C*J LA JEUNESSE
victoire. L'alliance faite à Cognac avec François I er le rendit complètement ennemi du parti impérial, et il vit l'armée qui avait épuisé la Lombardie, s'approcher menaçante de Rome sous le rebelle Connétable de Hourbon. Florence échappa comme par miracle au sort cjui frappa la capitale de la chrétienté. Le mécontentement contre les Médicis, soutenu et alimenté par de nombreux citoyens non moins que par les familles les plus distinguées, devenait chaque jour plus fort, chaque jour on prévoyait davantage l'explosion ; la révolte avait même commencé lorsque les troupes du Connétable passèrent au sud de la vallée de l'Arno. La ville ne s'était jamais trouvée dans un danger plus grave qu'au moment même de ce mouvement insensé. Pendant qu'Alexandre et Hippolyte de Médicis sortaient de Florence avec le Cardinal de Cortone pour se concerter avec le Duc d'Urbin, capitaine des troupes du Pape et de la ligue opposées aux Impériaux, la révolte éclata. Au milieu de ce désordre, le Palais des Priori fut attaqué , et la statue du David de Michel-Ange garde encore aujourd'hui les traces du coup de pierre qui lui rompit le bras gauche 1 .
1 On peut lire la description de l'assaut donné par les troupes mercenaires et celle de la défense des citoyens qui se trouvaient dans le palais, animés et encouragés par l'historien Jacopo Nardi : « Essi a para l'uno jfv\Y allro Imite pielre c rosi fjros.se
Mais pendant que les ennemis des Médicis tentaient d'organiser leur parti, ceux-ci revinrent avec le Duc d'Urbin, et, avec l'appui des troupes, ils rétablirent les choses telles qu'elles étaient auparavant. A peine cette révolte était-elle apaisée , qu'arriva la nouvelle terrible, que le 6 mai Rome avait été prise d'assaut et livrée à un pillage effrayant, que le Pape était prisonnier au château Saint-Ange, et que l'armée alliée, conduite par le Duc d'Urbin, était arrivée trop tard pour le secourir.
La nouvelle, apportée par des courriers, et presque en même temps par des fugitifs échappés à la rage des Impériaux, agit sur les esprits avec la promptitude de l'éclair; ce fut un coup de foudre. Le 11 mai, Florence était en pleine sédition.
Silvio Passerini n était pas homme à étouffer une telle révolte. On le pressa de se servir de l'autorité prête à lui échapper, mais il ne sut prendre aucun parti. Quelque hétérogènes que fussent les éléments qui, dans ce moment, s'étaient conjurés contre les Médicis, ils restèrent cependant unis. A la tête du parti de la noblesse, qui ne voulait plus le régime
coniinciarono yiù sopra la porta a piombare (una «lclle quali nippe l'oinero e spczzo di tronco tutto il braccio stanco al Daviffo <li Michelafjnolo) elie i soldali fnrono <lî subitamente rotiraivù costrctti. » Varclii, Istoria fiorcntina.
actuel des Médicis, était Nicolo Capponi. C'était un homme prudent et modéré, et son nom, ainsi que les souvenirs glorieux de ses ancêtres, lui valurent cet honneur d'être à la tête de la faction contraire à la domination des Médicis, qui s'était formée au temps de Laurent, Duc d'Urbin; il était fils de ce Pierre, qui jeta aux pieds du Hoi de Frunce le traité de paix après l'avoir déchiré. Tandis que le Cardinal hésitait encore, les rues s'emplissaient de plus en plus d'hommes armés, les citoyens fermaient les boutiques et les maisons, la révolte s'annonçait déjà forte avant que ceux qui gouvernaient eussent eu le temps de rien prévoir. De telles émeutes avaient été fréquentes à Florence.
Le mouvement n'était que contre les Médicis, et leurs plus proches parents y prirent part. Il ne faut pas se représenter un bouleversement démocratique : le parti qui renversa le gouvernement à Florence en mai 1527, voulait un gouvernement populaire où se seraient fait sentir l'autorité et la prudence des grandes familles, mélange d'aristocratie et de théocratie vanté et prôné jadis par le célèbre Savonarole. Ainsi qu'il arrive d'ordinaire, ce rut la démocratie qui en profita.
Philippe et Clarice Stroz/.i venaient justement de revenir de Home dans une disposition que les évé-
nements récents n'avaient pas rendue plus favorable au Pape. Lorsque Clément, épouvanté par l'approche du Connétable , conclut avec Charles de Lannoi, ministre impérial et vice- roi de Naples, un armistice oui n'arrêta point l'ennemi et qui ôta des mains du Pontife ses dernières armes, Philippe Strozzi fut livré au Vice-roi parmi les otages. Claricc, qui était à Home, s'en prit au Pape, et elle le tourmenta de telle façon qu'elle parvint à racheter son mari autant avec ses propres deniers qu'avec ceux du trésor. Philippe revint à Rome à la fin d'avril; mais à l'approche des ennemis, la terreur étant générale, et les enrôlements tardifs du Pape n'inspirant que peu de confiance, il voulut revenir dans sa patrie. Les portes de Home ne lui furent point ouvertes : le départ des grands et des riches n'auraitil pas augmenté les inquiétudes du peuple? Clarice dut avoir recours à la ruse. Avec le secours du capitaine Kenzo da Ceri , elle fréta une brigantine, et prétextant, elle et son époux, une partie de plaisir, ils s'enfuirent avec deux de leurs fils à Ostie, deux jours avant l'assaut donné à la ville. Une des galères d'Antoine Doria les recueillit, et ils parvinrent facilement jusqu'à Pise.
La nouvelle épouvantable du sac de Home les avait précédés. De tous côtés on les appela à Florence. Ils