‹ La jeunesse de CalvinChapitre 23 sur 34 · LA PRISON DE CALVIN · texte numérisé non relu

LA PRISON DE CALVIN

Il est nécessaire de signaler ici d'autres incidents de la vie de Calvin, à Noyon, et de ses rapports avec le chapitre, parce que ces incidents ont pu entrer pour quelque chose dans la croyance à une condamnation subie par le réformateur. Tout cela ne justifie assurément pas la calomnie de Bolsec, mais explique assez bien comment elle a pu s'accréditer si rapidement. Ces détails joints au fait de la prison ont contribué certainement à donner un fondement vraisemblable à la légende. Desmay a rapporté précisément plusieurs faits de ce genre : „I1 se trouve, dit-il, aux mesmes registres que Jean Calvin, auparavant d'estre receu curé, avait esté approché du chapitre, à l'instance de M*' Jean de la Riie, chanoine de Rheims, et que par deux chapitres divers, l'un tenu le 24 juillet 1527, l'autre le 7

d'aoust suivant, la cause avoit esté agitée en plein chapitre, mais il n'est fait aucune mention dans les actes enregistrés pourquoy c'estoit et n'ay sceu apprendre le sujet de cette approche, etc." Nous savons par ailleurs que ces citations avaient pour cause un procès pendant entre Calvin et le chanoine Jean de Vie, défendeur. Gérard Cauvin stipula dans la circonstance pour son fils. C'est à peu près vers la même époque que Jean fut déclaré contumace (16 janvier 1526 et 6 mai 1527) à cause de son absence non justifiée lors des chapitres généraux.

Un autre rapprochement qui aussi bien que le fait même de la prison a pu avoir quelque part dans la formation de la légende, c'est qu'au dire de Desmay et de Levasseur, il y a eu vingt ans après le départ de Calvin, un autre chapelain du même nom à Noyon, lequel fut l'objet d'une condamnation de la part du chapitre, en raison de sa conduite scandaleuse. Voici ce passage de Desmay : „I1 y a encor une autre sentence de condemnation, contre un chapelain Vicaire qui portoit le mesme nom [que] Jean Calvin, mais c'estoit longtemps après que Jean Calvin hérésiarque eust quitté ses bénéfices, fut sorty de la ville et du pays et eust abandonné la foy de Jesu Christ, car ceste sentence se trouve enregistrée et dattée de l'an 1550 et prononcée contre Jean Calvin, vicaire, pour avoir retenu en sa maison une femme de mauvais gouvernement. Et fut condamné ledit Calvin à estre fustigé sous la custode" (Desmay, Remarques sur la vie de Calvin , pages 39 et 40). Levasseur parle également de cette singulière coïncidence dans un chapitre spécial intitulé : D^un autre Jean Gauvin, chappellain vicaire de la mesme Eglise de Noyon j non lieretique. (Annales de Noyon, p. 1170.) Cet homonyme du réformateur aurait été, suivant notre auteur, pourvu d'une chapelle vicariale, qu^il perdit pour cause de mœurs déréglées. (Conclusions du 23 décembre et 2 janvier 1552.) Ce personnage mourut curé de Tracy le Val et ajoute Levasseur, „&ow catholique j grâce que Dieu luy fit pour n'avoir jamais tourné sa casaque, ny changé de religion, à quoy sa vie libertine et l'exemple de Cauvin hérésiarque, son correspondant, en l'un et l'autre nom, sembloient luy donner pente", etc. D'après l'annaliste de Noyon, ce personnage n'aurait pas été battu de

verges sous la custode, comme Tavanco Desmay, qui l'a confondu avec un autre chapelain du nom de Bauduin le jeune. Nous citerons in extenso la conclusion capitulaire qui a trait à cette affaire, parce qu'elle fournit un trait caractéristique des mœurs de cette époque. y,Capitulo facto die Veneris XP Augusti 1553, A Bellement Fromotor Capituli remonstravit ex officio, quod Balduinus le Jeusne Cappellanus vicariàlis, a duohus mensibus nullam aut parvam residentiam fecit in Ecclesia; scandalose vivendo ciim quibusdani mulieribus suspectis, etc. Quare pro defectibus et dbsentiis a divino servitio , eum Bomini condemnarunt, jtixta conclusiones dicti Fromotoris, ad assistendum per unum mensem integrum omnibus lîoris servitii divini ; et pro scandalis commissis ordinarunt prœfati Bomini ipsum eœdi virgiSy quia puer et nondum in sacris constitutuSj per magistrum .puerorum in subthesauraria, prœsentibus dictis pueris pro exemplo.^ Ce curieux passage est instructif de toutes manières. Ces écarts de mœurs ne comptent pas pour Levasseur. Il ne manque pas d'insinuer que Jean Calvin, le réformateur, devait en avoir fait bien davantage, en sa qualité d'hérétique. Toujours la même préoccupation d'attaquer les mœurs, sans pouvoir alléguer de faits précis.

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