Montcalm à Bourlamaque, 6 avril
3. Nous ne trouvons à discuter jusqu'ici, dans ses lettres et son journal, que l'heure du départ de France, le 3 avril 1756, el à contester que la participation du M' de Vaudreuil aux fraudes de l'administration, point sur lequei Bougainville lui-même émettra plus tard quelques doutes.
4. Il a même aussi charge des correspondances particulières. « Jugez vousmême si j'ai un moment à moi, Il faut que j'écrive aux deux Ministres, à la famille de M. de Montcalm et de M. le Ch:" de Lévis, nos généraux, occupés des suites de la conquête, ne pouvant le faire, et qu'aussitôt je reparte pour Carillon. » À son frère, 19 août. — On supposera facil#ment que Lévis n'eût point choisi Bougainville pour envoyer à sa famille les nouvelles de la guerre, sil n’eût largement partagé les appréciations intimes et les vues générales de son interprète sur le cours des événements. ;
jour et presque heure par heure. Le paragraphe où il raconte l'entrée des Canadiens et des sauvages dans le fort a dû être noté, comme le prouvent l'écriture et la couleur de l'encre, dans la journée même du 9, Le suivant a dû être écrit, soit dans la soirée, de neuf à dix heures, au moment de s’'embarquer pour descendre le lac S'-Sacrement, — avec la phrase où il est question de son départ inscrite par anticipation, — soit, chose bien invraisemblable quand on le lit posément, à Montréal, dès son arrivée, au plus lard dans les quarantehuit heures. Il est donc inadmissible que Bougainville, dans la presse et le tracas de ce grand jour ou du lendemain, ait inventé, sur l’instant même, un détail dont il n'aurait pas été témoin ou qu'il ne tiendrait pas directement de la bouche du M' de Montcalm.
L'abbé Casgrain, pour dérouter aussitôt les soupçons, accuse Bougainville d'avoir laissé massacrer presque sous ses yeux les prisonniers anglais pendant cette première journée du 9. Le P. Roubaud raconte en effet que les sauvages, pénétrant dans les casemates du fort, après l'évacuation des troupes anglaises, égorgèrent les malades qu'ils y rencontrèrent,; et l'historien canadien demande sévèrement à Bougainville compte de cette lugubre aventure, qui mel en cause sa négligence. Malheureusement, l'hostilité du critique est par trop sensible. « Son antipathie pour tout ce qui était canadien n'est nulle part aussi visible que dans la relation qu'il a faite à distance de cet événement, » dit notre auteur à propos du massacre du lendemain", Son antipathie, dirons-nous à notre tour, en parlant de l'historien et de la prise du fort Georges, pour tout ce qui touche à Bougainville, n’est nulle part aussi visible que dans le récit qu’il fait à distance de cel événement. Nous acceptons pour authentique le massacre des blessés dans les casemates, car nous ne voyons aucune raison d’en douter, quoique le P. Roubaud soit peut-être seul à raconter le fait; mais Bougainville n'y a pas l'ombre de responsabilité. Il a été envoyé le matin comme interprète, accompagné du Ch°' de Bernetz, Lt-colonel du Royal-Roussillon, son supérieur en grade, trailer de la capitulation; et manifestement, à cette heure, le commandement revenait à M. de Bernetz?.
2. L'abbé Casgrain, s'appuyant sur le Journal de Lévis, déclare que Bougainville prit possession du fort Georges avec le Ch°" de Bernetz et sa garde de tranchée (p. 272), — ce qui est absolument contredit par tous les autres témoignages, — et que par conséquent il avait sous la main « l'élite des troupes françaises » pour empêcher le massacre (p. 285). Mais il ne s'aperçoit pas, même, À défaut de documents précis pour l'éclairer, que c'eût été une énormilé de mettre un lieutenant-colonel sous les ordres d’un capitaine de dragons, auquel
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Cependant Bernetz lui-même n'a aucune part blämable à l'affaire, parce que le P. Roubaud dit expressément que le massacre eut lieu après l'entrée régulière des troupes françaises pour prendre possession de la place, Or, de l'ensemble des témoignages que l'abbé Casgrain pouvait se donner la peine de lire, il résulle que les signatures furent échangées vers midi, que les Anglais alors se retirèrent dans leur camp de refuge et que les troupes de la tranchée prirent possession du fort sous le commandement de Bourlamaque, le troisième grand chef de l'armée française, Ce serait donc à Bourlamaque que la faute incombere‘" Mais Bourlamaque, grâce aux habitudes canadiennes!, se trouvait impuissant à rien protéger, hors la poudrière el le magasin de vivres, Ici, l'abbé Casgrain dissimule de son mieux la vérité, I n'avouo point qu'on dut abandonner le fort au pillage des miliciens?,
la jalousie naturelle de ses camarades n'inélinait guère à reconnaitre un mérite exceptionnel, puisque, deux ans plus tard, son avancement en grade excilait encore des ,urmures. Désandrouins désigne formellement Bourlamaque (p. 97). — Bougainville, qui ne prévoyait certes pas l'abbé Casgrain et qui n'a pas dû fausser les pièces d'avance, ne s'est pas étendu sur son rôle plus qu'il ne le fait d'habitude; mais il était probablement revenu dans la tranchée après avoir donné ses conseils aux Anglais pour le défoncement des pièces de vin et de rhum, Et, dans sa relation oflicielle, c'est également à Bourlamaque qu'il attribue le commandement (Dussieux, p. 136). Lévis a commis une double erreur de nom et d'heure pour la prise de possession : l'abbé garde l'erveur de nom rar malveillance et rectifie l'heure exagérément, sans se doutez que, nlûs il recule le moment de l'entrée (deux heures, dit-il, au lieu de onze heures, marquées par Lévis), plus il rend improbable la présence, à la tête du fort, d'un simple oflicier d'état-major occupé de son courrier et de ses préparatifs de départ.