RETOUR DE CALVIN EN FRANCE EN
On savait jusqu'ici assez vaguement que Calvin était revenu en France, dans le courant de l'année 1536, pour mettre ordre à des affaires de famille. Il profita sans doute, pour tenter ce dernier voyage, de l'édit de Lyon (31 mai), par lequel le roi permettait à tous hérétiques, voire même aux sacramentaires et aux relaps, de séjourner dans le royaume, pourvu qu'ils fissent dans les six mois adhésion à la religion catholique. Trois actes découverts il y a quelques années aux archives de l'Oise i, par M. Couard-Luys, et communiqués au comité des Travaux historiques, confirment d'une manière positive le fait sur lequel on ne possédait d'autre donnée que le témoignage peu explicite de Théodore de Bèze. Ces pièces datées des 2, 12 juin et 12 juillet 1536, permettent de fixer d'une façon précise l'époque de son séjour. Ces trois documents ont trait à des intérêts de famille. Calvin donne procuration, devant deux notaires du Châtelet, à Antoine Cauvin son frère, pour faire et conclure en son nom tous les actes de vente, ou autres relatifs à l'héritage de ses père et mère. Le même mois a lieu par le mandataire ainsi constitué et par Charles Cauvin, la vente aux religieux chartreux du Mont Regnault près Noyon, d'une partie des biens immeubles laissés par
^ Voir aux Pièces justificatives.
Gérard Cauvin. Faut-il conclure de ces faits que Calvin n'est point venu alors à Noyon, puisqu'il passe ainsi à Paris procuration à son frère pour lui permettre d'agir en son nom? Il est difficile de se prononcer d'une manière absolue. La procuration ayant un caractère général, a pu être donnée, en vue de l'avenir. C'était une mesure de précaution prise par le réformateur, sur le point de partir pour l'étranger. Il n'est pas impossible que Calvin soit venu quand même à Noyon. Ce qui tendrait à le faire supposer, c'est qu'il emmena quelques semaines plus tard sa sœur Marie, le chanoine de Collemont et quelques autres Noyonnais. Quoi qu'il en soit, la question ne saurait être tranchée en toute certitude. Il ressort de ses pièces qu'au moment où elles furent rédigées, Antoine Cauvin n'était pas encore décidé à accompagner son frère, hors la France. La décision dut donc être très rapide, puisque le départ eut lieu aussitôt après. Dans l'intervalle, Antoine dut encore revenir de Paris, où il habitait, à Noyon, pour y conclure la vente et représenter son frère. Une autre considération intéressante à relever dans ces actes, c'est que le notaire de la famille Cauvin à Noyon, porte le nom de Bures qui est aussi celui de la future femme de Calvin, Idelette de Bures, veuve d'un Liégeois. Il y avait d'ailleurs à Noyon, depuis longtemps une famille de ce nom. Il n'est peut-être pas téméraire de supposer qu'Idelette appartenait à la même famille et que son mariage avec Calvin ne fut pas l'effet d'une rencontre uniquement due au hasard.
Pièce de vers composée par Barthélémy Honorius, de Liège, au sujet de la prétendue guérison d'un fils de Calvin.
Scis quid Calvinus Sanctorum fecerit osor,
A cane cum rabido filius ictus erat, Tentavit medicis illum sanare venenis,
Quse Pedemontanus jussit Alexis emi.
Sed Deus hune non est medicina passus abuti,
Ne quis ob hoc Divos temneret Hereticus.
Namque opus invalidum Calvini reddidit, ut se
Per cunctos cuivis ferre probaret opem.
nie itaque incassum sudans, est nocte coactus
Pignus in Ardennam mittere languidulum.
Immortalis ubi numen se pandit Huberti,
Talia qui Christi vulnera curât ope.
Venit eo proies scelerati manca parentis,
Et supplex aras procidit ante sacras.
Quodque precabatur superos erat, ut sibi vellent
E membris morbum pellere tabificum.
Neve sibi objicerent maie sani dogmata patris,
Quse modo per mundi climata nota forent. Nam se cum stolido non consentire parente,
Velle sed in veteri Religione mori.
Hsec ubi fatus erat, sacra cum veste sacerdos
Prodiit, illius vulnera dira fovens.
Nec multos mansisse dies narratur ibidem,
Quin fuerit dono sanus, Huberte, tuo.
Sparserat interea Calvinus in urbe Geneva,
Saxonicas natum nuper adisse plagas ; Ille quidem dignus non qui luat a cane tali
Vindictam, sed quem Cerberus ipse voret.
(Levasseur. Annales de Noyon^ p. 1331. D'après Chappeaville, chanoine et grand vicaire de Liège. Le fait est attribué par ce dernier à l'année 1562. D'après Drelincourt, Défense de Calvin^ p. 90, le jésuite Sylvestre Petra Sancta rapporte la même légende dans ses ^Notes contre la réponse de feu M, du Moulin j à la lettre de feu M. de Baïsac'^.)