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C'est un Jésuite qui n’en a que la robe; vous trouverez seulement qu’il parle un peu vite!,
« Je prie mon frère de vous faire des visites absolument en mon nom. Il est heureux ; il vous voit tous les jours ; c'est encore moins que je n’y pense?, Je vous supplie de vouloir bien présenter mes hommages à toute votre famille. J'espère que Madame Bonhomme voudra bien m'adopter pour camarade et m'envoyer une cocarde. J'ai pris la liberté de lui envoyer un ouvrage sauvage; il est de ma famille. Adieu, ma chère maman ; s’il en est temps encore, donnez-moi de vos nouvelles cet hiver par la voie de Louisbourg. Adieu, votre pauvre Iroquois vous aime de tout son cœur. »
Pendant ce long hiver de 4757-1758, Bougainville traina son ennui, rongeant son frein avec plus d’impatience encore que l’année précédente. Le 10 septembre, il était parti de Montréal pour Québec. Le M de Montcalm voulait prendre ses dispositions pour veiller au maintien de la discipline, en perspective de la diselte qui se préparait. Le général reçut, en février, par la voie de Louisbourg, avant de rentrer à Montréal, une lettre ministérielle de Moras qui le froissa profondément. Elle était « remplie de lecons sur la manière de se conduire avec les Canadiens et les sauvages; » et Bougainville, froissé comme son chef, écrivit aussitôt à sa chère maman, sur un ton plus vif que d'habitude. « A Dieu ne plaise, » disait-il, « que nous voulions disputer la valeur des Canadiens... Dans les bois, derrière les arbres, nulles troupes comparables aux naturels de ce pays. » Mais l’on ne pouvait nier les actions dont les Français avaient été
1. Parkman fait un grand éloge du P. Bonnecamp, hydrographe et mathématicien, dont il analyse le journal de route pendant l'expédition de Céloron de Bienville (1, p. 9-62). Malgré la singulière façon dont Bougainville présente ce Jésuite à une Parisienne, qui n’était pourtant point du camp janséniste, le P. Bonnecamp, diftérent en ceci du P. Roubaud, que nous avons déjà rencontré lors de l'affaire du fort Georges, resta fidèle à son ordre jusqu'à sa mort, en 1790, au château de l'amiral de Tronjoly, qui l'avait ramené er France. Seulement, le R. P. Sommervogel, qui a bien voulu nous communiquer ici quelques détails, place ce retour en 1759, tandis que la lettre de Bougainville le met en 1757.
2. J.-P. de Bougainville accompagnait souvent M"° Hérault tantôt à Séchelles, tantôt à Beaumont, où elle devait se trouver en ce moment, chez un de ses cousins, neveu de Moreau de Séchelles. A Beaumont, Bougainville avait cette petite chambre dont il rêvait au Canada, « Elle est pour moi la terre promise ; mais que le désert qu’il faut traverser est long! C'est à ce Beaumont que nous vous revimes, pour la première fois, à notre retour d'Angleterre. Un moment pareil ne reviendra-t-il jamais pour un malheureux expatrié que la seule idée de son retour fasse tressaillir ? Il n'y aura donc plus de mauvaises plaisanteries sur le colombier?... Sérieusement, j'aimerais mieux aider à démolir ce fort des pigeons que ceux de Lydius et du lac S'-Sacrement » (A M®° Hérault, 30 juin 1757). :
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témoins et qui eussent terni, pour peu qu'on les eût ébruitées, l'éclat des plus beaux noms de la colonie. « En voilà bien assez sur. cette matière. Je souhaite que l'avenir ne fournisse plus d'exemple aussi malheureux et qui frappe enfin les esprits les plus prévenus'. » Le 22 février, il revint à Montréal, où il allait passer le reste de la saison, sauf une courte excursion chez ses frères du Sault-S'-Louis, auxquels, ayant, dit Montcalm, « de l'argent de reste, » il voulut porter un cadeau de tabac et de vermillon?. « Il ne convient pas, » observe Bougainville, « qu'un chef aille voir ses guerriers les mains vides. » Garoniatsigoa fut acclamé par les sauvages, qui lui déclarèrent qu’à l'avenir ils se ecnsidéreraient plutôl comme ses enfants que comme ses frères. Au retour, il faillit se noyer‘; mais ce détail était de trop peu d'importance à ses yeux pour en parler dans son journal ou ses lettres Ÿ. Il gardait, au reste, d'excellentes relations avec ses frères de la Tortue. Quelques jours après, notamment, on eut à pleurer deux ou trois morts tués dans l'escarmouche du 44 mars avec les Anglais. Bougainville remplit son devoir en conscience, s’en fut chez les Indiens et prit sa part aux cérémonies funèbres. « Il m'a fallu pleurer, gémir, fumer dans le calumet des enterrements®. » Entre-temps, on échan-
1. A Mr° Hérault, 20 février 1758; voir la réponse de Montcalm à Moras, 10 février 1758, dans Dussieux, p. 248-253.
2. Montcalm à Bourlamaque, 3 mars. — Ceci nous porte à croire que l'on exagère beaucoup sa passion du jeu. Avec une fortune médiocre (de 42,276 1.9 s.9 d., d’après le compte notarié du 31 décembre 1755, en l'étude de M° Dupré), avec un traitement insuffisant de 2,760 livres et la cherté colossale de la vie (Dépôt de la guerre, vol. 3540, Mém., du 7 février 1759, sur le traitement des officiers en Canada), il nous semble difficile qu'un joueur acharné se maintint toujours à flot, Or, jamais Bougainville ne se plaint d’embarras d'argent et jamais il ne paraît récevoir de subsides de son oncle d'Arboulin.