‹ La jeunesse de Catherine de MédicisChapitre 14 sur 52 · LES ORIGINES · texte numérisé non relu

LES ORIGINES

Dans la chapelle des tombeaux des Médicis, en l'église de Saint-Laurent à Florence, que Léon X fit construire par Michel- Ange Buonarroti, lorsque, frappé dans sa race par des morts prématurées, il avait vu, d'un coup, s'anéantir ses longues espérances de grandeur et d'éclat, s'élèvent deux mausolées, l'un en face de l'autre, d'une forme égale et d'une grande harmonie. Sur le sarcophage de l'un d'eux reposent deux figures allégoriques représentant l'Aurore et le Crépuscule, symbole de matins si fugitifs et de fières espérances éteintes sitôt sous les

voiles sombres de la nuit. A la partie supérieure,

dans la niche , est assise la statue casquée , et armée en chevalier, d'un personnage à l'attitude pensive, la main droite posée sur le genou , la gauche soutenant le menton : sa physionomie est pleine d'un sérieux profond, et, quoique jeune encore, vous la diriez accablée de peu sers tristes et de noirs pressentiments. L'air et les gestes de cette statue, qu'on ne pouvait rendre d'une façon plus heureuse et plus expressive, lui firent donner le nom de il Pensiero. Celui qu'elle représente et qui était mort sitôt , était Laurent de Médicis, Duc d'Urbin.

Ce tombeau, ainsi que l'autre, élevé à la mémoire de Julien de Médicis, Duc de Nemours, et sur lequel repose la statue de la Nuit, qui a obtenu peut-être plus de louanges que toute autre sculpture des temps modernes, est d'une signification profonde pour le caractère du grand artiste. C'est à ces monuments que travaillait Michel-Ange, malade, poursuivi, mélancolique, désespérant du sort de sa patrie bienaimée , qui venait d'être forcée de rouvrir ses portes aux Médicis déjà chassés trois fois. Il travaillait sans relâche aux monuments d'une famille à laquelle il était attaché par de nombreux liens, mais qu'il n'aimait pas, parce qu'il aimait les libertés qu'elle anéantissait. Tandis que sa main affaiblie, mais infa-

tigable, dirigeait le ciseau, il donnait à la pierre l'expression des sentiments douloureux qui agitaient son être, et que plus tard il rendit avec un autre élan dans les très-beaux vers qu'il met dans la bouche de la Nuit répondant à qui la voulait sortir de son rêve l. Pour celui qui s'attache aux opinions et au sort de Michel-Ange, et qui considère sa vie dans ses

1 Lettre do Gio. Batista <li Paolo Mini a Bartolomeo Valori ; Florence, 29 septembre 1531. Voyez Gave, Carteggio inedito d' artisti; Florence, 1840, II, 228 : « Ditto Michel-Angelo mi parse niolto istenuato e diminuito délia carne; 1' altro di col Bugiardino e Antonio Mini allô stretto ne parlainnio, i quali sono continui con lui; e infine, facemmo un computo che Michelagnolo vivra poco se non si rhnedia, e questo è che lavora assai, mangia poco e cattivo, e dorme manco, e da un mese in qua è forte impedito di ciesa e di dolore di testa e capogiri. E infine ritratto tutto da detti, egli ha due impedimenti, uno alla testa e l' altro al cuore , e a ciascuno è de' rimedi, perché sano ; e

dicono la causa A quello délia testa, che li sia proibito e

chomandato per parte di nostro Signore che non lavori d' inverno nella sagrestia, chè a quella aria sottile non vè è rimedio nessuno, e lui vi vuole lavorare e amazzasi e potrebbe lavoi.in- neir altra stanzetta, e finire quella Nostra Donna, tanto helissima cosa , e farc la statua délia felice memoria del Duca Lorenzo in questo verno. » Voici les vers de Michel- Ange :

« Grato m' è il sonno, e più l'esser di sasso,

» Mentre che '1 danno e la vergogna dura;

» .Non veder, non sentir m' è gran ventura;

• Perô non mi destar — doh, parla basso. »

œuvres, qu'elles soient dues à sa plume, à son pinceau ou à son ciseau , les mausolées des Médieis ont un intérêt psychologique plus profond que l'intérêt purement artistique et peut-être exagéré qu'ont excité ses statues de femmes. La statue du Duc d'Urbin est la plus parfaite d'entre celles qui ornent ces mausolées.

