‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 89 sur 113 · août · texte numérisé non relu

août

4. Le débarquement n'eut lieu en réalité que le 19, La note n'étant pas autographe, l'erreur doit être du copiste,

5, Montcalm à Bourlamaque, 24 août. — « L'ennemi a fait une incursion à Deschambault qui nous a coûté nos équipages [incendiés]; je n'ai jamais vu un meilleur ton et moins de regrets sur pareille perte, Bougainville, qui fit une marche de quatorze lieues, depuis sept heures du matin jusqu'à minuit, leur a empêché de prendre racine. »

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« Vous faites, » lui disait Montcalm, « un métier pénible et instructif; ç'a été le mien en 4745, du 45 juin au 45 décembre, »

« Depuis, » ajoute Bougainville, « ils levèrent leur camp, se rembarquérent et leur escadre descendit et mouilla vis-à-vis de St-Augustin?, trois lieues au-dessous de la Pointe-aux-Trembles et quatre au-dessus de Québec. Je les y suivis; la nuit suivante ils furent renforcés d'environ 1,000 hommes et revinrent m'attaquer depuis dix heures du soir jusqu'à minuit et demi. Ils firent grand feu de leurs vaisseaux et de mousqueterie, tentèrent un débarquement sans succès à ma gauche et n’osèrent jamais mettre à terre #, »

La correspondance de service, recueillie soigneusement par Bougainville jusqu’à la fin de la guerre, confirme tous les détails de ses notes et mémoires. Gette littérature militaire est d’une rare intensité de vie*, Mieux que les correspondances des généraux conservées au ministère de la guerre, ou les lettres intimes qu'échangeaient dans

1. 12 août 1759. — Le P. Sommervogel a publié quelques extraits des lettres de Montcalm pendant ses premières campagnes. Il serait à souhaiter qu'on les joignît aux lettres du Canada dans une édition accompagnée de notes et d'éclaircissements qui la rendraient aussi instructive pour les militaires que distrayante pour les gens de goût.

2. Le 22 août, il y eut encore une démonstration devant Deschambault, Une Relation inédite du siège de Québec indique le 21; mais les lettres de Blau à Bougainville du 72, et de Vaudreuil à Bougainville du 23, nous portent à croire que l’auteur anonyme de ce manuscrit se trompe d’un jour.

3. 29 août, — Nous n'avons pu nous procurer directement, ni rencontrer dans les bibliothèques oubliques, la plupart des ouvrages documentaires parus au Canada sur le sièp… de Québec : les journaux complets de Johnstone, de Jean- Claude Panet, de la bibliothèque de Hartwell, ete. Mais nous avons sous les yeux trois relations manuscrites tirées des papiers de Bougainville : 1° un « Journal abrégé de la campagne de 1759 en Canada, par M***, aide de camp de M. le Mi de Montcalm. » Cet aide de camp serait-il Marcel, qui écrirait pour son compte, tout en continuant par ailleurs le journal de Montcalm (Casgrain, IL, 237)? Ce doit être plutôt un aide de camp intérimaire, 2 Un « Mémoire abrégé sur les opérations des troupes françaises pour la défense de Québec en 1759, par un officier d’un des bataillons de troupes réglées envoyées en Canada; » ce mémoire est celui du major de Joannès, publié par Dussieux d'après le Dépôt de la guerre. 3° La Relation du siège de Québec, déjà citée, anonyme, écrite dans le sens canadien et accompagnée d'une note rectificative.

4. Elle est même plus vivante que la correspondance de Lévis publiée par l'abbé Casgrain, parce que, durant les autres opérations de la campagne, les généraux et commandants demeuraient à portée de la voix pour coordonner leurs mouvements; et, dans les intervalles de paix, ils ne s'adressaient, vu l'éloignement, que des instructions générales, des notes de service ou des nouvelles mondaines. Au contraire, entre Bougainville et ses chefs, pour agir de conserve, le papier remplaçait alors le téléphone d'aujourd'hui sur une ligne d'environ vingt lieues.

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leurs instants de loisir les chefs à tête mûre, elle nous fait pénétrer les préoccupations instantanées qui se succédaient autour de Quéhec durant cet automne de 1759; elle nous évoque au naturel l'esprit, les habitudes et, pour ainsi dire, la conversation de la jeunesse subalterne qui avait alors le commandement de nos armées. Avec un jeune colonel, hier encore leu: égal et leur camarade, les formules de respect et d'amitié, toujours gouvernées par une courtoisie parfaite, se mêlent d’une amusante facon. Dans ces petits billets, griffonnés à toutes les heures du jour et de la nuit avec un insouci complet de l'orthographe et de l'écriture, mais avec la conscience de leur rôle, on trouve un fond de gaieté et de politesse mondaine qui répond bien au caractère sous lequel on se plait à dépeindre l'officier de l'Ancien Régime. Parmi ces correspondants, il en était un, malicieux, qui appartenait au camp des Anglais et qui ne manquait aucune occasion de s'exercer à la langue de Versailles, en adressant des nouvelles à son « cher confrère. » C'était le capitaine James Abercromby, neveu du général Abercromby, l’inglorieux vaincu de Carillon. Bougainville avait déjà contre lui perdu un pari de vin de Champagne à propos d la prise de Louisbourg!', pari dont le gagnant n’enlendait point abandonner le bénéñce ?, Et, depuis lors, lesrelations continuaient. Le jeune officier remplissait maintenant les fonctions d’aide de camp près du général Amherst, qui remontait vers le nord sur Montréal. Mais, par un hasard, prémédité peut-être, les lettres du Cap° Abereromby ne renfermaient jamais que des nouvelles parfaitement désagréables pour l’armée française. Nonobstant, dans cette correspondance amicale qui s'échangeait, sous les yeux paternels des grands chefs, comme des billets doux entre fiancés*, il y avait quelques passages de nature à effaroucher la politique et la morale. Abereromby junior n’avait-il pas l’impertinence de dire qu'il était « du même opinion (sic) que Voltaire sur l'inutilité des quelques arpents

1. Voir plus haut, p. 104-105. Nous conservons l'orthographe habituelle du nom, quoique la signature porte toujours « Abercombie. »

2. « Je viendrai les boire à Québec ou à Montréal, » 15 août 1759. — Déjà, le 2 octobre précédent, Abercromby, profitant d'un parlementaire anglais, qui allait traiter à Carillon de quelques détails en suspens après la capitulation de Frontenac, avait envoyé à son ami un panier de bière de Bristol, auquel Bougainville, avec un empressement où il entrait autant de système que de gratitude, avait répondu par un panier de vin de France, « nécessaire et bon exemple à donner à ce pays barbare, non seulement de l'humanité, mais de la politesse entre ennemis qui se font la guerre. » (Journal, 1° au 10 octobre.)

3. Montcalm à Amherst, août 1759 ; Amherst à Montcalm, 10 septembre 1759 (Coll. Lévis, IT, 255-258).

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