‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 39 sur 113 · mai · texte numérisé non relu

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façon si peu commode, négligé à la porte de la chambre de M, de Vau dreuil, ot à qui on no faisait pas plus d'attention qu'à un homme qui arrivorait de Versailles à Paris!, »

Au départ du courrier, la Louisiane ignorail encore la déclaration de guerre ?,

Comme nous l'avons dit, le problème qui laissait en suspens tout l'avenir de la prochaine campagne était la question des vivres, On mourait de faim dans la colonie, et l’on pouvait voir iei l’inconvenient du gaspillage qui avait accompagné l'expédition de Rigaud. « La misère est extrême à Québec, » écrit Bougainville du 42 au 15 mai, « Le pain y manque et le peu que l’on en a est de la plus mauvaise qualité... Le défaut de vivres nous met hors d'état d'en trer en campagne, Tout projet d'offensive nous est impossible; la défensive même, si l'ennemi vient en forces, de bonne heure et de plusieurs côtés, ne l'est guère moins, » Enfin, le 40 juin, les convois de France apparaissent sur l'horizon, La famine, pour le moment, va cosser à Québec. En même temps, le gouverneur s2 décide à faire des recherches de grain, et l'on trouve « de quoi nourrir une armée de 42,800 hommes pendant un mois. »

« Si l’on eût fait cette recherche [conseillée par le Mi de Montcalm] deux mois plus tôt, le fort Guillaume-Henry serait maintenant à nous, et nous aurions été en état de pousser plus loin nos progrès; au lieu que l'expédition projetée est aujourd'hui fort incertaine. Mais cette recherche de grains était préjudiciable au munitionnaire général et à sa sociétés dont est le Mis de V,. lui-même. Qn a donc attendu à l'extrémité, et le retard des vaisseaux de Franco a forcé de faire enfin une démarche conseillée dès le mois d'avril *, »

Rougainville et Montcalm se trompaient. Le M de Vaudreuil n'était point associé directement aux fripons qui volaient à qui mieux pis le Canada* ; mais l’intendant Bigot leur apparteuail au contraire beau-

1, {er au 13 avril.

2. Ibid. — « Le commandant de la Louisiane mande qu'il y a deux ans qu'il n'a en des nouvelles de Yrance » (Malartic, 17 mai 1758).

3. Déjà, le 4 mars, « M, l'intendant a acheté de quatre particuliers 500 quarts de farine de Nérac. 11 se propose d'en faire du pain pour l'officier. Il serait plus humain et plus militaire de méler cette excellente farine avec d'autre de moindre qualite et d'en faire du pain pour le soldat comme pour l'oflicier, »

4. 26 au 30 juin. — L'abbé Casgrain, passant sous silence la proposition pre iwière de Montcalm, trouve le moyen de lourner l'incident à la gloire de Vaudreuil, en montrant avec quel empressement ce dernier suivail, — au mois de juin, — les avis de son rival (1, 220). *

5. Encore faut-il rappeler que, pendant son gouvernement de la £ouisiane, l'intendast Michel de la Rovvillière l'avait dénoncé formellement à Paris, l'ac-

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coup plus que les deux Français ne voulaient se l'avouer encore. Néanmoins, Vaudreuil couvrait si obstinément le concert des friponneries de son indulgence qu'on ne saurait le disculper du résultat.

Avec les vivres et les renforts, les navires apportaient des lettres impatiemment attendues. Mais, disait mélancoliquement Bougainville, « quand on a été un an absent de sa patrie, devrait-on souhaiter en avoir des nouvelles! ? » Les siennes étaient tristes, en effet : la mort de son père et des soucis de famille dont la nature l'inquiétait d'autant qu'elle n'apparaissait pas clairement à travers la circonspection de la correspondance. Sa chère maman, M"° Hérault, avait aussi ses chagrins, auxquels il prend part avec une charmante effusion de cœur. Elle était du reste la protectrice de la famille? et l'entourait de soins d'autant plus méritoires que sa situation personnelle n'était pas très brillante*, Mais, d'autre part, comme il apprend que le beau-frère de M"° Hérault, M. de Moras, est nommé ministre de la marine, il s'empresse de lui adresser les mémoires dont nous avons parlé, qu'il avait müûris dans les loisirs de l'hiver.

« Je puis vous assurer que, du moment où j'ai appris que je servais dans son département, j'ai senti redoubler mon ardeur, Je voudrais lui pouvoir être de quelque utilité, Ce serait vous prouver mon attachement. Je me suis instruit depuis que je suis dans cette colonie de ce qui concerne sa situation, son gouvernement, son commerce, etc. Je vous envoie différentes réflexions relatives à ces objets. Si vous le jugez à propos, ce mémoire passera par votre moyen au ministre; sinon, vous le supprimerez. Il y a dedans des vérités que les premiers commis des bureaux n'ont pas laissé parvenir à la connaissance de ceux qui peuvent remédier au mal; ils tirent parti de ce mal qu’il est de leur intérêt de rendre

cusant de tripotages, ainsi que la Mi de Vaudreuil (Gayarré, Hist. de La Loutsiane. N'°-Orléans, Magne et Weiss, 1847, H, p. 50-54). Et, quoique l'accusation fût probablement fausse, il se peut que l'attention de Bougainville ait été détournée sur lui, avant son départ de France, dans les entretiens qu'il avait eus avec l'intendant de commerce, M. de Gournay (Dussieux, p. 128).

1, 25 juin,

2. Pierre-Yves de Bougainville, quoique son honorabilité l'eût élevé au rang d'échevin de Paris (1741-1743), ne s'était pas enrichi dans son long notariat (1720-1754) et se trouva même sans fortune après avoir rendu ses comptes de tutelle à ses enfants (comptes et partages notariés des 31 décembre 1755 et 11 juillet 1757), Par une singulière ironie, l'étude paternelle de Bougainville, que Napoléon 1° appelait en plaisantant « Monsieur le royaliste, » est devenue l'étude des notaires de la famille impériale, M° Raguideau de la Fosse et M° Mocquard. — À ce propos, nous ne saurions (rop approuver la demande souvent faite d'obliger les notaires à verser leurs titres aux archives, après un certain laps de temps.

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