‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 97 sur 113 · NE SEE · texte numérisé non relu

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lui barrer la route et qu'il fallait bien enlever si l’on voulait tenir le passage libre pour les pes détachements de la communication qui cherche. aient à rejoindre en hâte le corps principal, ne put l'arrêter longtemps, puisque les Canadiens, suivant l'usage, âchèrent pied dès le début et que sa marche dura précisément ce qu’elle devait durer!.

des ennemis que deux heures après la perte du combat, qui commença à dix heures » (Dussieux, p. 311). Mais ce passage ne doit pas s'entendre au pied de la lettre; car, en supposant que le combat n'eût commencé qu'à dix heures, il aurait dès lors été perdu aussitôt qu'engagé, si Bougainville apparut vers midi, comme le veut l'abbé Casgrain. Cependant, la lettre de Montreuil est, à cela près, un clair témoignage de la brusquerie du dénouement. La prétendue bataille d'Abraham, si décisive dans l'histoire et qui « ne fut qu'une sanglante escarmouche » au point de vue du nombre (Casgrain, II, 267), ne fut pas beaucoup plus importante comme durée : quinze minutes environ, estime M. Justin Winsor (p. 401). Malartic paraît aussi convenir que, longtemps avant midi, tout était terminé, On peut l’admettre facilement, sans aller jusqu’à prétendre, avec l’effronterie de Vaudreuil et de Bigot, que l’armée française fut mise en déroute à la première décharge (Dussieux, p. 172).

1. « 100 volontaires seulement de ce corps avaient été chargés d'attaquer une maison occupée par un détachement de l’armée ennemie, en arrière de la ligne. Les deux officiers qui commandaient ces 100 volontaires ont été abandonnés par la plus grande partie de leur détachement et, restés seuls avec 18 soldats, furent écharpés et pris prisonniers » (Journal d’un aide de camp du Mis de Montcalm). « M. de Bougainville, n'ayant pu se rendre maître de ce poste, prit le parti de le masquer » (Lévis, Journal). L'abbé Casgrain devait se douter que Bougainville ne pouvait guère passer outre sans échanger des coups de fusil, puisque lui-même raconte qu’une partie du régiment d'Anstruther avait pris « position dans les maisons échelonnées sur La roule de Sillery » (I, 233). Ces troupes étaient sous les ordres du Col. Howe, l’un des meilleurs amis de Wolfe, celui-là même qui venait de conduire l'escalade sur les pentes du Foulon (Bradley, 188, 192). —- « Bougainville, prévenu à huit heures, en marche à neuf heures, » suivant le calcul de l'abbé Casgrain, « aurait pu, en hâtant le pas, signaler son approche dès onze heures » (p. 245). Prévenu tard, dit Lévis, vers neuf heures, selon nous, il est aux approches du champ de bataille vers midi, de l'aveu de l'abbé Casgrain; cela revient exactement au même. Il ne faut pas oublier que Bougainville avait deux lieues et demie (six milles) à parcourir, avec des troupes harassées par une nuit d'alerte, sur un terrain détestable ; et, si l'on accepte le calcul de Montreuil ou de l'abbé Casgrain, eût-il gagné une heure sur sa marche, il n’en fût pas moins arrivé trop tard. Évidemment, on ne saurait essayer ici que des caiculs très .approximatifs, les circonstances ne se prétant point à un itinéraire normal et les témoins, dans leurs dépositions, ne s'attendant pas à subir un contre-interrogatoire 150 ans après. On observera toutefois que les Anglais, bien placés pour savoir la vérité et très désintéressés dans la question, s'accordent à faire intervenir Bougainville beaucoup plus tôt que ne le racontent les Français. Le Cap° Knox assure qu'il aurait pris contact avec l'armée anglaise et forcé la seconde ligne, malgré son peu de troupes, si son ami Townshend, par une habile disposition, n’y eût mis

Mais, en arrivant à portée de combattre, il apprit la déroute des Français. Il ne réussit qu’à protéger la retraite de l’armée qui se retirait affolée, abandonnant « tout tendu » son camp de Beauport, avec ustensiles et bagages.

