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du roi et de ses minintres ne pouvait qu'être bien précaire. Et ce n'est pas quand on reproche à la centralisation d’avoir ruiné nos colonies, qu'il convient de lui reprocher son abstention relative! Le plus énergique des ministres, comme Pitt, pouvait envoyer sur les lieux des troupes et de l'argent, mais non point lutter contre la corruption qui exigeait sa présence immédiate? ; et l'on sait de reste qu'en Angleterre, sur son propre terrain, dans les étroites limites de Westminster, Pitt s'est trouvé vaincu par elle. On oublie, d’ailleurs, trop facilement que les gouverneurs jouissaient dure grande indépendance naturelle vis-à-vis du ministre; et, si Vaudreuil, même sans débuter par un coup d'État brutal, s'était servi de toutes les occasions pour éclairer le gouvernement au lieu de s'ingénier à distraire sa vigilance, s'il avait profité des ressources que lui offraient les relations de Montcalm et de Bougainville pour faire connaitre à la Cour la vérité vressante, il eût rencontré sans doute en haut lieu tout l'appui dont il avait besoin, Les reproches amers, déshonorants pour ainsi dire, qu'il lui fallut subir lorsque les voiles furent déchirés, témoignent assez que le concours du pouvoir métropolitain ne lui eût point fait défaut ?.
Telle était la situation où Bougainville allait se débattre dans son ambassade, et l'on ne s'étonnera pas qu'il dût y échouer, sans y être précisément « berné, » comme le prétend sympathiquement l'abbé Casgrain. 11 était parti de Montréal, le 3 novembie, en compagnie de cinq officiers anglais, se rendant à Québec. Pour son début, il avait fait naufrage dans le fleuve, passant la nuit sur une roche élevée de
1. L'abbé Casgrain, tout en félicitant le ministère anglais d'intervenir le moins possible dans les affaires de ses colonies d'Amérique (f, 17), est obligé de convenir q'.e le malheur des Acadiens vient en grande partie de cetté inaction traditionnelle,
2. On se rappellera que, dans l'Inde anglaise, régnait en ce moment une concussion pareille à celle du Canada, Pourtant Clive allait en diminuer l'audace par son ferme vouloir; et, s'il n'y put mettre terme complètement, c'est qu’il dépendait, non de l'autorité royale, mais de l'honorable C'° des Indes, bande de marchands sans conscience et sans aucune élévation d'esprit (Malleson, Clive, Oxford, Clarendon Press, 1893, p. 163-164, 169-170).
3. Parkman prend sur ce point la défense de Vaudreuil, dont il n’a caché cependant ri la duplicité ni la faiblesse, « Vaudreuil avait servi le roi et la colonie, non sans habileté parfois, mais toujours avec un zèle infatigable, 11 aimait son pays de naissance avec un dévouement jaloux qui rachète en grande partie ses inisérables défauts, Le roi seul, et non les serviteurs qu'il abandonnait à leur sort, doit répondre de la perte de la N'e-France » (If, 376). Nous avons dit que Park- Man, médiocrement au courant des derniers travaux sur notre xvin® siècle, a gardé tous les préjugés d'autrefois contre la politique et la royauté francaises. La seule chose qui ait sauvé Vaudreuil d'une condamnation, c'est qu'il semblait relativement innocent, n'ayant point bénéficié lui-même du gaspillage et des vols qu'il tolérait (Casgrain, 11, 16).
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ne dura pas moins de cinquante-deux jours, lui dicte des impressions où l’on n’entrevoit guère un futur navigateur. Deux fois on fut en danger de sombrer ; deux fois l’équipage fit vœu d'aller nu-pieds, en chemise, faire un pèlerinage. Pour comble de mésaventure, le compas de route était si défectueux que l’on faillit se jeter dans la gueule du loup; et l’on s'aperçut au dernier moment qu’on entrail à pleine voile dans la Manche de Bristol, alors qu'on se croyait dans les parages de Belle-Isle. Il est inutile de s'arrêter aux incidents de l’ambassade!.
« Mon voyage fut heureux pour moi, » dit-il, « puisque j'obtins un brevet de colonel et la croix de St-Louis. Cette dernière grâce me fut accordée par Sa Majesté elle-même, le maréchal de Belle-Isle ne m’ayant proposé sur la feuille que pour un brevet de colonel?. Mme de Pompadour me marqua les plus grandes bontés, et, comme elle était alors premier ministre 3, je travaillais souvent avec elle sur l’objet de ma mission.
1. Le Journal de Bougainville se termine, à son retour en France, par une courte note d’une douzaine de pages, dont nous nous servirons ici, — sa correspondance de voyage avec Montcalm et la famille du général étant déjà connue äans les détails essentiels.
