‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 51 sur 113 · Le jeune Hérault · texte numérisé non relu

Le jeune Hérault

2. L'abbé Casgrain, qui a reproduit quelques lignes de ce passage (II, 68), écrit « un cinquième. »

3. Au dire de Walpole, les Anglais auraient scalpé Vaudreuil s'ils s'étaient emparés de sa personne; et, jusqu'à la fin de la guerre, ils se répandirent en

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spectacles plus affreux encore ont souillé mes yeux et répandu dans mon âme une amertume ineffaçable | Puisse la mémoire de ces abominations s'éteindre! Quelle terre! quels peuples! Mon exil durera-t-il encore longtemps ? Au nom de l'amitié que vous voulez bien avoir pour moi, faites en sorte, ma chère maman, que, si la guerre dure, la campagne prochaine soit pour moi la dernière dans ce pays. Que l’on m'avance, que l’on ne m’avance pas, je serai toujours content, pourvu que je vous revoie et la France, Il n’y a rien à apprendre ici. On ne peut même s’y éprouver et savoir si l’on est brave. Les Anglais ne se défendent pas et la moitié de l'année se passe dans l'inaction. »

Montcalm, pour sa part, écrivait à M"° Hérault!, de son style alerte et décousu :

« .… Il me parait... qu’une lettre du marquis de Paulmy, mon cordon rouge, ont donné de la confiance pour moi. Cela durera-t-il? je n’en sais rien. Si Monsieur de Moras écrit un mot et que j'aie quelque lettre de lui approbative dont je puisse faire usage, où il paraisse, comme dans celle de M. de Paulmy, que j'ai dit beaucoup de bien des Canadiens et de frère Rigaud, cela ira bien. Il va être gouverneur de Montréal. Assurez Monsieur de Moras qu’il a très bien fait. Cette place vaut onze à douze (sic). Il faut la laisser toujours aux officiers de la colonie. Mais ce doit être les colonnes d’'Hercule, à moins de talents qu'on ne trouvera ni à frère Rigaud ni à ceux qui le suivent, d'ici à quelques années. D'ailleurs, de braves gens, bien courts de lumières... Ah! si je voulais

menaces de vengeance qui terrifiaient les Canadiens (Casgrain, II, 277). Ceci répond à l'objection de Désandrouins que les Anglais n'auraient pas manqué « d'user de représailles à notre égard, s’il leur fût resté quelques ressentiments contre nous » (p. 110). — Les Anglais ne se plaignaient pas des Français, qui leur avaient rendu tous les bons oflices possibles. « Ils le publient et ils s’en louent, » écrit encore Bougaiuvilie à son frère sur ce douloureux sujet; « mais ces sauvages el ces autres plus que sauvages sont nos alliés, et leur infamie souille notre gloire. Mon frère, nous avons tous le cœur ulcéré, au point que, dans un moment d’indignation, les officiers de nos troupes voulaient demänder à faire seuls la guerre de leur côté et refusaient pour compagnons d'armes des monstres capables de nous déshonoter. Il s'est passé dans cette occasion des traits de

fureur et de bassesse incroyables que l’on ne peut écrire et que je voudrais du.

meilleur de mon cœur pouvoir oublier. Mais, malheureusement, je n'ai que trop vu moi-même et trop entendu, Je vais plus loin. L'air qu'on respire ici est contagieux, et je crains qu’un plus long séjour ici ne nous fasse prendre les vices de gens auxquels nous ne communiquons aucunes vertus » (17 septembre 1757). Rappelons qu'il s’est trouvé des Canadiens, cités par le P. Sommervogel (p. 97-98), pour rejeter la catastrophe sur Montcalm et l'accuser avec toute la perfidie possible.

1. 13 septembre. —- L'abbé Casgrain, pour une raison malveillante que l'on verra plus loin, attribue cette lettre à Bougainville, La pièce conservée est un duplicatum de la main d’un copiste, non signé, mais avec un mot corrigé de l'écriture de Montcalm, D'ailleurs, le texte ne prête à aucun doute.

ne pas fairo de dettes ici, je le pourrais, J'en serais peut-être plus aimé et je pourrais en dépenser davantage, Mais je ne changerai sur rien de conduite. Je la crois bonne. Faisons bien la guerre. J'aime mieux que Monsieur de Moras ou la vente d’une terre paie mes dettes que d’être de la grande société, Brülez ma lettre, J'ai très à me louer de M. Bigot, Il est homme d’esprit, travailleur, de la ressource, une dépense aussi noble que grande, il s'occupe bien de s03 amis et de leur fortune. Je crois qu’il retournera en France riche, mais il sert bien le Roi! En un mot, puisque j'ai entrepris une carrière épir se, je veux l’achever comme je l'ai commencée en 1756 et soutenu. en 1757. Je vous parle, Madame, avec la liberté d'un soldat qui sait mal farder la vérité ?, »

Novembre venu, on échangea les derniers adieux. Montcalm écrivit une longue et chaleureuse lettre au M! de Paulmy en faveur de son jeune compagnon.

