‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 37 sur 113 · février · texte numérisé non relu

février

3. Parkman cite une lettre de Montcalm à sa femme, où celui-ci déclare que, s’il avait eu la direction du mouvement, il l’eût confié à Lévis ou à Bougainville (1, 456). L'abbé Casgrain remplace avec raison le nom de Bougainville par celui de Bourlamaque (I, 207).

4, Il remit même en ce sens un mémoire à Vaudreuil (Journal de Lévis, p. 81),

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qu'on élait sur le point d'en manquer et que les opérations sérieuses de la campagne d'été pouvaient s'en trouver compromises, Néanmoins, après des retards causés par loule sorts de contre-temps, entre autres par l'armement défectueux des milic:ens!, on arriva dans la nuit du 48 mars sous les remparts du fort Ceorges, qu'on ne put enlever par surprise et dont on se contenta d'ixcendier les abords. Mais la Lentative ne se fil point sans prêter aux observations malicieuses des Français?.

« Le 20, » dit Bougainville, « on lit traverser processionnellement le lac, À la vue des Anglais, à tout le détachement portant des échelles avec ostontation, et on envoya M, Mercier au commandant du fort le sommier de se rendre, M. Mercier lui dit qu'il était d'usage, entre nations policees, de s'avertir avant les escalades pour éviter le carnage ; qu'il oùt donc à se rendre et qu'il ne s’obstinât pas à défendre un terrain appartenant au Roi de France, Le sommé dut rire, et le sommant igno= ait qu'une escalade est une action de surprise et que, la guerre urs fois declarée, le droit de propriété ou les prétentions ne font plus rien à la choseï, C'est que, pour ne pas être ridicule à la guerre, il ne suftit pas d'être homme d'esprit, Le commandant anglais, après avoir rassem= blé les officiers de sa garnison pour gagner du temps et avoir celui d'évacuer en partie les magasins extérieurs, répondit qu’il voulait se défendre... Les Anglais avaient profité de notre négligence pendant notre sommation pour découvrir les hangars, afin que le leu ne se communiquât point au fort, »

En définitive, le résultat de l'opération permit aux deux camps de

1. « Une grande partie des Canadiens élaient mal armés. Il a fallu s'occuper de faire réparer leurs armes pendant le séjour du détachement à Carillon; et cela sera loujours de même lorsque les ofliciers de milices n'en seront pas responsables et punis quand ils les conduiront mal armés » (Bougainville, Journal, 19 mars). Naturellement, l'abbé Casgrain déclare que « l'équipement des troupes... avait attiré l'attention particulière de Vaudreuil..., elc. » (I, p. 197).

2. « Pour tout dire, ils n'auraient pas été fâchés si l'expédition avait failli » (Casgrain, 1, 196). La haute psychologie de l'historien ne s'élève pas encore jusqu'à comprendre le mot profond de M. de Falloux : « Si l'aflaire tourne à bien, j'en serai heureux pour mon pays; si elle échoue, j'en serai heureux pour mon parti. » Mais ici Montcalm, avec son tact naturel, s'associa au sentiment général et même empêcha ses aides de camp de donner un bal jusqu'au retour des troupes. « Après le succès du parti, il sera plus convenable de donner des marques publiques de sa joie » (A Bourlamaque, 20 février 1757).

3. Cette phrase encore, si nous ne nous trompons, trahit moins le militaire que l'avocat,

4. Journal, 29 mars, Kingsford, qui ne semble pas connaître, d'ailleurs, le journal de Bougainville, dit que cet enlèvement s’opéra sous le feu de l'ennemi (IV, 16).

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Mais, ajoute Bougainville, « le succès que l’on a eu dans cette expédition est une preuve que le Mi de Montcalm était fondé à ne vouloir qu'un détachement de 6 à 800 hommes au plus. Ils eussent rempli les mêmes objets avec plus de gloire, occasionné moins de dépenses et moins de consommation dans les vivres, et l'on pourrait être en état d'opérer à la première navigation, I semble qu’à vouloir faire la som mation au commandant, elle ne devait avoir lieu qu'après avoir brûlé tous les dehors, y mettre un ton plus ferme, ne pas parler d'escalade et parler de réduire le fort en cendres et passer la garnison au fil de l'épée. Les Anglais ne manqueront pas de vouloir faire regarder dans les papiers publics cette sommation faite avec un aussi gros détachement et suivie de deux jours de séjour devant leur fort, comme la levée d’un siège, I est même à craindre, telle importante que soit l'opération, qu'on ne la croie en Europe au-dessous de la dépense, et de ce que pouvait remplir un détachement de 1,600 hommes, détachement qui, pour l'Amérique, davait être regardé comme une véritable arméo, » — Ajoutons que les sauvages étaient fort mécontents : « et, comme ils sont peu courtisans, ils en murmurent hautement; ils comptent même dire leurs pensées en plein conseil, mais les interprètes ne rendront que ce qui sera agréable à l'assemblée. »

