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tralité aux Pensylvains, peuple de la secte des Quakers, qui ne fait point la guerre par principe de religion, et l'on eût marché vers le nord, Cette diversion dégageait nécessairement le Canada, On eñt soutenu les troupes qui la faisaien*, suivant les succès qu’elles auraient eus, S'il avait été possible, on eût fait des colonies anglaises le théâtre de la guerre. Au pis aller, ces troupes avaient toujours une retraite assurée à la Louisiane, où, dès 1759, on aurait par précautions envoyé des vivres et formé des magasins de subsistance.
« Ce projet, proposé à Mme de P. et par elle dans un comité de ministres, fut agréé. Il ne fut plus question que de trouver les fonds nécessaires à l'armement. Les coffres du roi étaient vides. Mwe de P. fit! son possible pour trouver deux millions, en s’engageant elle-même pour cette somme. Ses efforts furent infructueux et le projet nul. Le duc de Choiseul voulait que je fusse à la tête de l'expédition, bien que je m'en fusse excusé sur ma jeunesse et mon peu d'expérience. »
Ainsi, le manque d'argent éclatait à tous les yeux, et la Cour de France, non plus que M"° de Pompadour, n’y mettaient de mauvais vouloir?, N’en déplût à Bougainville, il restait un fond de vérité dans
1. Mot raturé, « écrivit de [son côté], » ce qui montre combien fut active l'intervention de la Marquise, quoique l'attiédissement du roi l’eût alors réduite à la dotation congrue et qu'elle fût parfois contrainte de vendre ses bijoux afin d’équilibrer ses dépenses. Pour comprendre la plausibilité de ce projet, il faut se rappeler les dissensions internes des colonies anglaises, dont Parkman a tracé le vivant tableau. Bougainville, à plusieurs reprises, indique dans son journal la possibilité de détacher les Quakers et de s'entendre avec les colons allemands. Il y avait, en outre, parmi les esclaves, surtout parmi les engagés blancs venus d'Europe et qui étaient l'objet d’une traite odieuse, des éléments de révolte dont on pouvait tirer parti (cf. Edw. Eggleston, « Social conditions in the colonies, » Century, octobre 1884). Toutefois, en Pennsylvanie, l’influence de Franklin nous était profondément nuisible, et l'on amnistie trop facilement en France les procédés dont il se servit pour enrôler ses compatriotes contre nous. De ce projet si peu connu, où Bougainville joue un rôle aussi intelligent que modeste, l'abbé Casgrain ne dit pas un mot, quoique le narrateur y fasse allusion dans sa lettre à Montcalm du 18 mars 1759 : « Projet contre la Caroline approuvé, non suivi faute d'argent. » Et c'est au moment où Bougainville a vu de la sorte échouer son plan que J'abbé Casgrain ajoute : « Bougainville, grisé par les honneurs qu’il avait reçus, quitta Paris avec l'illusion d’un beau succès » (IE, 40). Û
2. Une autre idée fort intelligente de Bougainville, et qui marque, — si elle est de lui, — l'incessant éveil de son esprit, nous est révélée par sa lettre au ministre de la marine, du 7 janvier 1759 (coll. Faucher de S'-Maurice, IV, 143- 144; cette lettre est datée à tort de 1758). Bougainville demandait qu’on engageât « une troupe d'Écossais, ne fût-elle que de 60 hommes, conduite par un Mac Lean, ou un Mac Donel, ou par queiqu'autre de ces chefs de tribu dont les noms sont chéris et respectés par tous les montagnards. Ces derniers sentent bien qu’on ne les envoie en foule en Amérique qu'afin de dépeupler leur pays suspect au gouvernement et de les faire périr. Ceux que nous avons pris nous l'ont dit cent fois; et, s'ils voyaient dans notre armée une troupe de leurs com-
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l'impertinente réponse de Berryer, à laquelle le jeune officier répondit, on le sait, plus impertinemment encore. Bougainville ne devait avoir guère d'illusion et n’eut point la peine de se laisser berner. Du reste, il n’éprouvait point de sympathie pour le ministre, dont on attribuait l'élévation à la Marquise. « M"° de P., » écrit-il en note, « en a dû rendre compte à Dieu. On dit que la cause de sa faveur auprès d’elle vient de ce qu’il lui servait d'espion auprès de M. d'Argenson, dont il était la créature. » Or, Bougainville demeurait fidèle au souvenir de d’Argenson. En tout cas, on se doute qu'il . était entouré d’assez de conseils pour voir clair, au besoin, dans les manèges de la Cour !. Pendant toute la campagne, il était demeuré en communication fréquente avec le clan administratif que l’on rencontrait dans le salon de M"* Hérault; et, parmi ses correspondants habituels dont il devait compter sur l’appui et les lumières, nous avons déjà relevé le nom des Turgot, de Gournay, l'intendant de commerce, — l'auteur de la célèbre formule « Laissez passer, laissez faire, » — et d'autres également qualifiés, sans parler de ses alliés ordinaires, l'ancien ministre M. de Moras? et l’ancien lieutenant de police M. de Marville,
patriotes et un chef connu par eux, un grand nombre viendrait se ranger à son drapeau, et ce secours de 60 hommes en deviendrait un très considérable, » — En effet, le gouvernement anglais, toujours inquiet des souvenirs de Culloden, avait enrôlé quelques chefs des Highlands pour le service des colonies ; et les hommes de leur clan continuaient de les suivre aveuglément, en celte aventure comme en toute autre, avec la fidélité canine des vieux temps féodaux.
