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particulière était plus belle que nulle autre; et de même, pour les temps fastueux qui suivirent, elle fut la digne émule de celles qui étaient les plus renommées en splendeur. Ce palais vit dans ses murs la réunion des savants de la Grèce et de l'Italie, des peintres, des artistes, des voyageurs célèbres; tous ceux qui négociaient et les manuscrits et les objets antiques se pressaient dans ces appartements devenus trop vastes, après la mort de Jean, pour une si petite famille, selon l'expression de ce père affligé, errant dans les salles silencieuses et comme vides de ce grand palais. Laurent l'Illustre y était né : c'est là, ainsi que dans sa villa de Gareggi, qu'il assemblait les membres de l'Académie platonicienne et les meilleurs artistes; c'est là que vécut Ange Politien, précepteur de ses fils, que vinrent Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, Luc et Louis Pulci , et autres grands esprits de la société Médicis; c'est là que Michel -Ange Buonarroti, encore enfant, considérait les grands marbres des maîtres antiques dont il paraissait destiné à devenir le puissant rîVal; ce fut là qu'il transforma la loggia du portique, destinée, selon l'ancien usage de Florence, aux conversations publiques ou familières, en une salle dont les fenêtres ont été tant admirées, bien qu'elles soient
peu en harmonie avec le style de l'édifice, salle dont
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le plafond fut orné de stucs et de peintures par Jean d'Udine, élève de Raphaël, et pour l'exécution desquelles il s'était révélé si vaillant maître au Vatican. Léon X et son frère v virent la lumière : c'est de là qu'ils s'enfuirent déguisés, au commencement du bouleversement fatal de 1494, qui devait éloigner les Médicis de leur patrie pendant dix-huit ans; là encore Pierre Capponi y menaça le Roi de France, Charles VIII, de répondre par le hruit des cloches d'alarme au hruit de ses clairons. Après le retour du second exil , le palais fut habité par les parents de Léon X, Julien le Clément, avant son départ pour Rome, l'ambitieux Laurent et le Cardinal-archevêque Jules, jusqu'à ce qu'il échangeât le séjour de Florence contre un plus grand centre d'activité, celui du Vatican. C'était là le point central où se rencontraient les opinions si souvent contradictoires de ces hommes qui, avant que les Médicis occupassent le siège ducal de Florence, voulaient donner une nouvelle constitution à la République en décadence : François Guicciardini , François Vettori , le protecteur du pauvre Machiavel, Philippe Strozzi et Baccio Valori. C'est là, comme nous l'avons déjà raconté, que naquit Catherine ; c'est là que demeurait le futur premier Duc, Alexandre; c'est de là que Côme V sortit pour aller au palais où avait siégé un jour la Sei-
gneurie. Et l'arrière-petit-fils de Côme, le cinquième Grand-Duc, vendit cette habitation, peuplée de ces mille souvenirs partagés entre la gloire et la tristesse, au marquis Gabriel Riccardi : famille d'origine étrangère et enrichie depuis peu. Les nouveaux venus agrandirent cette résidence en y ajoutant le terrain laissé vacant par la destruction de la maison où Alexandre avait été assassiné par Lorenzino; ils ornèrent la cour d'antiquités et d'inscriptions, et construisirent la galerie magnifique et étincelante d'or, sur les plafonds de laquelle Lnc Giordann, un des peintres de fresques les pins célèbres des temps modernes, peignit les faits glorieux des Médicis au milieu des dieux de l'antiquité. Comme elle a changé, cette maison, depuis ce jour où, dans la cour carrée entourée d'arcades au milieu de laquelle se voyait l'Orphée du Handinelli en face du David de Donatello, Clarice Strozzi, qui avait passé ici les premières années de son enfance, descendit de sa litière et en monta les degrés !