Léon X avait de grands projets à l'égard de ce fds de son frère. La famille des Médieis, par le commerce et les bienfaits de la paix, s'était élevée avec un succès constant ; elle avait jeté de profondes racines dans l'affection du peuple et s'était valu l'adhésion de ceux qui se distinguaient de la plèbe proprement dite. Lorsque Léon devint pape, il y avait quatrevingts ans (pie les Médieis s'étaient acquis, dans la République démocratique de Florence, forte quoique divisée, une position qui, sans lui donner en réalité des droits incontestables, lui accordait l'influence la plus puissante dans l'administration intérieure comme dans les rapports avec l'étranger.

C'est au treizième siècle qu'apparaît le nom des Médieis, sur la signification et l'origine duquel on a tant discuté inutilement. Ils appartenaient à une famille plébéienne qui n'avait alors ni richesses, ni considération, ni aucune position. Au commencement du siècle suivant, nous les trouvons occupant

des charges supérieures dans l'administration des corporations, alors que celle-ci, faisant pour ainsi dire partie du gouvernement lui-même, assurait aux citoyens considérés une part déterminative à toutes les affaires de l'Etat. Mais c'est seulement dans le dernier tiers de ce quatorzième siècle que les Médicis jouèrent un rôle politique, lorsque, à la suite d'une tentative de révolte de la basse classe, ils se joignirent ;i d'autres mécontents de la classe supérieure et prirent parti pour le peuple contre la haute bourgeoisie, qui formait une nouvelle noblesse. La tentative échoua, et, comme cela arrive toujours en cas pareil, la puissance des adversaires, à la tête desquels était la famille des Albizzi , ne fit que s'accroître. Mais les Médicis surent habilement conserver leur position, et devinrent tout-puissants par la faveur de la multitude, après le court exil de Côme, le fils habile et prudent de Jean de Bicci , en l'an 1434. Us se sont toujours d'ailleurs appuyés sur le peuple par opposition à la noblesse : un proverbe populaire nous rappelle aujourd'hui encore cette faveur, et, mêlant le profane au sacré, attribue aux patrons de la maison, Côme et Damien , la préservation du mal :

Per san Cosimo e Damiano Ogni maie fia lontano.

Quelques penchants arbitraires et quelques instincts ambitieux qu'aient eus Côme l'Ancien, son fils Pierre et son neveu si célèbre Laurent le Magnifique, ils surent, du moins le premier et le dernier, conserver une modération apparente. Tandis qu'ils minaient dans ses fondements la Constitution qui subsistait depuis la fin du treizième siècle, et rendaient ainsi la République impossible, ils favorisaient en apparence les intérêts populaires. En même temps qu'ils corrompaient le peuple, ils affaiblissaient la noblesse, dont une partie leur était dévouée et dont l'autre s'épuisait par une opposition factieuse. Avec Laurent le Magnifique se termina pour la famille des Médicis la période la plus brillante, durant laquelle elle s'était élevée à l'intérieur par une politique plus que prudente, disons rusée et dissimulée : époque essentiellement remarquable dans les affaires générales italiennes par le maintien de l'équilibre des forces, embellie par l'éclat des beaux- arts en pleine floraison et par la régénération de la littérature classique. Peu de temps après, en 1494, l'expédition du Roi de France Charles VIII , à Naples, bouleversa le système politique en Italie, qui avait été maintenu à si grand'peine, et ouvrit l'ère d'une nouvelle domination étrangère qui commença à la seconde expulsion des Médicis de Florence. Si Pierre, le

fils aîné du Magnifique, eut eu l'autorité et la dextérité de son père , peut-être eût-il pu dissiper la tempête; mais il n'en fut point ainsi, et lui-même, sa Camille et sa patrie durent en subir les conséquences. Ses deux frères, Jean, Cardinal de la sainte Église, et Julien, furent exilés. Pendant dix-huit ans, les Florentins tentèrent de diriger leur République chancelante au milieu de circonstances intérieures et extérieures toujours plus défavorables; ils furent d'abord dirigés par la théodémocratie d'un moine dominicain, fra Gérôme Savonarole, puis par l'administration de Pierre Soderini, qui rappelait le système du gouvernement vénitien. Les Médicis revinrent ensuite, et peu de mois après, Jean, âgé de trente-sept ans, fut élevé à la plus haute dignité de la chrétienté, le 11 mars 1513.