1. La note de Bougainville est absolument confirmée par ses lettres à la M'° de S'-Véran, qui appartiennent à son descendant, M. le Mi* de Montcalm, et ne font point partie de la collection Lévis. Par exemple, à la lettre du 16 janvier 1759, que publie M. Gaffarel (p. 233), on en peut joindre une autre du 28 janvier suivant : « La joie de monsieur votre fils sera grande. Je puis même vous dire, Madame, et ceci pour votre seul intérieur, que, si on ne nous envoie presque aucuns secours en hommes, on nous en donne de grands en munitions de toute espèce, de guerre et de bouche; que monsieur votre fils aura lieu d’être content du ministère, dont les lettres lui donneront là-bas la plus grande considération, autorité même, et qu'il aura dans son exil tous les agréments qu'il mérite à tant de titres. » Ainsi, Bougainville eut bientôt aperçu ce qu'il pouvait obtenir et il l'obtint : des secours de vivres, l'indépendance de Montcalm, enfin la surveillance de Bigot qui même faillit être rappelé (Casgrain, IH, 41), comme il le désirait au fond pour mettre sa fortune à l'abri, et qui ne fut maintenu que parce que sa rare intelligence pouvait encore étre utile dans les misères de la dernière crise (Kingsford, IV, 83).
2. Moras, intelligent, intègre, mais indolent, avait donné sa démission pour se soustraire aux ennuis de sa charge. Il était partisan de la paix en Allemagne el de la concentration de nos efforts pour la défense du Canada (Dussieux, P. 131; Chabaud-Arnault, « la Marine française pendant la guerre de Sept ans, » Rev. mar. et col., septembre 1892, p. 483-485).
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Mais, si la Cour ne pouvait accorder de secours effectifs, elle se répandit en faveurs, car elle savait de quel prix était la conservation du Canada et, qu’une fois perdu, la France perdait tout espoir d’influence en Amérique !.
« Le Mal de Belle-Isle accorda toutes les grâces demandées par le Mis de Montcalm pour sa petite armée et me dit en pleine audience que, s’il eût été possible de faire d’un maréchal de camp un maréchal de France, le Roi eût fait cette grâce au Mis de Montcalm.
« Je pris congé à la fin de février et me rendis à Bordeaux pour m'y embarquer sur la Chézine, frégate de 26 canons faisant partie d’une flotte de 23 voiles, que le sieur Cadet, munitionnaire du Canada, avait armée pour y apporter des vivres. Je fis à Blaye la revue des 400 hommes de recrue destinés à la colonie; ils s’y embarquèrent sur la flotte du munitionnaire, et nous mimes à la voile à la fin de mars.
« Huit jours après, je quittai la flotte et je fis route seul. Nous fûmes arrêtés 22 jours [du samedi saint au 4 mai] entre le cap de Raye et le cap de Nord, enclavés dans les glaces, et nous arrivâmes à Québec le 10 mai... Bientôt on eut nouvelles de l’armée navale des Anglais qui venait faire le siège de Québec.
« Comme les généraux étaient à Montréal, je m’y rendis sur-le-champ pour leur remettre les paquets et instructions de la Cour. »
Et, de Montréal, Bougainville écrivait en effet tout joyeux à Me Hérault :
« Me voici encore en Canada, ma chère maman. Les Anglais ne me prendront jamais, m’ayant manqué cette fois. J'avais quitté la flotte à 200 lieues des atterrages de France... Le 10, je suis arrivé à Québec, et presque toute notre flotte trois jours après moi. On y mourait exactement de faim... On est ici très content de mon voyage, et ma peine en est trop payée, indépendamment de tout ce qu’il m’a procuré. »
En terminant, il envoie un dernier souvenir à son ami Hérault, qui se fait appeler désormais le Mi: de Séchelles, et qui commande le régiment du Rouergue devant l’ennemi.
toutes les communications défavorables à Bigot dont il était l'âme damnée, devait être aussi le mari de cette demoiselle de Caumartin que M° de Marville, belle-fille de M®° Hérault, mystifia d’une façon aussi plaisante qu'impertinente (Collé, Journal, I, 73).
1. Dussieux, p. 160, — En reproduisant la dépêche de Belle-Isle à Montcalm, du 19 février 1759, où le maréchal avoue qu'il est difficile de faire passer des troupes au Canada, à cause de la croisière anglaise, l'abbé Casgrain ose écrire : « Quoique cette conduite déliât les Canadiens de la fidélité qu'ils devaient à la France, puisqu'elle reconnaissait elle-même la supériorité absolue des Anglais en Amérique, pas un cependant ne parla de rendre les armes » (I, 46). C'est de quoi nous félicitons le Canada plus que son historien, lequel nous paraît tout acquis à la maxime, « la force crée le droit, »
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