A MADAME
LA PRIXCESSE ROSPIGLIOSI
DCCIIESSE DE ZAGAROLO
NEE UK CHAMPAGXY \)V. C.UIORE.
C'est à vous, Madame, à vous qui joignez les goûts sérieux d'un esprit admirablement cultivé à toutes les grâces et à toute l'amabilité particulières aux femmes de votre pays, que je dédie les pages suivantes, où sont racontés les destins d'une enfant de la Toscane enlevée plus tard au sol natal par le royaume de France , dont elle occupa le trône. Que cet argument ne vous effraye pas : il n'est question ni des guerres civiles, ni de la Ligue, ni des faits sanglants de la Saint-Barthélémy ! J'avais voulu vous adresser un souvenir de ces journées délicieuses que, pendant un automne, j'ai passées près de vous et des vôtres à Lamporecchio , dans cette villa charmante que le génie créateur du Bernin, splendide dans ses erreurs mêmes, construisit pour Clément IX. Jamais je n'oublierai ces beaux sites, et comment le regard, dominant toute la campagne alentour, embrasse dans un merveilleux ensemble et le riche
val de Xievole , et les champs qu'arrose l'Arno, et les montagnes lointaines et bleuâtres du Pisan, et les roches vulcanisées du sein desquelles paraît surgir la solitaire l'olterra. Ayant visité ses environs, et Vinci, à qui le grand Léonard a pris son nom, et Cerreto Guidi avec l'ancienne Villa des Orsini de Bracciano, où Isabelle de Médicis, la belle et spirituelle épouse de Paolo Giordano, eut une fin si tragique, j'aurais aimé à vous dédier quelque chose qui rappelât ces excursions attrayantes; mais le choix d'un épisode aussi sombre était peu fait pour répondre au but que je m'étais proposé.
Ainsi donc, au lieu d'un récit emprunté à l'histoire des Médicis au temps des Grands-Ducs, acceptez et accueillez-en vn pris à une époque où cette famille, en vérité, louée souvent avec excès, mais cependant toujours glorieuse et grande, s'est trouvée passer de cette autorité traditionnelle, que le consentement presque unanime des citoyens lui avait librement accordé, à l'exercice d'un pouvoir absolu forcément imposé.
Les événements qui ont agité la jeunesse de celle qui fut ensuite Reine de France, sont, pour ainsi parler, le milieu où se passe et se développe tout mon récit. Catherine de Médicis est un personnage d'une importance trop grande pour qu'elle ne mérite pas que l'on recherche à informer sur ses commencements, sur les circonstances au milieu desquelles
elle a grandi, sur les personnes qui ont dirigé son éducation. Elle était en la fleur de ses jeunes ans quand elle a quitté l'Italie, mais les disgrâces de famille qui ont rendu son berceau funèbre , les tempêtes qui se sont déchaînées autour des murailles des cloîtres où elle eut un asile, le caractère de ceux qui furent ses prolecteurs , ont peut-être exercé une influence plus grande qu'on ne saurait croire sur ses facultés morales et intellectuelles.
Si l'idée me venait de me prononcer sur elle à une époque où, plus âgée, elle a montré une activité si grande, je dépasserais de beaucoup les modestes limites auxquelles foi voulu atteindre. Le récit de ses jeunes années appuyé de témoignages et de documents contemporains, inconnus pour la plupart, ou du moins non mis à profit , c'est là ce que j'ai voulu faire et vous offrir. Les fêtes nuptiales de Marseille sont la dernière scène de ce prologue à un drame historique.
Puisse maintenant ce petit livre trouver un bienveillant accueil au Quirinal, dans le palais construit par Scipion Borghèse et par Jules Mazarin sur les ruines des Thermes de Constantin, où Guido Reni a peint la merveilleuse Aurore, et d'où le regard peut embrasser la plus grande partie de la grande Rome.
A Florence, le 15 août 18..
CATHERINE DE MËDICIS.