Lelt:es édifiantes et curieuses, t. VI, éd. de
4. Par exemple, pour les conseils avec les sauvages des 26 et 27 juillet, Les deux auteurs, — l'abbé C. suivant toujours Parkman, — ne distinguent pas nettement les deux séances, que tous deux racontent fort au long (Parkman, 1, 487-8; Casgrain, I, 238-242). Le discours de Pennahouel est du 26; et celui de Kisensik, du 27. En outre, l’abbé Casgrain reproduit, comme appartenant au Journal de Montcalm, que nous n'avons pas sous les yeux, de nombreux extraits qui appartiennent certainement en original à celui de Bougainville. Si ce n’est point une erreur d'attribution, au moins devait-il signaler l'identité. Ainsi, Montcalm, p. 225-6 = Bougainville, 24 juillet, — 1bid., p. 232 : « C’est qu'au milieu des bois de l'Amérique... » = Boug., 27 juillet. — Zbid. : « Ceux qui avaient fait le coup... » = « Ceux qui ont fait le coup.…., » Boug., 23 juillet. — Jbid., p. 234 — Boug., 24 juillet. — 1bid., p. 238 = Boug., 28 juillet. — Jbid., p. 247 = Boug., 2 août. — Jbid., p. 406 = Boug., 7 juillet 1758. — Jbid., p. 439-40 = Boug.,
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encore une grande quantité de détails inédits qui portent principale ment sur l'emploi des sauvages. Mais on n’y peut revenir qu? dans une publication spéciale. Nous passerons donc les péripéties du siège pour arriver aux réflexions de Bougainville sur le massacre qui suivit la prise du fort, réflexions qui sont en grando partie cause de l’animosité qu’on lui témoigne.
Le 7 août, « à neuf heures du matin, après une double salve de la droite et de la gauche, » le Mi de Montcalm avait envoyé Bougainville porter au commandant du fort la lettre du général Webb interceptée le 5. Les Anglais ayant refuse de se rendre, les travaux d’approche avaient continué avec un redoublement d'ardeur. Deux jours après, le 9, à sept heures du matin, le fort arbora le drapeau blanc et demanda à capituler. Le colonel Young vint proposer au Mi de Montcalm les articles de la capitulation, « Je fus envoyé pour les rédiger et ordonner les premières mesures à prendre en conséquence. » Après avoir énuméré les articles qu’il venait de mettre par écrit, Bougainville continue :
« Je pense qu'on eût pu avoir ces troupes prisonnières de guerre et peut-être à discrétion. Mais, dans le premier cas, c'eût été 2,000 hommes de plus à nourrir, et la colonie manque de vivres; dans le second, on n'eût pu retenir la barbarie des sauvages, et il n'est jamais permis de sacrilier l'humanité à ce qui n’est que l’ombre de la gloiref.
« À midi, le fort fut livré aux troupes de la tranchée, et, la garnison en étant sortie avec ses bagages, il fallut y laisser entrer les sauvages et les Canadiens pour piller tous les effets restants. A grande peine put-on conserver les vivres et munitions de guerre.
« Les troupes anglaises doivent rester dans le camp retranché jusqu'à demain. Malgré une garde de nos troupes que nous y avons mise, on n’a pu empêcher les sauvages d'y pénétrer et de piller. Tout a été
30 juillet. — 1bid., p. 441 = Boug., 4 août, etc. Or, il est évident que le texte de Bougainville, criblé de ratures, est vraiment une œuvre d'auteur, Et, si Montcalm lui fait des emprunts, lorsque ses occupations absorbantes l'empêchent de tenir la plume (on dit, en effet, que plusieurs passages de ce journal sont de la main d’un copiste), c'est une suflisante confirmation de la véracité de l'aide de camp. Quelques passages aussi du Journal de Bougainville sont écrits par un tiers, mais en temps de paix et d'hivernage seulement, et point ceux-là.
1. « Avant de signer la capitulation, » écrit-il en marge, « le M'* de Montcalm à assemblé un conseil où ont été appelés les chefs de toutes les nations. Il leur à fait part des articles qu'il accordait aux assiégés, des motifs qui le déterminaient à les leur accorder, leur a demandé leur consentement et leur parole que leurs jeunes gens ne commettraient aucun désordre, Les chefs ont consenti à tout et promis de contenir leurs jeunes gens. L'on voit, par cette démarche du M° de Montcalm, à quel point on est dus ce pays esclave des sauvages. Ils sont un mal nécessaire. »
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employé pour les arrêter : conseil avec les chefs, caresses de notre part, autorité qu'ont sur eux les ofliciers et interprètes qui leur sont attachés. Nous serons trop heureux si nous obtenons qu'il n’y ait point de massacre. Détestahle situation, dont on ne peut donner une idée à ceux qui ne s’y sont pas trouvés et qui rend la victoire même douloureuse aux vainqueurs |
« Le Mis de Montcalm s'est de sa personne porté au retranchement,. Il y a fait les plus grands efforts pour! empêcher que l’avidité des sauages et, je le dirai ici, de quelques gens qui leur sont attachés ne füt pas la cause de malheurs plus grands encore que le pillage. Enfin, à neuf heures du soir, il a paru que l’ordre était rétabli dans le retranchement. Le Mis de Montcalm a même obtenu qu'outre l’escorte convenue par la capitulation, deux chefs par chaque nation escorteraient les Anglais jusqu'auprès du fort Edouard. J'avais eu soin, en entrant dans le camp anglais, de recommander aux officiers et soldats de faire jeter le vin, l'eau-de-vie et toutes les liqueurs enivrantes : eux-mêmes avaient senti de quelque (sic) conséquence il était pour eux de prendre cette précaution.