Des fils de Laurent, sans compter le Pape, vivait encore Julien, le plus jeune des trois. Gomme il était d'une complexion trop délicate et qu'il passait pour être trop faible d'esprit pour exercer l'autorité comme l'exigeait, après dix-huit années de confusion, un État où le pouvoir, sous l'apparence républicaine, tendait de plus en plus à la forme monarchique, le Pape l'appela à Rome, où il lui donna la dignité de Général de l'Église. Laurent, le fils d'Alfonsina Orsini et de Pierre (le frère aîné du Pontife,

aussi malheureux qu'imprudent, qui trouva la mort dans le fleuve Garigliano et fut enseveli dans l'église claustrale de Monte-Cassino), succéda à son oncle dans le premier poste de la République de Florence. Léon X aimait sa patrie, mais plus que sa patrie encore il aimait sa famille; aussi toutes ses espérances reposaient-elles sur Laurent : il avait coutume d'appeler ce neveu son cœur et Florence la lumière de ses yeux '. L'état dont jouissait Laurent dans sa ville natale était le même que celui de son illustre {jrandpère : c'était le pouvoir moins la forme extérieure.

1 Dans une instruction du 3 juin 1516 au Nonce, M. Pietro Ardinghelli, allant en Suisse (laquelle se trouve aux archives Torrigiani, à Florence), après lui avoir recommande tout spécialement de visiter, à son passage à Florence, Madonna Alfbnsina Orsini, de lui faire part du but de son voyage, de recevoir ses commissions, et dans ses négociations de tenir l'œil aux intérêts de Florence, on lui dit : « Farete lor (c'est-àdire aux cantons suisses) fede quanta affection e cd osservanzia porti aie loro signorie lo stato di Firenze ed il S. Mco Lorenzo, racchomandolo caldamente, et in questi pagamenti délie pensione pubbliche e private farete più amici, più grado et più riputatione al Signor Magnifico Lorenzo clie vi sarà possibile, perché in effetto la persona sua et quella città dulcissima patria di N. S. sono cd core et la lace degli occhi di Sua Santità. » Le titre que dans la chancellerie papale on donnait à Laurent, avant son élévation à la dignité ducale, cl à .sou oncle, était : « Dilectis filiis nobilibns viris Laurentio iuniori et Juliano de Medicis donneellis Florentinis. »

Malgré la jeunesse de ce Médicis, qui n'avait en effet guère plus de vingt ans, son administration fut célébrée comme sensée, ferme et juste.

Au Pape cependant et plus encore qu'au Pape, à sa belle-sœur Alfonsina, la position qu'avait Laurent ne paraissait pas suffisante : ils désiraient l'accroître par des possessions territoriales et un titre. Peut-être Léon X pensa-t-il quelques instants faire obtenir à son neveu Parme et Plaisance, mais lorsque les vicissitudes de la guerre eurent détruit cette espérance, il le fit Duc d'Urbin.

C'était une action contre tout bon droit. François- Marie de la Rovère, Duc d'Urbin et neveu du pape Jules II, avait commis mainte injustice; mais les procédés envers lui, sous le vain prétexte d'une fausse légalité, ne furent qu'une suite d'actes de violence. Laurent de Médicis parait n'avoir accédé à la volonté du Pape et de sa mère qu'avec répugnance, et s'il resta enfin en possession de cet héritage, ce ne fut qu'après un combat acharné, une blessure grave au siège de Mondolfo, et des dépenses trop disproportionnées avec les biens qu'il acquérait : possession d'ailleurs incertaine et qui aigrit les Princes et les Seigneurs de l'Italie contre les Médicis. Le nouveau Duc revint à Florence et il y vivait princièrement, lorsque Niccolo Macbiavelli lui dédia son livre devenu

depuis si célèbre. Dans sa préface trop humble, l'ancien Secrétaire de la République florentine le traite de Magnificence, d'Altesse, et se compare à celui qui, de la plaine, élève son regard vers la cime des montagnes.