Le Cardinal Passerini, dès la nouvelle de son arrivée, s'était levé et était venu à la rencontre de la courageuse femme : « Monseigneur! Monseigneur! qu'avez- vous fait? à quoi nous avez-vous conduit? lui dit aussitôt Clarice. Pensez-vous que votre conduite passée et présente ressemble à celle que mes
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ancêtres ont tenue? » Le Cnnlinnl voulut parler, mais elle ne lui en laissa pas le temps. « Mes ancêtres, continua-t-elle, n'ont eu de pouvoir que celui que le peuple leur accorda. Ils se soumirent à la volonté du peuple et ils allèrent en exil : rappelés par le peuple, ils revirent la patrie. Vous aussi, pour éviter la pire des conditions, vous deviez vous soumettre aux circonstances, au milieu de cette oppression où se trouve le Pape. » Puis, s'adressant à Hq>polyte et à Alexandre : « J'ai à veiller sur votre fortune, à laquelle je tiens plus que le Cardinal. » Et elle les pressa de quitter la ville. Niccolo Capponi et d'autres citoyens considérés, qui étaient présents, intervinrent, car ils désiraient éviter tout ce qui ressemblait à un acte de violence : mais ce ne fut qu avec peine qu'ils réussirent à apaiser l'orale.
Comme c'était l'heure du dîner, Clarice resta : après le repas elle pressa encore les jeunes gens de partir, avant qu'on les renvoyât. On disait dans le peuple que Clarice Strozzi leur avait adressé des paroles outrageantes; et que, insultant à leur naissance illégitime, elle les avait sommés de quitter le palais, la maison de Cômé l'Ancien n'étant point une écurie pour des mulets. Mais il n'en fut rien, ou tout au moins le récit avait été grossièrement exagéré.
La ville, sur ces entrefaites, était devenue inquiète,
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les mercenaires du palais avaient saisi les armes. On entendit un coup de feu devant la porte de l'appartement où la discussion s'était faite si vive : c'était, disait-on, Messer Ottaviano qui effrayait Clarice pour mettre fin à toute indécision. Celle-ci, en se plaignant de ce qu'on la chassait de la maison de ses pères, se rendit par une porte dérobée à la demeure de Jean Ginori, dans la rue qui porte le nom de cette famille. Plus de soixante citoyens raccompagnèrent. A peine y fut-elle que Messer Ottaviano vint la supplier de revenir dans la maison de Médicis, que sa présence seule lui semblait devoir protéger, au milieu du tumulte croissant.
Le matin suivant, Philippe Strozzi était dans la ville. Il trouva sa maison pleine de citoyens; il s'y arrêta fort peu et se rendit au palais, accompagné seulement de son frère Laurent. Ils traversèrent des rues toutes remplies d'hommes armés, et où l'on avait en plusieurs endroits dressé des batteries, afin que ni le gouvernement ni ses adversaires n'osassent prendre une mesure énergique. Hippolyte de Médicis se plaignait amèrement de la dureté des paroles de Clarice, disant qu'elle avait pris parti contre son propre sang. Lui, Philippe et son beau-frère Capponi, aidés de ses partisans, auraient encore pu donner au mouvement une direction qui ne fût pas
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trop directement contraire aux intérêts de la famille Médicis et du Pape. Strozzi ne répondit que d'une façon évasive : lui-même d'ailleurs n'était plus maître de la sédition, qui avançait à grands pas et prenait les proportions d'une révolution complète.
La Seigneurie, favorable aux Médicis, se retira. La révolution fut accomplie sans verser de sang, comme cela est arrivé si souvent à Florence. Les combats politiques que les partis ennemis se livraient avaient quelque chose de la tactique des condottieri du quinzième siècle : celui qui soutenait la place était vainqueur, peu de sang était répandu. Les troupes soldées ne massacraient pas, elles faisaient des prisonniers. Les vainqueurs, maîtres du palais et de la place des Signori , envoyaient leurs adversaires en exil. En un mot, la forme avec laquelle on ôta le pouvoir des mains des Médicis fut modérée; mais le fait n'en fut pas différent pour cela. Hippolyte, Alexandre et Catherine de Médicis, à l'égal de tous les autres, ne durent plus être considérés que comme de bons et de fidèles citoyens , sans que personne eût à les importuner ni à leur demander compte de ce qui était arrivé depuis 1512; ils devaient jouir comme auparavant de l'exemption d'impôts comme ils en avaient joui jusqu'alors, à l'abri de tout dommage et de tout préjudice à leurs propriétés. Enfin il leur était
permis de rester dans l'État et de demeurer où bon leur semblerait.