« À dix heures du soir, je suis parti, par ordre du Mis de Montcalm, pour porter au Mis de Vaudreuil la nouvelle de la reddition du fort Guillaume?-Henry et la capitulation.
« Je suis arrivé à Montréal le 11, à quatre heures du soir. »
Nous avons reproduit ce passage en entier parce qu'il le faut lire attentivement. Bougainville y déclare d’abord qu’on a dû laisser entrer les sauvages et les Canadiens dans l’intérieur du fort Georges pour piller, suivant leur coutume, C'était une règle, en quelque sorte, dans la colonie. Lors de la prise de Chouaguen, les uns et les autres avaient été fort désappointés de n'avoir pas le butin d’usage#; et l’on a vu que les sauvages étaient revenus très mécontents de l’ex-
1. Le mot « pour » terminant la page, l'encre de ce commencement de paragraphe, — depuis « Le Mi de Montcalm.., » — est un peu plus blanche, comme ayant été séchée précipitamment pour coutinuer au verso. 1l est donc probable que Bougainville aura noté ses remarques, pour ainsi dire, au fur et à mesure de la journée et que ce paragraphe doit être postérieur de quelques heures au précédent.
2. 11 semble que Bougainville se soit arrêté ce jour-là sur le mot « Guillaume, » qui terminait la page, au moment de s'embarquer en toute hâte pour Montréal. Le reste du passage cité : « Henry.., quatre heures du soir, » aurait été écrit en débarquant à Montréai. Après quoi, l'écriture et l'encre changent complètement,
3. 11 le répèle franchement dans son rapport officiel au ministre de la Guerre, 19 août 1757 : « Le reste fut abandonné au pillage; il eût été impossible de l'empêcher » (cf. Dussieux, p. 238).
4. Vaudreuil s'er était même plaint au ministre (Parkman, !, 460).
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pédition commandée par M. de Rigaud'. Du fort, les sauvages se seraient en outre portés sur le retranchement où les troupes anglaises venaient de se retirer pour obéir à la capitulation. Mais, cette fois, le M'° de Montcalm et ses officiers, joints à la plupart des interprètes et officiers de la colonie, se seraient énergiquement opposés à toute nouvelle tentative de pillage, refrénant de leur mieux des appélils qui laissaient craindre les massacres du lendemain. Pourtant, derrière les sauvages, Bougainville entrevoit déjà l'intervention de quelques Canadiens, interprètes ou autres, sans scrupules, qui activent le feu et soufflent la désobéissance.
Le témoignage de Bougainville peut-il être récusé dans la circonsance? Cela nous parait impossible. Si, dans les ennuis de l’hivernage, le jeune officier s'abandonnail quelquefois à ses rêves et se plaisait à construire des châteaux en Espagne?, — dans toutes les Espagnes du globe qu’il allait bientôt parcourir, — ce n’élait rien moins qu'un cerveau chimérique et visionnaire. Il jugeait de haut, avec sangfroid, fréquemment avec justesse, et nous avons vu ses informations précises souvent confirmées, jamais contredites®. Enfin c’est l'homme de confiance de Montcalm, qui ne se borne pas à l’appuyer chaleureusement auprès des ministres ou à lui emprunter des notes pour son propre journal, mais qui lui donnera plus tard des missions d’une intime délicatesse à rempiir auprès des siens; et les enfants du général lui conserveront toute sa vie une affection profonde. D'ailleurs, Bougainville est chargé des relations officielles et va préparer celle qui doit instruire de l'événement le ministre de la guerre. F offre donc, par son caractère, toutes les garanties voulues pour donner créance à sa déposition. Ajoutez qu'il écrit sur le moment, jour par
1. Le Mercier avait prévenu les Anglais que, s'ils acceplaient de se rendre, les olliciers devraient laisser de quoi satisfaire et calmer les sauvages, bien qu'il y eût d’ailleurs une escorte de réguliers suffisante pour protéger la garnison contre toute atteinte (Kingsford, 1V, 12).