‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 71 sur 113 · RS NES · texte numérisé non relu

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son journal contre les fripons du Canada, est approximativement du 10 octobre de l’année suivante. Et, si Bigot ne répond qu’à la date du mois d'août 4758 aux recommandations de M®° Hérault, c'est, pour la raison généralement connue des Canadiens, que, le fleuve étant clos par les glaces durant l'hiver, les lettres et recommandations de France n’arrivaient qu'avec la débâcle, à la fin du printemps. De la sorte, onze mois s'étaient écoulés entre ces deux pages de Bougainville; et nous savons, par des expériences récentes, combien en moins d’une année les idées peuvent changer sur la probité des gouvernants. Or, on peut s’en étonner, mais le fait, nous l'avons vu, parait ressortir de la lecture attentive des pièces, — Montcalm et Bougainville avaient tout d’abord pris le M" de Vaudreuil pour le chef de la « grande société. » Bougainville l’affirme expressément à deux ou trois reprises daus son journal et ses lettres, Quant à Bigot, sans ignorer qu'il gérait les affaires très à la grande !, le général et l’aide de camp semblent avoir considéré qu’il n'avait qu'un rôle accessoire dans l’exploitation?. Ainsi peut-on s'expliquer seulement la lettre de Montcalm à

l'exemple. M. Bigot m'avait d'abord promis de demander pour lui cette année un brevet d'écrivain principal. La place qu'il occupe est augmentée de deux tiers de travail par notre arrivée et diminuée de deux tiers de revenu par l'établissement du munitionnaire général. Depuis, M. Bigot a changé d'avis, parce que la Cour n’a pas envoyé cette année les grâces demandées en 1756 et que ce retard semble défendre d'en demander de nouvelles. Mais il m'a protesté que, l'année prochaine, il solliciterait le brevet et qu'il vous adresserait pour le ministre [une lettre] à ce sujet. Un seul mot de vous, ma chère maman, à M. Bigot, qui lui ferait connaître que vous vous intéressez à de Vienne, le déterminerait à me tenir parole, S'il demande ce brevet, il l'obtiendra; et, si vous lui écrivez que vous le désirez, il le demandera. Je le connais et j'ose en répondre. Pardon mille fois, ma chère maman; mais le sujet pour lequel je vous prie de vous intéresser est un de ceux qui, dans sa rade, sert le mieux le Roi, et le bien du service exige qu'il soit avancé : M. Bigot me l’a dit cent fois. » — Précisément, dans sa réponse à Mw° Hérault, Bigot, promettant son concours, ajoutait une phrase que supprime l’abbé Casgrain : « Je le ferai avec d'autant plus de plaisir que M. de Vienne remplit avec distinction l'emploi qu’il occupe et que c’est un très bon sujet. »

1. Journal, 10 au 22 septembre 1757. — « Du temps de M. Hocquart, lorsque les dépenses du Roi montaient à deux millions, le ministre était embarrassé pour y faire face; et l’on fut obligé, une année, de suspendre à cet effet le paiement des rentes de l'Hôtel de Ville. Aujourd'hui, elles passent neuf millions, et la Cour n'en est plus étonnée. M. Bigot a su l'y accoutumer, »

2. C’est, croyons-nous, l'opinion de Garneau, II, p. 275. La première accusation positive de Bougainville contre Bigot est, croyons-nous aussi, celle du 26 juin 1758, que nous avons citée à propos de l'investissement de Louisbourg. Encore paraît-il hésiter plus tard entre l’incurie et la complicité, lorsqu'il s'agit d'établir la responsabilité des chefs de la colonie (voir plus haut, p. 108). — Même en ce mois d'octobre 1758, sur le point de prendre la mer, il écrit dans