La prédiction se réalisa de point en point. Les Anglais, quoique réduits pour l'avenir à la défensive par la perte de leur flotte, firent sonner bien haut, comme une sorte d’échec!, la retraite de l'expédition. II ne faut donc prendre qu'avec les réserves dictées par la politesse les congralulations qui s’échangèrent à Montréal entre le gouverneur et les officiers français, même quand ces derniers affirmaient, avec l'accommodante diplomatie de Lévis, que, pour leur part, ils n'auraient « pu faire mieux ?, » Mais, ce qui ajoutait probablement au sérieux de leurs réflexions, c’étaient les preuves nouvelles de corruption qui venaient de se trahir dès la mise en marche. Il n’était peut-être pas très

1. « Ils ont débité la dernière aventure du fort George comme étant absolument à leur avantage... Ils doivent parler ainsi : la forme de cette expédition est contre nous » (15 mai. — Voir les réflexions de Kingsford, IV, 13-14).

2. Leltre au ministre, 15 avril 1757. — « Le 10, jour de Pâques, on a lu un maändement de M. l'Évèque qui ordonne que, dimanche prochain, on chantera un Te Deum en actions de grâces de l’heureux succès de l'expédition dernière. Il est à remarquer que l'Évêque fait cet acte public sans l'ordre ni la participation du gouverneur général, qui n'eût pas osé le demander. Le mandement de l'Évêque est aussi ridicule que l'objet du Te Deum » (Bougainville, Journal, 1°" au 13 avril). Montcalm ne se cacha pas d'exprimer ses doutes au ministre sur le gain définitif de l'opération (24 avril 1757, dans Kingsford, p. 16).

extraordinaire que l'on eût, un mois plus tôt, volé mystérieusement « la caisse royale » chez M, Varin!, ni qu'un incendie propice eût failli liquider les comptes de M, Martel?, Cos commis élaient gens de maltôte, capables de tout, Mais il y avait plus étrange.

« J'ai oublié, en parlant du détachement de M. de Rigaud, » écrit Bougainville, « de dire que M, de Lusignan, commandant du fort de Garillon, un des plus anciens officiers de la colonie, ur de ceux qui ont le plus de réputation, a profité de la triste circonstunce où l'on était de se trouver dans un pays inhabité pour faire vendre du vin su: le pied de 1,200 livres la barrique, tandis qu'il ne vaut à Montréal que 100 écus, ce qui revient à 10 livres le pot; et l'eau-de-vie, qui vaut 25 livres la velte, mesure de quatre pots, 50 livres. Et un inspecteur des travaux a profité de la circonstance pour faire tuer une vache maigre, et il l'a vendue 30 sols la livre, Il faut convenir que cet esprit d'avidité, de gain, de commerce, détruira toujours l'esprit d'honneur, de gloire ot l'esprit militaire, Tout ce qui se passe dans les colonies fait la erit que de la Noblesse commerçante et confirme le système du Mis de Lassay et du président de Montesquieu pour un État monarchiquet, »

Obligé de ne prendre dans les papiers d° Bougainville que le nécessaire pour dessiner son caractère et montrer le desscus de cerlaines cartes dans les grandes opérations, nous ne pouvons donner une idée vraie de son journal. Les observations piquantes sur les mœurs des sauvages el les réflexions sur le cours de la guerre tiennent assurément plus de place que les inévitables récits de scundales. Les sauvages surtout l'intéressent, et, volontiers, il leur rend justice, quand ils ne sont pas en veine de caprices enfantins ou du cruautés®.

1. & Il n'y a rien qu’on ne dise ici sur ce vol. Dieu veuille que 1e Roi n’essuie cette année que celui-là, qui se monte à 54,000 livres » (Bougoinville, Journal, 6 février).

2. « Le 14, le feu prit à la maison du sieur Martel, qui vien’ de quitter la place de garde-magasin, On trouvait assez singulier que, dans le même temps, le trésorier fût volé et le garde-magasin incendié à la veille de rendre ses comptes; mais ce feu a été sur-le-champ éteint » (1bid., du 6 au 16 février).

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