« Toute l’armée anglaise, » dit-il dans sa note du camp de Lorette, « s’avança pour m'attaquer. Je fis ma retraite devant elle et me postai de facon à couvrir la retraite de notre armée, à me joindre à elle et à remarcher aux ennemis si on le jugeait à propos. M. le Mis de Montcalm mourut le lendemain de ses blessures. Il avait fait une campagne digne de M. de Turenne et sa mort fait nos malheurs. On crut devoir. se retirer derrière la rivière de Jacques Cartier, à onze lieues de Québec, dont nos ennemis formèrent le siège. Je ne sus rien de ce parti que quand il fut exécuté, Je pris sur moi (et le Mis de Vaudreuil l’approuva) de rester avec mon corps au Cap Rouge et à Lorette. J'y rassemblai les débris de notre [armée] et fis entrer des vivres dans Québec. »

Dans ce moment, en effet, l’activité, la décision de Bougainville finissent par arracher un éloge à son éternel critique‘. En même

bon ordre. Seulement, il place l’arrivée de ce secours pendant la bataille, dont le fort aurait eu lieu, aussi suivant lui, vers dix heures. D'autres historiens anglais, comme Mante, semblent dire également que Bougainville arriva presque durant l’action. M. Bradley le fait même apparaitre dès le début; mais il a bien voulu nous avouer que ce devait être seulement ses avant-postes qui auraient marché au canon et qui furent repoussés par le 60° régiment ou Royal-Américain. Entick fixe l'instant de son apparition au moment où Townshend venait de prendre le commandement et de reformer les troupes anglaises qui se désorganisaient dans la poursuite. Or, Townshend dut être avisé sitôt la mort de Wolfe, qui expira lorsque les Français venaient de commencer à prendre la fuite (Entick, General History of the Late War. Londres, Dilly et Millan, 1763, IV, 120; Mante, 257; Gerald Hart, 108).

1. « Depuis la journée du 13, celui-ci avait tâché de réparer par sa belle conduite ce qu’il avait eu à se reprocher dans les derniers événements » (p. ?281- 282). Pendant que l'armée recule le 14 à la Pointe-aux-Trembles et le 15 à Jacques Cartier, Bougainville, en effet, couvre la retraile; et, du Cap Rouge où il est naturellement rentré le 13 au soir, il remonte le 14 à S'-Augustin et le 15 à la Pointe-aux-Trembles, d'où il envoie sa cavalerie sur Québec. Le 16, déjà, par le cèté de Beauport, elle donne des espérances de secours aux assiégés (Joannès). Le 17, jour où Lévis arrive prendre le commandement, Bougainville en route, de J1i-même, sous une pluie battante, passe {a nuit à l’embranchement des chemins de Ste-Foye et de Lorette, tandis que ses cavaliers pénètrent dans la ville. Le 18, il se porte par Bourg-Réal sur Charlesbourg, où sont les dépôts de biscuit pour ravitailler la place, et, le soir, en approchant de Québec, il apprend la capitulation (Vaudreuil à Bougainville, 17 septembre; id., 17 septembre, deux heures après midi). Bougainville n'avait pas seulement à faire entrer des vivres dans Québec, mais à retirer du camp de Beauport et des magasins de Charlesbourg le nécessaire pour l’armée, surtout des chaus-

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temps que, suivant les instructions de Vaudreuil, il facilitait le passage des vivres fournis par M. de S'-Rome, il écrivait au commandant de la place, Ramzay, pour lui indiquer plusieurs endroits de la ville où l’on pourrait trouver des farines recélées par les particuliers. Malheureusement, ni ce gouverneur ni les habitants n’inclinaient à la résistance.

« Rien n’est mieux, Monsieur, » écrit à Bougainville le 17 septembre le Cher de Bernetz, « que les promesses de vivres et de prochains secours que vous promettez à M. de Ramzay et à la garnison de Québec. Votre arrivée ne peut être trop prompte, et c’est avec la plus vive douleur que je vous apprends que tous les miliciens sont sans courage et sans volonté. La plupart ont jeté leurs armes, les batteries sont presque sans servants. Une désertion affreuse; plus de vivres, à peine pour quatre jours. Le peuple, les enfants crient famine, Au fait, je ne vois de vrai remède à ceci que de jeter dès ce soir dans la ville 300 hommes de troupes réglées pour réchauffer les cœurs des habitants sur lesquels il n'est plus possible de compter... Les officiers de milice ont déserté et les marchands ne veulent plus prendre les armes. »