Un mariage considérable devait couronner l'œuvre en assurant la descendance, car Laurent était l'unique héritier de la ligne aînée des Médicis. Julien l'Ancien, qui, dans la conjuration des Pazzi, perdit la vie sous le poignard homicide, avait laissé seulement un fils, dont la naissance est toujours demeurée un mystère. Ce fut Jules, chevalier de Rhodes d'abord, puis Cardinal-archevêque de sa ville natale, connu pour toutpuissant sous son cousin Léon X, qui lui abandonnait la part la plus intéressante des affaires de l'Etat, tout en s'en réservant la direction suprême. Julien, le plus jeune, n'avait pas de fils légitimes, ayant laissé seulement un fils naturel, Hippolvte, fruit d'une relation qu'il avait eue, dès le temps de son exil, alors qu'il avait trouvé à la Cour d'Urbin l'accueil hospitalier que sa famille récompensa si mal. Par son mariage antérieur avec Philiberte'de Savoie, sœur du Duc Charles III et de Louise d'Angoulême, il se trouvait être l'oncle du Roi François Pr. La mort eut bientôt rompu ces liens : Julien , qui passa ses derniers jours dans l'abbaye de Fiesole, que son aïeul

Cume avait fait reconstruire dans une solitude pittoresque au bord du Mugnone, célèbre par Boccace, mourut dès le printemps suivant, âgé de trente-sept ans. Il mourut profondément affligé des projets du Pape et de son mode d'agir contre Urbin. Il en avait connu la Cour du temps du Duc Guidubaldo, l oncle de François -Marie, lorsque le séjour d'un grand nombre des hommes d'esprit les plus distingués de l'Italie lui donnait une animation particulière, lorsque Pierre Bembo, Louis de Canossa, Bernard Dovizi de Bibbiena, Benoit Accolti d'Arezzo, Octavien et Frédéric Fregose, César Gonzague, Gaspard Pallaviccini et maints autres, amis de Guidubaldo, le dernier de la ligne masculine des Feltre, avaient, avec la Duchesse Elisabeth Gonzague, avec Emilie Pia de Carpi , pris part à ces entretiens auxquels le comte Baldassar Castiglione, dans son livre renommé, « il Corteggiano » , a donné une forme suivant les idées et les règles de ces temps-là. Selon ses propres paroles, il y avait d'ailleurs été engagé par le talent et les qualités de l'accort seigneur qu'il avait servi et par le contentement qu'il avait éprouvé à l'affable compagnie de personnages d'autant d'élite.

Le Pape Léon , en cherchant une épouse pour son neveu, avait aussi en vue un but politique. Il connaissait bien quels nombreux adversaires il s'était

créés par sa lutte avec le Duc d'Urbin. Une conjuration dans le Sacré Collège, qui coûta la vie à trois Cardinaux, vint le réveiller au sein de l'existence magnifiquement joyeuse et presque insouciante ou il se délectait : il chercha des amitiés à l'étranger et s'adressa à la France. Léon X n'était pas aimé des Français. Les souvenirs de sa jeunesse, les tristes événements pour sa maison, à la suite de l'expédition de Charles VIII, les traditions de la politique du Saint- Siège, depuis la querelle de son prédécesseur Jules II avec Louis XII , dans la guerre fatale qui prit son nom de la ligue de Cambrai, la détention qu'il subit en France comme Cardinal-légat après la bataille de Ravenne, tout cela agissait défavorablement sur l'opinion publique. Mais, alors déjà, on sentait le danger d'un trop grand accroissement de puissance de la maison de Habsbourg. Les efforts du vieil Empereur Maximilien pour assurer à son petit-fils Charles de Bourgogne et d'Espagne la dignité impériale, poussèrent le Pape à rechercher des alliances, car, il faut le dire, à son grand désir de se sentir maitre et de jouir de tout, singulièrement modifié par une gronde légèreté de caractère, à l'esprit de sophisme, à l'entraînement matérialiste de son temps et de son école, il joignait le sens politique le pins fin. La France seule offrait un contre-poids; et la France, par les