2. L'abbé Casgrain s’empresse d'insérer ici les réflexions malveillantes des très malveillants Mémoires sur le Canada : « On ne sait ce qui mérita au sieur de Bougainville le grade de colonei, car il ne fit aucune action de remarque ; on attribua son avancement à la faveur de M° de Pompadour, ce qui tint lieu de mérite militaire » (II, 39). L'abbé Casgrain pouvait savoir mieux que l’auteur anonyme de ces mémoires à quoi s’en tenir, puisqu'il avait sous les yeux des lettres de Montcalm et du Mal de Belle-Isle, le premier demandant, dès 1757, pour son aide de camp la charge d'aide maréchal des logis, afin de le conduire au grade de colonel (voir plus haut, p. 92), et le second répondant que le roi avait hésité longtemps à accorder ce grade et ne s’y était décidé que sur les instances pressantes du général, Il est à noter que l'abbé Casgrain, tout en reprochant amèrement à Parkman de se servir d: ces mémoires curieux, mais suspects, pour attaquer le clergé, n'hésite pas à s’en servir lui-même pour dénigrer ses adversaires. Ne serions-nous pas en droit de lui “envoyer sa phrase : « Que penser d’un historien qui ne discerne pas entre les pièces sérieuses et les diatribes des pamphlétaires, comme il s'en trouve dans tous les temps, qui même leur donne la préférence? Pourtant c'est dans cet esprit qu'a été écrite l’histoire de Montcalm et de Wolfe [disons Montcalm et Lévis] » (Évangéline, p. 377). Du reste, l'abbé se fait un devoir d'oublier que le Ch® de Lévis courtisait aussi, comme tout le monde, la faveur de la Marquise (Lévis à Mme de Pompadour, ?1 mai 1760).
3. 11 est assez intéressant d'observer que les Canadiens, tout en gardant une violente rancune à la mémoire de M" de Pompadour, savent parfois l’apprécier avec justesse, « M"° de Pompadour n'était pas seulement un premier ministre,
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« Je ne réussis pas, à beaucoup près, aussi bien pour la cause commune que pour mes intérêts particuliers. M. Berryer, qui, de lieutenant de police de Paris, avait été fait ministre de la marine, ne voulut jamais comprendre que le Canada était la barrière de nos autres colonies et que les Anglais n’en attaqueraient jamais aucune autre tant qu’ils ne nous auraient pas chassés de celle-là. Ce ministre aimait les paraboles et me dit fort pertinemment qu’on ne cherchait point à sauver les écuries quand le feu était à la maison. Je ne pus donc obtenir, pour ces pauvres écuries, que 400 hommes de recrue et quelques munitions de guerre.
« J'avais proposé de n’envoyer en Canada que les secours nécessaires en munitions de guerre et de bouche; et, comme on était informé que les ennemis le devaient attaquer au printemps de 1759, avec trois armées, par le fleuve St-Laurent, par le lac Champlain et par le lac Ontario, d'étendre que leurs trois armées fussent arrivées sur les trois frontières pour faire débarquer à la Caroline un corps de 4,000 hommes avec des armes de toute espèce pour un plus grand nombre. On eût, en arrivant, appelé à la liberté les Allemands, que les Anglais traitent en esclaves dans leurs colonies, après les y avoir attirés sous l’appât de concessions avantageuses. On en eût armé une partie; on eût envoyé des armes et des munitions de guerre aux Cheraquis, sauvages de ces quartiers, ennemis implacables des Anglais; on eût fait offrir la neu-
s'occupant des choses d'État, ou une frivole qui donnait le ton à la mode, elle s'intéressait à tout, peinture, sculpture. Sa bibliothèque était considérable... Elle trouvait moyen de consacrer chaque jour de longues heures à la lecture. Toutes autant de choses qui indiquent une intelligence raffinée qui, avec une éducation morale et d'autres conditions, eût pu faire grand. » J. Tassé, « Voltaire, M"° de Pompadour et quelques arpents de neige, » Mém. et C.-R. de la Société royale du Canada, 1892 (t. X, 1893. Ottawa, Durie et fils; Londres, Bernard Q'äritch; p. 140). Malheureusement, M. Tassé a cru pouvoir se servir contre M° de Pompadour des lettres apocryphes parues à Londres sous son nom, en 1772 (Owen et Cadell : M. de Goncourt donne de cet ouvrage un signalement inexact), et qui ne méritent guère plus de créahce que les lettres similaires attribuées à Montcalm en 1777. L'écrivain canadien proteste vainement que ces lettres doivent refléter les vrais sentiments de la Marquise. En général, il est dangereux, à cause de l'irréflexion du public, de prêter aux gens incriminés des formules dont l'expression dépasserait la mesure de la pensée. Nous savons trop le parti que l'on a tiré, et que tire M. Tassé lui-même, de la fameuse exclamation, vraie ou fausse (nous n'avons pas retrouvé la lettre à Voltaire, où l'on prétend qu’elle se rencontre), arrachée à M* de Pompadour par la perte du Canada : « Enfin, le Roi dormira tranquille! » — Ce sont là des boutades d'énervement, toutes naturelles à la suite d’une longue anxiété, avec lesquelles il est trop facile de pendre un homme ou de vilipender une femme. Pourtant, si les Canadiens attachent quelque importance à ce recueil plus que suspect, ils y trouveront pluiôt chez M"° de Pompadour le même sentiment que chez Vollaire et la plupart des Français : « On est prêt à céder le Canada aux Anglais : grand bien leur fasse! Mais, pour les iles et Pondichéry, il faut les sauver à quelque prix que ce soit » (Au duc de Nivernais, 1762, t. IL, p. 35).
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