« Monseigneur, vous connaissez le sieur de Bougainville, un de mes aides de camp. Il ne vous aura pas échappé qu'il a de l'esprit et du talent. Je puis vous assurer que sa tête est bien militaire et qu'en joignant à la théorie qu’il avait déjà de l'expérience, ce sera un sujet de distinction. Vous pourrez l'employer en Europe à son retour dans les divers états-majors de l'armée et le renvoyer dans les diverses parties du monde où le Roi sera obligé de porter la guerre. Après vous avoir parlé de ses talents pour le métier, je crois pouvoir vous répondre de la droiture de son cœur et de sen attachement inviolable pour vous, Monseigneur ; et je le regarde comme un de ces sujets qu’il faut que le Ministre de la guerre ait à lui plus particulièrement. A quelque général que vous le donniez par la suite, il vous en saura gré ; pour moi, j’en demanderai toujours la préférence, quand je serai chargé de quelque besogne particulière. »

Il réclamait aussitôt pour Bougainville un brevet d’aide-major général des logis, qui donnât le moyen de l’avancer sans avilir les grades supérieurs par leur multiplication, « sans tirer à conséquence, et en lui faisant faire un service qui, jusques à présent, a toujours mené à obtenir une commission de colonel. Vous penserez peut-être, Monseigneur, » disait-il en terminant, « que j’aurais dû, pour le succès de ma demande, en parler à M. le M" de Vaudreuil; mais je m’en

1. Montcalm réitère l'éloge de Bigot dans sa lettre à Moras du 19 février 1758 (Dussieux, p. 250).

2. Déjà, au printemps, Montcalm avait chargé Mr° Hérault d'une communication secrète pour le ministre (cf, Lettre à Bourlamaque, 28 juin 1757).

3. Cette lettre, que nous avons en duplicatum non daté, est annoncée le 17 novembre par Montcalm à J.-Pierre de Bougainville, auquel il demande d'écrire une relation des événements de la dernière campagne. « Au reste, Monsieur, il ne me manque que d’être Alexandre ou de faire de grandes choses, car, grâce à vous, j'aurai pour historien mieux que Quinte-Curce. »

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suis bien gardé et je l’écris à M. de Moras, il s'y fût opposé. Si la demande est accueillie, il en témoignera de la salisfaction. »

Bougainville enfin se sépara de M"° Hérault par une dernière lettre où son caractère se peint sous une couleur charmante, avec son mélange de sens et de fantaisie, de nostalgie et d’exquise tendresse. On nous pardonnera sans doute d'en reproduire d’un peu longs extraits !,

« Voici donc la dernière fois de l’année, ma chère maman, qu’il me sera permis de causer avec vous, Depuis huit jours déjà, la neige a couvert cette terre malheureuse et les frimas vont se joindre aux autres rigueurs que nous promet l'hiver de huit mois. Pendant, je vais penser à vous, à la France, m'instruire, faire profiter mon âme du malaise de la machine. A mon retour, ma chère maman, vous me trouverez une créature un peu singulière, philosophie intermittente, les mêmes passions qu'auparavant, mais plus d'accès de sagesse, assez de réflexion, de beaux projets, mais en général une faible exécution, Que voulez-vous ? Ces lieux si propres à faire naître et à entretenir la mélancolie, ces objets qui se succèdent toujours tristes, hideux, horribles même, la nature de ce monde brut et, plus encore, le naturel des habitants, quel théâtre, quel spectacle, quel champ pour les idées misanthropiques, quelle carrière pour les regrets et les désirs! L'espoir de quitter cet exil revient, la scène? s’éclaircit, les idées s’égayent, l'illusion commence, mais elle meurt aussitôt, et l’image du présent anéantit l'espérance de l'avenir. Voilà, ma chère maman, la situation de votre enfant, état de crise et qui exigerait une âme à plusieur. étages. L'idée d'être un peu aimé de vous, de mériter votre estime est la seule qui me soutienne. Tout se rapporte à cette idée dominante. Je ne fais rien que je m'imagine que vous êtes présente, que vous me regardez, que vous allez ou me condamner ou m’approuver, Vous êtes mon juge et ma récompense. Ai-je tort, ma chère maman, de penser ainsi ? Et, si je puis parvenir à valoir quelque chose, en serez-vous flattée? Je vous l'avouerai : vos sentiments seront pour moi la pierre de touche de ma valeur intrinsèque, et mon ambition s’éteindrait si vous cessiez de vous intéresser à moi. »

Il se plaint ensuite de n'avoir reçu qu'une seule fois de ses nouvelles. Il ose dire que c’est bien peu ; puis il félicite son « camarade, » le fils de M" Hérault, d'avoir enfin le grade de colonel.

« Nous le tenons, ce régiment tant désiré. Je souhaite qu’il ait servi cette campagne et que la couronne de lauriers de Monsieur Bonhomme soit cet hiver changée en myrte. Je ne vois plus rien qui puisse arrêter le mariage ; j'attends la nouvelle de son accomplissement. Que deviendra

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