Cette résolution fut un terme moyen qui ne suffisait pas aux uns et qui ne rassurait pas les autres. La ville, eomme s'exprime un historien contemporain , n'était plus dans la servitude et ne pouvait cependant pas se dire libre. Comme la disposition des esprits devenait toujours plus menaçante, Niccolô Capponi et Philippe Strozzi se rendirent encore une Fois chez le Cardinal de Cortone. Ils le persuadèrent de quitter Florence avec les deux jeunes gens, et de promettre la reddition des forteresses au nouveau gouvernement.
Ijes jeunes Médicis montèrent à cheval avec leur suite, en même temps que le Cardinal, qui mourut de chagrin l'année suivante, par suite de l'accueil indigné que lui fit le Pape à sou retour à Rome. A peine furent-ils partis, que le peuple se porta en masse à leur habitation pour la piller. Niccolô Capponi n'empêcha cette furie qu'avec peine. Le jour suivant le tumulte s'était accru, à la nouvelle, parvenue dans Florence, que le Pape était sorti du château Saint-Ange, et que les Médicis étaient en marche avec des troupes de cavalerie et d'infanterie pour s'emparer de la ville. Ce n'était qu'un faux bruit et une vaine crainte, mais ce fut le signal du tumulte, et dès
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lors apparurent les symptômes de la défiance entre le parti noble qui haïssait les Médicis et la faction populaire, défiance qui, dans la suite, donna à la révolution de Florence une direction si funeste.
I, E SIEGE DK FLOllENCE PENDANT l'aN^ÉE 152».
Alors qcie dans Florence commençait l'agitation qui devait avoir une fin si fatale pour les Médicis d'abord et pour la République ensuite, le Cardinal Silvio Passerini jugea prudent d éloigner de tout danger la jeune enfant du Duc d'Urbin. Il la fit conduire à la villa de Poggio, à Caiano. Les chefs du parti qui était à la veille de tenir le pouvoir virent d'un mauvais œil cet acte du Cardinal , et depuis lors ce parti décida de ne pas perdre trop de vue la nièce du Pontife. Aussi Bernardo di Jacopo Iiinuccini, citoyen de grand renom, fut-il envoyé au Poggio avec des gens armés pour y prendre Catherine et la ramener à Florence. Aussitôt arrivée, elle ne fut point reconduite à la mais >n Médicis, mais elle fut confiée aux
religieuses Dominicaines de Sainte-Lucie, dans la via San Gallo 1 .
Le cloître avait été restauré , vers la moitié du quinzième siècle, par Madonna di Bardi, femme de Corne l'Ancien. Il est vrai de dire que sa fondation remontait a cent cinquante ans auparavant, et que le Pape Eugène avait enlevé le couvent aux Dominicaines, qui, pour user des expressions de la bulle, étaient plus adonnées aux vanités de ce monde qu'au service de Dieu , devenues qu'elles étaient une honte pour la religion, un scandale pour la ville. Aussi, non -seulement Madonna Contessina eut à entre-
prendre la reconstruction de l'édifice, mais elle dut encore s'occuper d'y établir une réforme complète. Pendant que son époux reconstruisait le cloître voisin de Saint-Marc, et qu'il le donnait à l'ordre des Prédicateurs, admirablement fourni de livres et orné d'ouvrages d'art, Madonna Contessina consacrait toute sa dot à la renaissance du couvent de Sainte- Lucie. Le saint archevêque Antonino l'avait aidée dans cette œuvre, en prenant la direction spirituelle des religieuses de l'ordre, auquel il appartenait luimême.
1 Aia/./.i, Rirordi di Filippn di Cino Uinuccini; Florence, 18*0, p. U0.
Alors qu'un quart de siècle avant l'époque à laquelle appartient notre récit, frère Jérôme Savonarole, avec la puissance de sa parole, émouvait non-seulement le couvent de Saint-Dominique, mais encore la ville entière et tout l'État, les religieuses
de Sainte-Lucie subirent aussi l'influence du fervent prédicateur. Au couvent de Saint-Marc comme au cloître de Sainte-Lucie, il s'était formé une opposition contre les Médicis, à qui cependant, pour ainsi parler, ces couvents devaient leur existence. Telle est sans doute la raison qui fit choisir le cloître de Sainte- Lucie lorsqu'il fut question de faire garder la petite Duchesse, dont la personne, bien que d'un âge encore si tendre, fut dès lors le point de mire de projets politiques pour ceux qui ne voyaient en elle que l'instrument d'une faction.
