LAURENT DE NORMANDIE A GENÈVE
Peu de temps après son arrivée dans la cité de Calvin, Laurent de Normandie reçu habitant le 2 mai 1549, acheta une
1 Bèze. Vie de Calvin, Ed. Reuss. p. 171.
maison devant le temple Saint-Pierre, au prix de 300 écus d'or au soleil, plus un petit cens annuel. C'est la même qui fut occupée par la suite par de Candolle. Plus tard, il fit l'acquisition d'un jardin avec l'immeuble contigu à ce dernier. Devenu veuf, comme on l'a vu, il se remaria le 14 septembre 1550 avec Anne Colladon, fille de Jean Colladon, docteur en droit, réfugié berrichon. Ce fut Calvin qui bénit cette seconde union. Laurent reprit par la suite ses fonctions d'avocat consultant et s'occupa aussi du commerce des livres. Lors de sa réception en qualité de bourgeois (25 avril 1555), les droits à payer furent diminués en sa faveur, en considération de ses services.
En 1552-1553, il fut envoyé en ambassade avec Nicolas Colladon, pour intercéder en faveur de cinq jeunes français de Lausanne, arrêtés à Lyon, comme réformés. Ses démarches pour obtenir leur grâce furent sans résultat.
Dans la querelle des Libertins, Laurent se mit constamment du côté de Calvin. Peu à peu son commerce de librairie s'était étendu. S'occupant de l'impression des livres de Calvin, il fit plusieurs traités pour des impressions, des colportages de livres. Le 6 décembre 1563, il remettait à Jacques Bernard et Antoine Valleau, Genevois, dix-sept tonneaux et quatre balles de livres, pour les conduire, vendre et distribuer au pays de France. Le 15 du même mois, il donnait pareille commission à Louis Lavaud du Havre et François Estienne. Laurent était en correspondance directe avec les libraires de Reims, de Metz, de Béziers, de Sisteron, etc. Nous avons eu l'occasion de parler de son voyage en France et à Noyon en 1561. Un moment, il avait espéré obtenir la restitution de ses biens confisqués et c'est dans ce but qu'il était revenu dans sa ville natale. Porteur d'une lettre de Calvin pour Jeanne d'Albret, il assista au colloque de Poissy, où il accompagnait Théodore de Bèze. Au retour, il visita au château de Montargis la duchesse de Ferrare, qui lui fit grand accueil. Laurent fut ensuite choisi comme tuteur des fils de Guillaume de Trie, sieur de Varennes, petits-enfants par leur mère de Guillaume Budé et recommandés à Calvin par leur père mourant. Il assista aux derniers moments du réformateur avec Budé, Joinvilliers, Bèze et Colladon. En 1565, il fit un
nouveau voyage en France, Bèze l'avait chargé d'une lettre pour la reine de Navarre. Avant de partir, il avait fait son testament, laissant aux deux fils de so>n premier mariage, Jean et Salomon, les biens de leur mère, Anne de la Vacquerie et „ tout ce qui peut leur estre deu encore es villes et prévostés de Noyon, Chauny, Montdidier et Roye. " A Marie sa fille du second lit, il donnait 5000 livres, et partageait inégalement le reste de sa fortune entre les enfants qu'on vient de nommer et ses deux derniers fils, David et Théodore. Quant à sa veuve Anne Colladon, avec laquelle il était en communauté de biens, elle reçut 200 livres de pension et 100 livres de meubles, dans le cas où elle viendrait à se remarier. Les exécuteurs testamentaires étaient Grermain CoUadon, oncle de sa femme et Antoine Cauvin, „ son plus ancien et esprouvé amy. "Ce dernier qui fit son testament aussi peu après, léguait au fils de son ami, Jean, deux coupes d'argent et nommait Laurent comme conseil de sa femme. Laurent mourut le premier le 14 août 1569, enlevé par la peste et fut inhumé au cimetière de Plain-Palais.
(Voir sur cette seconde période de la vie de Laurent de Normandie l'excellent article de M. Bonnet dans le Bulletin^ t. xxxn).