victoires successives Je Jeux rois, délivrée de l'ennemi tant au dehors qu'au dedans, c'est-à-dire Jes Anglais et Je la féoJalité puissante, se trouvait alors tout adonnée à cette politique dirigée sans cesse vers l'extérieur que l'on peut blâmer, mais qui cependant se peut aisément expliquer chez une nation parvenue à la pleine connaissance de ses propres forces. On savait fort bien Jes Jeux parts quelle sorte Je créance on pouvait accorder à un traité d'alliance; mais on ferma les yeux. Le Roi François, qui avait Jes vues sur l'Empire, savait trop bien que pour ses plans, soit en Allemagne, soit en Italie, où il comptait faire valoir Jes prétentions sur le Duché Je Milan, le Pape lui était indispensable; il le saA'ait trop bien pour ne pas tendre la main avec empressement aux offres Je Léon X. Le Pape de son côté désirait faire oublier le passé. Les négociations entreprises alors par le Cardinal- évêque de Saint-Malo et le Seigneur Je Lescun, Thomas Je Foix, plus tard maréchal Je France, furent menées à bonne fin, quelque temps après, à la Cour de François, par un Jes hommes les pins spirituels et un Jes plus habiles diplomates de la Cour papale, le Cardinal de Santa-Maria in Portico , Bernard Dovizi de Bibbiena , attaché à la famille de Médicis, maître, conseiller et (juiJe Ju Cardinal de Médicis, confiJent Ju Pape, d'une éJu< ation

classique, gai et spirituel, politique et poète, cité par i'Arioste parmi les nobles champions armés contre le monstre de l'odieuse avarice. Ce fut au printemps de 1518 qu'il fut envoyé en France comme Cardinallégat, et il se montra si habile à entrer dans l'esprit et dans les bonnes grâces du Roi et de la Reine mère toute-puissante, qu'on vit tout d'abord en lui l'homme fait pour affermir l'amitié déjà cimentée entre le Pape et le monarque français.

MARIAGE DE LAURENT I) E MEDICIS ET DE MADELEINE DE LA TOUR D 'AUVERGNE.

Madeleine de La Tour d'Auvergne, fille de Jean, Comte de Boulogne, et de Catherine de Bourbon, fille du Comte de Vendôme, était la fiancée destinée au Duc d'Urbin. L'envoyé florentin à la Cour française et l'ami intime des Médicis , François Vettori , fut celui qui dirigea l'attention du Pape et du Cardinal de Médicis vers cette parente de la maison royale. Madeleine n'était pas la seule princesse française ;i laquelle on pensât. Une des filles de Jean d'Albret, Roi de Navarre, et sœur de Henri d'Albret qui épousa plus tard la spirituelle sœur de François I"1', avait déjà été proposée au Pape pour son neveu; elle n'aurait pas été la première de sa famille qui fut devenue parente d'un Pape, car César Bor;;i;i

avait pris pour femme une d'AIbret. Monseigneur Stafileo, evéque de Sebenico et Nonce en France, devait conduire les négociations : elles traînèrent en longueur et l'on se décida pour Madeleine. Le Nonce et Vettori conclurent le contrat de mariage '.

1 La correspondance entre le Cardinal vice-chancelier Jules de Médicis avec Laurent, Duc d'Urbin, d'une part, et celle de Monsignor Giovanni Stafileo, Evêque de Sebenico, Nonee du Pape à Paris, avec François Vettori, Ambassadeur florentin près François Ier, d'une autre, se trouvent, ainsi que la minute du contrat, dans les archives de la maison Torrigiani. Ces documents, et d'autres d'une grande importance, proviennent des biens de Pietro Ardinghelli, Secrétaire privé du Pape. Une petite-fille de ce secrétaire, Louise Ardinghelli, ayant épousé en I03(i Philippe Neri del Nero, les biens du Nero passèrent ensuite en héritage aux Torrigiani, possesseurs actuels de tous ces papiers précieux, qu'on n'a point encore tous mis à profit. La correspondance dont nous parlons est de 1517 à 1518.

Dans une lettre adressée par Stafileo de Corrieto le 18 octobre 1517, on lit : « Avanti cbe ci fussi lo adviso vostro qui pel parentado <li Navarra, ci era suto ricordato da uno amico (Vettori) una flglia di Monsignor di Bologna, cbe ba una sorella maritata nel Duca di Albania. Potrete senza scoprirvi intendere e ritrarre un poco le qualità e condi/ioni sue et avvisarne. » Le choix tomba ensuite sur Madeleine, mais la négociation se Ht avec u\ic grande lenteur. Le 19 janvier 1518, Laurent écrit : « Resta ora cbe la cosa si concluda senza più prolungarla, perché N. S. (Léon X) ha tanto desiderio vedermi accompagnato, cbe ogni miniraa dilazione che si interponga, li pare lunga dopo tanto tempo che questa affinità si è praeficafa. Perché sono gia 18 mesi che si cominciô a parlare di quella di Navarra, e le