Madonna Clarice était revenue dans la maison Strozzi , mais elle n'y avait point de repos. Elle se fit transporter au couvent de Sainte-Lucie, où Catherine demeurait, elle prit l'enfant avec elle et elle se rendit au palais Médicis. Messer Ottaviano y était resté, gardien fidèle de la propriété de la famille; le Gaudinal Ridolfi , lui aussi , était dans la maison , et un grand nombre de citoyens considérables y allaient et en venaient. Gela déplut au peuple : on murmurait que toute l'affaire n'était point conduite avec loyauté.
Niccolo Capponi fut averti. » Prenez garde qu'ils ne vous mettent en pièces, lui disait Pun. » — « Vous avez changé le tonneau mais non le vin, disait un autre, et le peuple, lui, veut aussi changer le vin. » On faisait comprendre de maintes manières, le plus souvent avec une ironie ainère, qu'on voulait plus que l'éloignement du Cardinal et celui des jeunes gens. Mais il arriva pis encore quand on apprit qu'Hippolyte et Alexandre s'étaient enfuis de Pise à Lucques, sans livrer auparavant les forteresses occupées par des troupes à leur solde. Alors éclata l'orage contre le Strozzi, qui avait accompagné les jeunes princes et qui s'était laissé jouer par eux. Clarice quitta de nouveau tout en hâte la maison des Médicis et se rendit à Sainte- Lucie accompagnée de sa nièce. Le Cardinal-archevêque, craignant la sédition, passa dans l'habitation voisine des Martelli, et de là, lorsqu'il y eut plus de tranquillité, se réfugia au palais épiscopal, également voisin. Il ne reste plus aujourd'hui de ce palais qu'une petite partie, reconnaissante aux armes du Pape Pie II Piccolomini , un incendie violent l'ayant réduit presque complètement en cendres, six ans après les faits que nous racontons ici. Quant au nouveau palais, il fut construit par le fils d'Ottaviano, le Cardinal-archevêque Alexandre de Médicis, qui occupa la chaire de saint Pierre quelques jours seu-
lement, sous le nom de Léon XI. Au grand scandale de ceux qui le virent, les gens du Cardinal emportèrent de la maison qu'ils abandonnaient toutes les choses de prix dont ils purent se charger.
Le 21 mai 1 529, le Grand Conseil de la République s'assembla dans l'immense salle du palais de la Seigneurie, où avait siégé un jour frère Jérôme Savonarole. Le parti de Jérôme, après trente ans, était encore extrêmement nombreux ; il semblait à beaucoup que l'on fut revenu aux jours de l'inspiré Dominicain. On sait combien d'années encore ses prophéties sont restées gravées dans la mémoire du peuple, qui croyait à leur accomplissement. Un long temps ne s'écoula point avant que Florence fût en pleine révolution et que le parti modéré des principaux citoyens, qui s'était acquis la direction des affaires par le choix de Capponi , dût reconnaître son impuissance à maîtriser l'élément démocratique. La Seigneurie était faible : on prenait et on exécutait, sans son consentement, résolution sur résolution. Des hommes de familles considérables devinrent partisans populaires, et les actes tumultueux se multipliaient.
On commença par la destruction de tous les blasons
des Médicis. Une troupe d'individus masqués, parmi
lesquels nombre de jeunes gens de bonnes familles,
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mutilaient ou détruisaient les écussons sur les façades des édifices, dans l'intérieur des maisons et même dans les églises. Ils mirent en pièces les statues de Léon X et de Clément VII , dans l'église de l'Annonciade, où Pierre de Médicis, fils de Côme l'Ancien, avait fait construire la magnifique chapelle qui contient l'image miraculeuse et vénérée de l'Annonciation.' Le Pape en fut si indigné, qu'il jura de ne point reposer en terre bénite avant que Florence lui eût ouvert ses portes.
