Que de Français tomberont autour de ces murailles grises !

Sur son ordre, le général Banel s'avance en parlementaire vers les assiégés.

« Vous êtes cernés, dit- il, vous manquez de tout; posez les armes et rendez -vous aux soldats de la liberté! »

Provera consentirait volontiers à l'évacuation, pourvu qu'on le laissât sortir avec armes et bagages.

Mais del Carretto se précipite et s'écrie :

« Sachez, général, que vous avez affaire aux grenadiers piémontais et qu'ils ne se rendent jamais ! »

Puis, pour empêcher Provera de parler, il ordonne un roulement de tambour.

Le général Banel se retira, ne pouvant s'empcchcr d'admirer l'héroïque jeune homme.

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