‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 52 sur 113 · A Québec, le 8 novembre · texte numérisé non relu

A Québec, le 8 novembre

?. Peu lisible. L'écriture est d'un copiste qui-a dû écrire « la scenne. »

RS te

Pr AS

le nouveau ménage? Bonhomme vous quittera-t-il ? Il n’y - donc point de roses sans épines! »

Hélas! la plus cruelle épine de cette rose devait être assurément la naissance du fils qui trainerait un jour à la Convention et sur l’échafaud le nom créé sous ces heureux auspices.

« Je vous remercie, ma chère maman, » continue Bougainville, « de m'avoir gardé une petite chambre auprès de vous. Ne me renvoyez pas, je vous en prie; un Iroquois tient si peu de place ! Une natte, une couverte, un calumet. En vérité, cela ne fait pas un attirail embarrassant. Et puis, je fais un magasin d’histoires. Je tächerai d’amuser ma belle maman. A propos, mon frère a-t-il trouvé un moyen de vous faire apprendre l’histoire grecque? Je me souviens que c'était, suivant lui, la chose impossible. Oh bien! je vous l’apprendrai, moi; car, en vérité, les sauvages sont, à peu de chose près, les Grecs d'Homère. J'ai retrouvé Achille, Ajax, Ulysse, Nestor, Calchas, mais tout crachés. Nous avons bien aussi quelques Bréséis, mais on ne se boude pas pour elles. Ce n’est pas qu’elles n’en vaillent la peine, mais nous ne sommes ni jaloux ni exclusifs.

« J'ai été ravi que la santé de M. de Chevert lui permit de servir et qu’il ait une aussi bonne part à la victoire d'Emstembeke [Hastembeck]. Encore quelques événements et le bâton est à lui. Pour moi, ma chère maman, je le vois bien loin de moi. Cependant, il faut tâcher de monter une marche. Monsieur de Montcalm écrit aux deux ministres sur mon compte. Il vous écrit aussi et veus envoie les copies de ses lettres aux puissances. Je ne vous demande rien. Je suis bien sûr que ma chère maman fera tout ce qui dépendra d'elle. Seulement, si la guerre continue, je voudrais qu’à la fin de la campagne prochaine il me fût permis d'aller vous voir. Mais, pour cela, il faudrait que Monsieur de Moras parût désirer que M. de Vaudreuil me chargeât de purter, au mois de novembre, les paquets à la cour. Alors, je reviendrais en Canada au printemps de 1759 ; et, la paix faite, je resterais ici pour les limites, si l’on voulait m’employer à cette besogne, ou je visiterais les colonies anglaises et la Louisiane avant que de repasser en France. Si la paix se fait cet hiver ou une suspension d'armes, dans ce cas mon ballot serait ou d’être adjoint à la commission pour le règlement des limites ou d’avoir un ordre du ministre pour parcourir tout le pays qui s’étend depuis Québec jusqu’à la Louisiane, en prendre des cnnnaissances exactes et diriger ma marche pour le retour par la Floride, la Géorgie, la Caroline, jusqu’à Boston. J’arriverais un an ou quinze mois plus tard; mais je me serais rendu utile et j'aurais pris des notions exactes de pays qui vont devenir plus intéressants que jamais. Telles sont mes vues, soumises toujours à ce que vous penserez. Pourvu que ma chère maman ne m'oublie et qu’elle m'aime, le reste m'est à peu près indifférent. »

Il revient alors sur les mémoires qu'il adresse par son intermédiaire au ministre.

Page 1