Mais le mal ne fit que s'accroître, quand le parti démocratique, qu'on nommait les Arrabbiati, renversa celui dos Ottimati et de tous les partisans des idées de Savonarole, lorsqu'on sut que le Pape s'était remis avec l'Empereur et que les Florentins avaient été exclus de tout traité de paix, lorsqu'on sut que l'armée qui avait quitté Home et défendu Nnplcs contre le Maréchal de Lautrec, renforcée par des troupes papales, se mettait en marche vers la Toscane, afin de briser la résistance de la ville rebelle et résolue de défendre sa liberté! Le peuple fut mis sous les armes. Cette mesure rencontra d'abord une vive résistance, car les vieux et tranquilles citoyens qui avaient vécu si longtemps en paix, et qui ne songeaient plus qu'au commerce et aux métiers dont ils prévoyaient ainsi la mine, ne voulaient point en reconnaître
la nécessité. D'un côté, les fatigues les épouvantaient; d'un autre, ils croyaient la sécurité de la ville bien plus menacée que protégée par un armement général, et ils avaient encore souvenir des années du second exil des Médicis. Philippe de Ncrli, l'historien , dit qu'il craignait un César pour cette République : et vraiment, que ne l'a-t-elle trouvé ce César ! Niccolô Capponi , au commencement , s'opposa aussi à ces mesures; néanmoins, cette prise d'armes eut lieu tumultueusement, et si les compagnies civiques ne maintinrent filière l'ordre et ajoutèrent même à la haine des partis, au inoins prirent -elles leur revanche lors du siège, en combattant courageusement aux côtés des troupes soldées et laissant des milliers de morts sur le champ de bataille.
Ce fut le 24 octobre 1 529 que commença ce terrible siège, qui, semblable aux éclairs qui illuminent un ciel ténébreux, devait répandre sur les derniers jours de la République un éclat triste, il est vrai, mais néanmoins émouvant et tout à l'honneur des {grands citoyens. Dans le cours de l'été, le Pape et l'Empereur s'étaient mis d'accord à Barcelone, et par les négociations de Cambrai, le Roi François s'était joint a eux. Les Florentins se voyaient donc abandonnés, et une reddition sans conditions leur était imposée. La tentative de réconciliation
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avec Charles-Quint, lors du voyage de ce Prince à Gênes, avait complètement échoué. Vers la miseptembre, l'armée impériale, conduite par le Prince d'Orange, avait envahi les confins du territoire des Florentins. Les troupes pontificales le soutenaient, et Buccin Valori était dans ce camp, commissaire principal du Pontife. Gortone et Arezzo, petites villes sises sur cette route , ouvrirent leurs portes sans résistance. Tandis (pie l'ennemi traversait lentement le val d'Arno, les citoyens dévastaient les * riches et délicieux environs de la ville. Kglises et monastères, villas et métairies qui se trouvaient près des portes, furent incendiés. Plutôt les voulait-on voir en cendres et en ruines que de les laisser au profit de l 'ennemi. Pendant la mémorable journée d'octobre, le 24, le camp fut établi sur les collines popolate di case e d'oliveti qui entourent la ville au sud-est. Cinq jours après, l'artillerie commença à répandre ses foudres sur les hauteurs de San- Miniato, où le Buonarroti, le grand Michel-Ange , contraint de lutter autant contre la sottise et les trahisons au dedans que contre l'ennemi au dehors, avait fait une forteresse de la vieille basilique du onzième siècle, laquelle, plus que tous les autres ouvrages d'art, protégeait la ville qui était à ses pieds et portait le désordre au camp des assiégeants.
Ce fut un temps héroïque : ni le danger chaque jouiplus grand, ni la perte de la plus grande partie du territoire , ni les énormes contributions auxquelles étaient soumis et la commune et les particuliers, ni la famine qui , dans cette ville assiégée , se faisait sentir avec la contagion , plus cruelle de mois en mois, ni les obstacles à toutes communications extérieures , ni les déplorables divisions qui , sous le prétexte et sous le faux nom de la justice, entraînaient à des haines atroces et à des peines capitales, ni l'indifférence ou l'inconstance des amis, et enfin ni la trahison manifeste de celui qui avait dans ses mains le gouvernement militaire, ne purent dompter ou affaiblir le courage du peuple, inébranlable dans sa défense, ferme dans ses privations, heureux de son propre sacrifice. Tels prédicateurs de l'ordre auquel avait appartenu Savonarole enflammaient d'autant plus son courage, réconfortaient sa constance. Les assiégeants étaient repoussés, on «tentait des sorties, non sans succès, et telles villes du territoire étaient secourues et reconquises; et jusqu'au dernier moment, malgré la supériorité des forces ennemies, le côté de la victoire demeura incertain. Mais plus courageuse et glorieuse était la défense soutenue par les Florentins, plus était désespéré l'état de la ville, qui, pour prolonger encore ce