D'ailleurs, le commandant de Ramzay, interprétant à sa façon l’ordre de Vaudreuil de ne point se laisser emporter d'assaut, était déjà décidé à la reddition‘. « Mon cher camarade, » griffonne à la hâte sur un chiffon de papier La Rochebeaucourt qui, avec le Cap° de Belcour, s'était montré brillamment au milieu de ce désordre pour introduire des vivres et des espérances de prompt appui dans Québec, « je suis arrivé à la ville dans le temps que M. de Joannès faisait

sures. Lévis et le gros des troupes, ayant couché le 18 à la Pointe-aux-Trembles et le 19 à St-Augustin, où parvint la nouvelle de la reddition de Québec, rentrèrent le 21 à la Pointe-aux-Trembles et le 24 à Jacques Cartier. Bougainville resta le 20 au Calvaire de St-Augustin et s'installa le 24 à la Pointe-aux- Trembles, avec ses avant-postes à St-Auguslin (Lévis à Bougainville, 23 septembre; id., Journal). Lévis dit que le gouverneur repartit le 30 pour Montréal ; cependant, Vaudreuil, dans une lettre du 28, annonce son départ pour le lendemain grand matin.

1. Gaffarel, sur Malartic, p, 291. — « Il faut observer que les milices de la ville de Québec sont en général très mauvaises, étant composées d'ouvriers de toutes espèces, négociants, n'allant jamais à la guerre. D'ailleurs, guidés par leurs intérêls personnels, On peut juger de quel secours pouvait être pour une ville assiégie un essaim de combattants de cette espèce » (Journal d'un aide de camp). « Le jour dé l'affaire d'Abraham, » dit Joannès, « après quelques pas en avant, le petit bouquet de bois qui s’allongeait sur la droite servit &e retraite aux Canadiens, du moins à bor nombre d'entre eux, et, lorsqu'ils furent enfin obligés de sortir de leurs braussailles…, c'est dans cet endroit qu'il y en eut quelques-uns de tués et d'autres faits prisonniers » (Dussieux, p. 306). « En

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Au moment où la garnison so rendait, Bougainville! n'était plus qu'à trois quarts de lieue de la place et « se jetait dedans la nuit suivante avec un corps d'élite qui l'eût pu sauver?. »

s’enfuyant dans la direction du camp de Beauport, » raconte Joseph Trahan, dans ses curieux souvenirs que citent tous les historiens à propos de Montcalm, « sur le chemin était une boulangerie, dont le boulanger avait fait ce jour-là une fournée de pains, Quelques-uns des fugitifs épuisés lui demandèrent à manger, ce qu'il refusa. Alors, l'un d'eux, dans un accès de rage contre une telle inhumanité, lui trancha la tête de son sabre, et cette tête sanglante fut déposée sur la pile de pains. La faim m'arrachant tout sentiment, je saisis un pain tout convert de sang, et, avec mon couteau, je fis disparaître la croûte et je dévorai la mie avidement » (publiés par 3. Le Moine, Revue canadienne, L. IV).

1. La Rochebeaucourt est entré dans Québec le 17, pendant que Joannès débattait les articles de la capitulation ; mais celle-ci ne fut signée que le 18. L'abbé Casgrain, qui n'aime point Joannès, semble lui faire un reproche singulier : « Le « petit » Joannès, ce joueur effréné, à qui sera réservé le triste honneur de conclure la capitulation de Québec... » (1, 87). Pauvre Joannès | Sans doute il dut remplir celte triste mission à raison de son grade, Mais tout le monde accorde, y compris l'abbé, qu'il fit de son mieux pour empêcher le désastre, fouaillant de son épée les officiers canadiens, « lesquels ne menaçaient de rien moins que d'abandonner leur poste et de le faire abandonner à leurs troupes, » conseillant à Ramzay de laisser la ville basse et de se retrancher dans la ville haute. Mais « cet oflicier, » dit-il, « qui n’a jamais vu faire la guerre que dans un bois, ignorait la facon de défendre un poste, Il y a du moins lieu de le présumer » (Dussieux, p. 309-310). M. Kingsford et M. Bradley adoptent ici les explications de Ramzay; mais la correspondance de Bougainville, surtout les billets de La Rochebeaucourt, ne laissent à ce commandant aucune excuse. Il est faux que les secours ne soient entrés dans Québec qu'après la capitulation. Bernetz, dans sa lettre du 17, rappelle des ordres qu'il vient de donner à Belcour, 11 est faux que les vivres apportés ne fussent que de quinze à vingt sacs, ou même de 60 quintaux, comme l'écrit Malartic à la date du 18; La Rochebeaucourt parle toujours de 100 quintaux. Au billet publié par l'abbé Casgrain (11, 280), qui annonce l'envoi de Belcour et l'entrée des 100 quintaux le soir même, on peut joindre celui-ci qui est de la veille (non daté, 16 septembre) : « Mon cher camarade, me voici bientôt au dépôt des vivres de Charlesbourg et je serai sûr de bonheur si je peux entrer dans la ville. J'ai 100 chevaux avec moi. Je peux porter 100 quintaux. Voyez si vous voulez que je profite de la marée de demain matin. Faites-moi réponse promptement. Je m’arrange pour exécuter ce projet avec le plus de sûreté possible. Mandez-moi au juste comment sont les marées le matin. Je les crois basses. Je vous envoie un maréchal de logis bien sûr. Bonsoir, mon cher camarade. »