« Quant à la maison de Boulogne et d'Auvergne, '> dit Brantôme, qui ne dira qu'elle ne soit très- » grande, estant sortie originellement de ce grand » Godefroy de Bouillon, qui a porté les armes et » armories avec un si grand nombre de princes, sei-

damigelle furono chiamate in corte e niai non arrivarono. Di poi per le mani vostre seino al terzo mese et ancora non se ne vede il fine. » Le Cardinal de Méclicis, qui avait déjà écrit au Nonce relativement à Laurent : « Essendo or noi una cosa medesima, potete dividere fra noi quelli uffizi che vi parrà da fare et da coinunicare » , paraissait peu content de l'assentiment du Roi. Le 29 janvier 1518, il écrit de Rome : « Speriamo ancora clic la cosa non restera in su gli capitoli ci mandasti, ma che il Re per sua liberalità et per lo onore del Duca non mancherà di darglj condotta, pensîone e l'ordine. » Laurent obtint ces trois choses. Il ajoute que les revenus devaient être bien soigneusement assurés « ad ciô non gli intervenga poi corne al Yaleotino. » César Horgia avait, en effet, épousé la sœur de Jean, Roi de Navarre. Chacun sait comment, après la mort d'Alexandre VI, il se réfugia près de son beau-père, et mourut en combattant, dans la Navarre. Sa fille, Louise Borgia, épousa en secondes noces Louis de la Trémouille, vaillant capitaine sous Louis XI contre Charles le Téméraire, sous Charles VIII à Fornoue, sous Louis XII à Ghiraddadda, sous François Ier à Marignan, où périt son fils, le prince de Talmont; il périt lui-même à Pavie, en 1525, où son neveu, qui par Anne de Laval, sa femme, avait hérité des droits aragonais sur la principauté de Tarente, fut fait prisonnier par les Impériaux.

L'instruction pour le Nonce porte le titre suivant : « Instructiones et Memoralia rerum agendarum cum christianissimo Rege Francise ex parte sanctissimi D. N. PP. in favo-

» gneurs, chevaliers jusques dans Hierusalem sur le » sépulcre de Nostre-Seigneur et Sauveur, et se seroit » rendu et fait roy par son espée et ses armes avec » la faveur de Dieu...; au reste recherchée d'alliance » quasi de tous les royaumes et grandes maisons, » comme celles de France, d'Angleterre, d'Ecosse, » d'Hongrie, de Portugal, jusques là que le royaume » lui appartient de droit, ainsi que j'ay ouï dire au

rem Illnii Ducis Urbini, ncpotis sui charissimi, ad illuni Illmum Ducem et Illmain D. Magdalenam de Bologna felicissimo et optatissimo Hue consumtetur, utque in futura perpétua pace iuitiata fédéra ista felicia perdurent, nullaque discordia violai i possint, voluntasque et munificentia regia erga ipsos Illmos futuros coniuge's veriSsime executioni demandari possint, nullaque dubitatio super rébus a Begia Maiestate promissis et conventis incidere possit , quin potius ipsa promissa et conventa eternum ac inviolabileni ac indubitabilem debeant sortiri effectum, fiant et demonstrentur Régis Cb"1' ex parte dicti Smi Dni N. et non alterius nomine ea que sequuntur. » Suivent les conditions sur les possessions, les revenus, ete. Les concessions et les propositions royales forment un écrit séparé, où se trouve aussi une note sur l'héritage de Madeleine : « Les terres et seigneuries de la maison de Boulongne appartenant à Monseigneur le Due d'Albanie à cause de Madame Anne de Boulongne sa consortc et à Madamoiselle Magdaleine de Boulongne sa seur. » Le mandat de procuration du Duc fut rédige à Corneto, dans le palais de Su Sainteté, le 17 octobre 1517; étaient présents et témoins : Lorenzo Serapiea, Baldassar Turini de Pescia, confident de Léon X, protecteur et ami de Baphaël Sanzio.

