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de vivres soit venu se jeter à la traverse. Si cela est, nous accorderons, faute de connaitre les raisons qui le firent agir, qu’on a le droit de lui reprocher sa négligence. Mais nous ne pouvons consentir davantage. Une chose certaine est que la flotte anglaise resta vis-à-vis de lui jusqu’à l’arrivée du jour pour lui offrir le change et que les berges seules, glissant dans l'ombre, transportèrent les troupes anglaises à l'anse au Foulon!. Bougainville, prévenu formellement par Montcalm et Vaudreuil de rester toujours en amont et de se persuader qu’il ne pourrait survenir de débarquement sérieux qu’à S'-Augustin ou à la Pointe-aux-Trembles, à quatre ou sept lieues de Québec, voire même à Deschambault, ne s’écartait ni de l'esprit ni de la lettre de ses instructions, en évitant de suivre les Anglais par crainte d’un nouveau piège ?, « La nature inaccessible de la côte, à l’est du cap Rouge, » dit Kingsford, « supprimait la possibilité d’une tentative au-dessous de ce poste. » Et, dans le cas très invraisemblable d’une démonstration, « il n’était point déraisonnable pour Bougainville d'imaginer que, si près de la place, la garnison et les piquets avancés suffiraient à garantir de tout risque ?. »
Bougainville, N'ayant pas jugé nécessaire de communiquer son dessein à tous ses capitaines de navire, l'un d'eux, le Cap° Smith, qui avait précisément à son bord les deux déserteurs, aurait pris la flottille anglaise pour le convoi canadien et failli la canonner au passage (Mante, 262-263). — De cet imbrogjlio, il ne faut, pensons-nous, retenir qu'une chose, c'est qu'à la guerre les chefs doivent toujours se garder comme si le hasard le plus invraisemblable devait leur être hostile et ne jamais tabler sur les chances ordinaires des probabilités.
1. « I ne vint aucun bâtiment mouiller à l’anse au Foulon que le 13, à cinq et six heures du matin. Il n’y eut que les berges qui descendirent la nuit, » (Note reclificative.) Un détail, qui peut avoir son importance, est que les longues-vues manquaient au Canada, et Bougainville n’en possédait point à lui. « Monsieur, par le secours d'une mauvaise longue-vue que j'ai empruntée dans le voisinage de la Pointe-à-la-France.. » (Thisbé de Belcour à Bougainville, 10 août 1759). « Je reçois dans l'instant la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ce jour, par laquelle vous voulez bien m'apprendre que l’escadre anglaise est réunie vis-4= vis chez vous, mais que, faute de longue-vue, vous n'avez pas pu reconnaitre la force de ces bâtiments, Je suis bien mortifié que la mienne soit à bord de M. Canon, cär le porteur eût été chargé de vous la remettre » (Cadet à Bougainville, 29 août, neuf heures du soir). — M. Gerald Hart, président de la Société hist. de Montréal, en reproduisant avec d'autres portraits dans son intéressant volume la gravure de Boilly, qui représente Bougainville avec une longne-vue, commet donc une sorte d'anachronisme, — d'autant que le dessinateur, étant né seulement en 1761, n’aurait pu exécuter cette planche « à l'époque où Bougainville était au Canada, »
2. L'abbé Casgrain écrit par distraction : « Bougainville, convaineu qu’elle [la flotte] remonterait avec le jusant, comme aux autres marées, ne jugea pas à propos de la suivre » (p. 226). Il veut dire « avec le flot. »
3. I, 275, 281. — « Bougainville was simply out-generaled. » — Mieux vau-
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. Lorsque, enfin, la nouvelle certaine du désastre parvint à Bougainville au Cap Rouge, il était environ neuf heures du matin. Il lui aurait fallu sans doute quelque délai pour réunir en toute hâte le reste de ses troupes disponibles échelonnées en amont, Cependant, sans hésiter, il se mit en route avec 900 hommes seulement!, Y eut-il néanmoins du temps perdu, comme l’affirme naturellement l’abbé Casgrain ? Ce n’est guère probable. Lorsqu'il se mit en route, la bataille d'Abraham allait s'engager et, dès avant son entrée en ligne, elle ne pouvait qu'être perdue?. La maison de St-Michel à Sillery, l’une de celles qu'occupait un fort détachement du régiment d’Anstruther pour
drait dire, ce semble, qu’il fut « kumbugged, » suivant l'expression de Wellington, qui faillit être victime d'une manœuvre semblable en 1815, — à cela près que Bougainville avait des raisons meilleures de se laisser mystifier.
1. Lévis (Journal, p. 208) dit que Montcalm, n'ayant pas eu le temps d’avertir Bougainville, comptait qu'il l'aurait été par ses postes, et par suite attendait d'apprendre qu’il fût à portée pour attaquer l'ennemi; mais il n’osa pas attendre au delà de dix heures. En ce cas, le courrier de Vaudreuil ne l'aura point rencontré au passage, et Bougainville n'eut point d'ordre précis pour accourir. Montcalm se trouvait pris dans ce dilemme : ou Bougainville arriverait avec les premières troupes qu'il aurait sous la main et n'opérerait peut-être pas une diversion sérieuse, ou il chercherait à réunir tout son monde, et ne pouvait alors déboucher que tard dans l’après-midi.
2, 11 serait intéressant de contrôler tous les témoignages pour établir l'horaire de cette matinée tragique. Un premier désaccord porte sur l'heure du débarquement au Foulon, qui varie de deux heures du matin aux premières lueurs de l'aube. Nous avons heureusement un moyen de repère. Nous savons par les lettres de Vaudreuil et de Montreuil (voir plus haut, p. 144 et 145) que, le 5 septembre, la mer commençait de monter devant Québec à une heure de l'après-midi; et, normalement, le flot ne devait se faire sentir au Cap Rouge que trois quarts d'heure plus tard. Par suite, dans la nuit du 12 au 13, la mer n'a dû commencer de renverser devant le poste de Bougainville que vers deux heures du matin : et c’est ce que dit très exactement Parkman (II, 284). C'est aussi l'opinion qui paraît aujourd'hui généralement admise, Avec la brise favorable (Parkman, ibid.) et le courant très fort (Bradley, 188), la flottille put franchir rapidement les dix kilomètres qui la séparaient du Foulon. Dès lors, on peut établir que le débarquement dut avoir lieu entre trois et quatre heures; et Vaudreuil fut probablement averti entre quatre et cinq heures. Enfin, comme semble l'écrire le gouverneur à Bougainville, Montcalm aura franchi le St-Charles vers six heures et demie.
Il conviendrait de chercher ensuite à quelle heure nos troupes se trouvèrent prêtes et combien dura l’attente avant d'engager le combat. L'abbé Casgrain, avec d’autres auteurs, fait arriver Montcalm sur le terrain dès avant sept heures, et le Cap° Knox dit qu'à sept heures nos troupes étaient déjà en ligne. La Relation canadienne affirme au contraire que « M. le Mi de Montcalm ne fut en état de faire défiler ses troupes qu’à six heures et il en était huit au moins lorsqu'elles se présentèrent vis-à-vis des ennemis. Mais le fort de l'action n'eut lieu que vers dix heures, » On sait d’ailleurs qu'elle ne se prolongea pas beaucoup au delà, — « Bougainville, » écrit Montreuil au ministre, « n'arriva en présence
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