?. À Mve Hérault, 2? septembre.

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La chute de Québec fut le signal de la grande débâcle canadienne. Dans la ville, les habitants ingouvernables avaient pillé les magasins du roi! ; dans la campagne, ils avaient enlevé tout ce qu'ils pouvaient du camp de Beauport, que les Anglais avaient respecté?, De ce moment à la fin de la guerre, il n’est plus question que de désertions, et l'on éprouve toutes les peines du monde à maintenir les miliciens sous les armes, De part et d'autre, les chefs des armées régulières aspiraient au repos pendant la durée de l'hiver. Dans les premiers jours qui avaient suivi la prise de la ville par les Anglais, Bougainville avait dû plusieurs fois intervenir comme parlementaire pour régler différents points relatifs à la capitulation, Vigoureusement secondé par le commissaire des guerres Bernier, ancien aide de camp de Dieskau, il avait d’ailleurs rencontré les plus grandes facilités d'accueil près de son ami Townshendÿ, 11 lui fallait s'occuper en

1. « Les effets du Roi pillés dans le moment de la reddition de la place, ils [les Anglais] l'ont su, ils l'ont vu et ont laissé chacun jouir de sa rapinc! N'en pouvaient-ils pas faire la recherche et vexer tous les particuliers sous ce prétexte ? » écrit Bernier pour montrer la modération des vainqueurs (A Bougainville, 5 novembre 1759). L'abbé Casgrain dit que la ville « était devenue le rendez-vous des filous, des gens sans aveu. » Mais, comme il ajoute que « chacun cherchait son bien et, ne le trouvant pas, prenait celui de son voisin » (p. 312), il faut bien en conclure que le pillage était général, Les lettres de Bernier, pour les commencements de l'occupation, manquent dans les papiers de Bougainviile, parce que ce dernier les transmettait à Lévis et à Vaudreuil.

2. « Le camp de Beauport était resté tout tendu sans que les ennemis eussent osé descendre pour y entrer; les habitants des environs le pillèrent.. D'autres pillaient dans les campagnes, sans qu’il fût possible d'arrêter ce désordre » (Lévis, Journal, p. 212-214). Déjà, au mois de mars précédent, Montcalm écrivait à Bourlamaque que le Cap° Benoist, un dés rares officiers honnêèles du Canada, « las des voleries, » avait fait passer trois miliciens par les verges. « C’est très bien, il en a le droit, Si je l'eusse fait, on eût écrit contre moi et demandé mon rappel » (18 mars). — Lévis y mit moins d'hésitation. Bougainville ayant sauvé ce qui restait : « Vous avez très bien fait, » lui dit-il, « de faire retirer les munitions de guerre et de bouche qui étaient à Lorette et à Charlesbourg. Par ce que vous me mandez, j'espère que vous parviendrez à finir ce déblai, Beaucoup de fermeté et de châtiment militaire contre les Canadiens qui ne seront point obéissants et qui voudront se soustraire à notre domination, J'approuverai tout ce que vous ferez à cet égard » (6 octobre).

3. Les Anglais s'étaient montrés fort réservés dans leur occupation de Québec. Bernier ne leur reprochait que « deux seuls cas griefs » où la capitulation eût souffert de leur part. Et encore « Grotius aurait décidé en leur faveur. » Ils avaient mis les Jésuites hors de chez eux pour loger leurs troupes; et, dans le premier besoin, ils avaient abattu des maisons inhabitées pour en brüler le bois

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