Mre Hérault, du 43 septembre 4757, où ce dernier n’hésite pas à soutenir que Bigot mérite sa fortune et qu'il sert bien le Roi‘. Rien n’empêchait donc Bougainville, qui sollicitait pour tout le monde, de solliciter aussi pour son cousin et d'écrire, cinq ou six semaines plus tard, à Me Hérault de vouloir bien intervenir en sa faveur. Au reste, l'intimité de voisinage dont se targuait Bigot n’était point extraordinaire; elle venait simplement de la proximité de l’Intendance et de la maison de Vienne, où descendait Bougainville, l’une des plus belles de Québec, sur les bords du S'-Charles. Mais ces intimités, comme le note Montcalm, qui en pratiquait d’équivalentes avec le ménage Péan?, étaient une nécessité des circonstances et, souvent, une simple

son journal : « Le chef de la finance [Bigot|, qui est ou l'auteur ou le complice de ces monopoles infâmes, n’a fait, ne fait ou ne fera aucun règlement pour les | | arrêter. » Mais, lorsqu'il termine auparavant l'exposé de la situation par un cri

de colère : « Faudra-t-il donc qu’un seul homme épuise les finances de la France, FE | insulte à nos dangers et à notre misère et compromette la gloire de la nation ? », Hit | — il vise surtout le munitionnaire général, Cadet, chef authentique de la « grande | société, plus puissante que le gouverneur général. »

11 1. L'abbé Casgrain, nous l'avons dit (p. 91), prend soin d'attribuer à Bou- Hi | gainville la lettre de Montcalm pour faciliter ici son accusation de dupli- | cité (1, 336); pourtant, dès la première lecture, on voit que l'écrivain parle

{ Î de son cordon rouge et qu'il s'adresse à la destinataire sur un ton de cérémonie PE | que Bougainville ne prenait jamais à son égard. La phrase incriminée donne- RUE O1 E t-elle l'opinion vraie de Montcalm, — ou, plutôt, est-ce un des cas où il faut | E lire entre les lignes ce que le général ne veut pas dire? Probablement, il dissi-

È tf \ mulait déjà le fond de ses doutes, car il écrivait à Lévis, le 14 octobre 1757 : su

À | « On crie beaucoup contre l’intendant et la grande société et je crois, entre 4

nous, qu'on n'a pas tort. Moi, je me tais; mais j'ai un petit ami qui est homme à à écrire la vérité et à la faire parvenir. » Du moins n'avait-il que des soup- $ cons et point de données certaines. Le « petit ami » et sa « chère maman » étaient visiblement, pour Montcalm, le seul intermédiaire possible de la vérité, comme l’expliquait à la même heure Doreil au Mi de Paulmy, en’déclarant “ que, devant le mauvais vouloir des bureaux, il ne convenait ni à Montcalm ni ë | à lui-même de prétendre instruire Moras directement (octobre 1757; cf. Gaffarel 3 4 | sur Malartic, p. 158. Voir encore Monicalm à Belle-Isle, 12 juillet 1758, et al À Doreil au même, 31 juillet, dans Dussieux, p. 259-274). Les bureaux de la dl É marine interceptaient jusqu'aux aépêches de Montcalm à son chef, le ministre ES de la guerre. Au surplus, ajoutait Montcalm, « ma naissance, ma place, mon caractère ne me permettent pas d'être l'écho des clameurs publiques, sur les- T'AUR quelles l’habileté des intéressés ferait échouer les preuves juridiques » (Bonne- DEN | chose, p. 101). Bougainville, de son côté, y mettant toute la discrétion conve- A nable, ne parle qu’au dernier moment au ministre de la marine, mais il avait | laissé pressentir ses doutes au ministre de la guerre dès 1757 (Gaffarel, p. 92). D El D À tout prendre, il en avait dit assez, en termes généraux, sur les affaires du h {1 4 Canada pour que Moras, à la surprise de Dussieux (p. 128), surveillât déjà les ou comptes et les marchés de Bigot.

1. 2. Il écrivait à Bourlamaque : « Je dis tant de bien de M. Pénisseault qu’on è croit quasi que je songe à Madame » (27 juin 1757). — « Je suis beaucoup plus

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