‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 36 sur 113 · Le P. Sommervoge! Études religieuses, mars 1894, ji · texte numérisé non relu

Le P. Sommervoge! Études religieuses, mars 1894, ji

de cet héroïsme; et Bougainville, qui n'avait point mission de se prononcer sur la Compagnie, devait naturellement partager le sentiment général!. Cependant, son honnêteté naturelle l’éloignait si bien de toute exagération que, moins de dix ans après, lorsque le hasard le rendit au Paraguay témoin de l’expulsion des Jésuites, il se conduisit avec une impartialité de bon goût, dont Diderot lui fit un compliment ironique et que son ami Delambre eut au contraire soin de faire ressortir comme marquant, dans la circonstance, le fond réel de son opinion. Il mit en relief les qualités des Pères, rendit justice à leurs efforts? et refusa d'écouter les bruits haineux qui cireulaient à leur encontre, pendant que le naturaliste Commerson, qui l’accompagnait autour du monde et dont les sentiments étaient autrement religieux que les siens, recueillait avidement à la table du vice-roi d’Espagne les commentaires désobligeants dont on encadrait l’expulsion ?,

Mais on avait, pour l’heure, d’autres ennemis à guerroyer que les fervents adversaires de l'Augustinus, La grosse question qui s’agitait à Montréal, dans cette fin d'hiver 4757, était l’entreprise méditée par le gouverneur général pour surprendre le plus important des postes anglais, le fort Georges ou Guillaume-Henri. Ce fut l’occasion de nouvelles difficultés entre les chefs.

Montcalm, laissé complètement en dehors de l'aventure, n'était, pour ainsi dire, instruit de son progrès que par les conversations courantes.

1. Le jansénisme de Bougainville était du même ordre que celui de Voltaire, de M"° de Pompadour et de toute la bourgeoisie parlementaire (Fallex, Préface du Siècle de Louis XV, p. xvi; Mémoires de M"° du Hausset, éd. Fournier, p. 90; Aubertin, L'Esprit public au XVIII: siècle, p. 162 et suiv.). Dans les archives de la famille où Bougainville devait entrer par son mariage, nous avons trouvé des lettres d'excellents membres du clergé qui relèvent avec soin les nouvelles malveillantes pour les Jésuites, par exemple les accusations contre le P. Lavaur, l'adversaire de Lally-Tollendal,

2. « Cet ordre religieux avait eu l'intuition curieuse des services que les régions du Haut et du Bas-Mississipi pouvaient rendre à l'humanité. Ils avaient importé la canne à sucre dans les pays du sud et semé le blé dans l'Illinois » (Justin Winsor, The Struggle in America, between England and France, 1697- 1763. Londres, Sampson Low, 1895, p. 447), — « On attribue communément aux Jésuites l'introduction au Paraguay de l'oranger, … dont les fruits y couvrent parfois le sol sur un pied d'épaisseur. La nature et les Jésuites ont donné aux Paraguayens le moyen de vivre dans un heureux insouci, grâce au manioc, aux oranges, au maté et au tabac » (Théodore Child, les Républiques hispano-américaines. Paris, Librairie illustrée, 1891).

3. Cap, Philibert Commerson. Paris, Masson, 1861, p. 102-103. — Un autre biographe de Commerson, le D' de Montessus, relève la justesse et l'impartialité de Bougainville dans son enquête sur les causes de cette révolution (Martyrologe et biographie de Commerson. Paris, ibid., 1889, p. 51).

ission de se ager le senignait si bien ue le hasard 8, il se coni fit un comaire soin de fond réel de dit justice à circulaient à qui l’accom- L autrement du vice-roi drait l’expul-

oyer que les qui s’agitait méditée par it des postes sion de nou-

n'était, pour s courantes.

ii de Voltaire, fallex, Préface éd. Fournier, iv.). Dans les mariage, nous rent avec soin sations contre

vices que les té, Ils avaient ins l'Illinois »

France, 1697ommunément ts y couvrent bnt donné aux 1 manioc, aux

ispano-amé-

, — Un autre et l’impartiablution (Mar-

« Le sieur Mercier est parti pour se rendre à Carillon, » écrit Bou gainville entre le 6 et le 16 février; « et le sieur Lotbinière doit s’y transporter incessamment, M. le Mis de Montcalm a fait plusieurs fois et par écrit toutes les représentations que sa charge et les ordres du Roi le mettent en droit de faire, et auxquelles la conduite présente ne donne que trop lieu. Mais ses discours ont le sort des prédictions de Cassandre, et on ne lui fait pas l'honneur de le consulter, C'est le public qui, le plus souvent, l'instruit des opérations de guerre arrêtées par le Mis de Vaudreuil. »

L'expédition, composée presque uniquement des troupes de la colonie, devait être sous les ordres de « frère Rigaud. » Les troupes de France n’y figuraient que pour une part minime. Les grenadiers faisaient partie de la quatrième et dernière division marchant avec l'état-major, « A la vérité, » dit Bougainville d’un ton narquois, « on leur a promis qu’à la retraite ils feraient l'avant-garde. Ge que je remarque ici, c'est que les sottises s’y font avec conséquence pour la forme et pour le fond', » Quant à savoir quelles étaient au juste les instructions de Rigaud, la demande était inutile. Interrogé par Montcalm, le partisan canadien répondait, en protestant de son regret, qu’il ne les connaissait point et qu’il ne les devait ouvrir qu’à la hauteur de S'-Jean ou de S'-Frédéric. « C’est du style de la marine transplanté sur terre, » observe Montcalm. Lorsque enfin Vaudreuil eut daigné les lui communiquer, il s’ensuivit une explication entre le général et le gouverneur, que Montcalm raconte par le menu à Bourlamaque et qui se termina par une invitation à diner pour manger un mufle d’orignal, mais non sans laisser de nouveaux germes de dissentiment entre les deux chefs?,.

Si les officiers français regrettaient d’être écartés d’une aventure où leur présence au Canada leur permettait de figurer naturellement, le gouverneur, comme généralissime, était dans son droit d'y employer les forces que bon lui semblait. Mais il n’est pas moins vrai que, amourpropre à part, on pouvait lui reprocher de se lancer dans l'opération sans trop en calculer les sujies. Il y eut, parait-il, un grand gaspillage de vivres, alors que l'état-major français, y compris Lévis*, protestait

Page 1