» premier président de Tliou. Je vous laisse donc à » penser si cette maison de Boulogne estoit grande : » telle qu'une fois j'ouys dire au Pape Pie IV, estant » à table, ainsi qv'il bailla à disner après sa création » aux. cardinaux de Ferrare et de Guise ses créatures, » qu'il tenoit cette maison si grande qu'il n'en sçavoit » en France, telle qu'elle liist, qui la surpassast en » ancienneté, valeur ny grandeur '. »

La fiancée apporta de belles possessions et quantité de joyaux et d'objets précieux. Elle et sa sœur Anne, l'épouse d'un prince écossais, Jean Stuart, Duc d'Albany, étaient grandes héritières : elles possédaient en Auvergne des biens qui rapportaient plus de dix mille écus d'or. Les Comtes d'Auvergne, qui acquirent le comté de Boulogne par mariage, et le conservèrent jusqu'au temps de Louis XI, étaient la ligne cadette de la maison dont la ligne ainée et ducale s'éteignit en la personne de Susanne de Bourbon, mariée à son cousin, le célèbre Connétable; le Parlement ayant décrété que le duché d'Auvergne deviendrait apanage de la Couronne dans le cas où Susanne mourrait sans enfants, le Connétable s'allia traîtreusement avec l'Espagne, et il en vint à une révolte ouverte.

Les choses avaient changé pendant les quelques

1 Brantôme, Vies des Dames illustres : Catherine de Médicis.

années qui suivirent le mariage de Julien de Médicis. La fille des Princes de Savoie ne lui avait pas apporté de dot : on trouvait encore alors si considérable la distance qui séparait les deux familles , qu'on avait aisément consenti à ne rien recevoir du côté de la fiancée. La maison de Médicis, élevée, c'est vrai, mais, après tout, de noblesse bourgeoise, était à même de connaître le prix ou plutôt l'honneur d'une alliance avec la maison ducale de Savoie, le plus souvent recherchée et par des rois et par des empereurs. Maintenant il en était autrement. La maison de Médicis ne se laissa cependant point surpasser en prodigalité et en magnificence. La valeur des présents pour la fiancée, pour la Reine Claude et les membres de la famille royale, est évaluée à trois cent mille ducats : à cette époque, c'était chose incroyable. Trente-six bétes de somme suffirent à peine à transporter ce trésor au delà des Alpes. Il y avait, entre autres, un lit de parade incrusté d'écaillé, de nacre et de pierres précieuses, art dans lequel les Florentins se sont distingués de tout temps. Le Pape Léon ne connaissait plus de bornes, quand il s'agissait de satisfaire son goût pour l'éclat et pour le luxe.

Sur ces entrefaites, Claude, « la bonne Reine » , fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne, mit au monde son premier fils. La naissance du Dauphin

donna lieu h de grandes démonstrations de joie à Rome et surtout à Florence, qui s'était toujours montrée favorable aux Français. A Florence, on célébra une messe solennelle à Santa-Maria del Fiore, et l'on fit un superbe feu d'artifice. Peu de temps après on reçut la nouvelle que le Roi priait le Pape de tenir son premier-né sur les fonts de baptême, et Sa Majesté chargea M. de Saint-Mesme de porter au Saint-Père une lettre autographe '. Léon accepta, et chargea son neveu, qui s'apprêtait à son voyage de noce, de le représenter. Rien ne pouvait donner plus d'éclat à l'apparition de Laurent à la Cour de France.

Le Duc d'Urbin était, comme nous l'avons vu, revenu à Florence, après avoir été retenu trois mois à Âncône par sa blessure, et après que François- Marie délia Rovere se fut laissé persuader de renoncer pour le moment à ses prétentions sur l'Etat qu'on

1 Lettre de François Ier au Pape, relativement à la mission de Saint-Mesme et au mariage de Laurent avec Madeleine, « de ma très chère et amee cousine Magdelayne de Boulongne. » Àmboise, 1 1 mars 1518. Voyez les archives de la famille Tônïgiani. « Très sainct Père » , dit la lettre du Roi, « je Vous prie ne fêtes neule doute de se que Saincte Mesme Vous dyra, car seur mon honneur ny trouvères point de fote. » Et une autre fois, dans une lettre du 22 octobre concernant la future élection de l'Empereur : « Très savnt l'ère, Vous pouves estre seur que ne ti ouvres james fote an se que je Vous promues. »

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