‹ La jeunesse de Catherine de Médicis, tr., annoté et augmentéChapitre 33 sur 71 · H2 LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

H2 LA JEUNESSE

Catherine rat aussi toujours reconnaissante envers Messer Aldohrandini pour les égards et pour la bonté qu'il lui avait montrés dans ces moments malheureux. Après que Florence eut ouvert ses portes, les proscriptions commencèrent; elles auraient rappelé celles de Marius et de Sylla, si Ton n'en avait eu des exemples plus récents pendant les luttes de parti et de faction entre les Guelfes et les Gibelins , et. entre les Albizzi et les Médicis. Silvestro Aldobrandini , qui, en qualité de Secrétaire de la Seigneurie, avait dû ratifier la capitulation conclue le 12 août au camp impérial, risqua de perdre la vie. Au commencement du siège, il avait exprimé en vers énergiques, devenus bientôt populaires, la douleur causée par la destruction des églises et des tombeaux des ancêtres à laquelle le Pape, citoyen lui-même, excitait les citoyens; il finissait en disant que lorsque le Pape prendrait la ville, ce ne serait plus qu'une mourante à laquelle il aurait à donner l'extrèine-onction 1 . C'était contre lui main-

1 u Dell ! quanto è grau dolorc

Ruinai* di nostre tiinni L'arche de' Padri nostri, Li tcnipli de' Cristiani.

Deh ! quanto è {p*an dolorc Pensar che a tal destine Mena la madré patria Un Papa, un eittadino !

DE CATHERINE DE MKDICIS. Il)

tenant que se tournait la rolère des Palleschi, Ils voulaient sa mort. Catherine apaisa d'abord Baccio Valori , qui , comme plénipotentiaire du Pape auprès de l'armée impériale, pouvait beaucoup et pensait à se venger sur Silvestro d'une épigramme que ce dernier avait faite à son adresse. Ensuite, la jeune Princesse s'adressa à Clément VII. Sur sa prière, le Pape changea la peine capitale en celle de l'exil. Faenza lui fut assignée comme séjour de trois ans, et on exigea de lui une caution de deux mille ducats. Il n'était pas riche et il avait plusieurs enfants; la bienveillance de la petite Duchesse se manifesta de nouveau et lui fit porter secours par Valori 1 . Aldobrandini se fit, dans plusieurs des villes de la Romagne où il s'arrêta durant son exil, la réputation d'un bon jurisconsulte, et, après la mort du Pape, il

Ma <li tener Fiorenza Non avrai, Papa, il vanto !

0 tu 1* avrai morente Pcr darlc l'Olio santo ! »

Les sonnets à Baccio Valori commencent ainsi : « Povero Campanile sventurato

Vanne, Baccio Yalor, dal Padrc Santo. »

4 Varchi, XII, n, 559 : « Baccio Valori non ostante il sonelto fatto{;li contra, {;li campo, favorendolo ancora la Ducliessina, la vita. »

\ik LA JEUNESSE

s'ultacha à Hippolyte de Médicis, sur lequel les Floreutius expatriés reportaient toutes leurs espérances. Loin de sa patrie, il lui consacra toute son activité, il prit part aux remontrances éloquentes adressées à l'Empereur par les chefs des émigrés contrôla tyrannie du Duc Alexandre et la violation des conditions conclues lors de la reddition de la ville. Il remplissait à Bologne les fonctions de juge lorsque Lorenzino vint à lui pour lui annoncer le meurtre du Duc 1 ; mais pour le peu de cas et d'estime qu'il faisait du messager, il ne voulut pas croire à la nouvelle, et il n'y prêta point foi jusqu'au moment où lui parvint l'avis de poursuivre Lorenzino, qui se réfugia à Venise, où il trouva Philippe Strozzi aussi peu disposé à le croire, dès le premier instant 1 . Pendant le séjour de Messer Silvestro à la Cour d'Urhino, il se passa, à l'occasion de sa fille Julie, un incident qui fit du bruit. Fabrice Maramaldo, un capitaine napolitain dans l'armée impériale, après le combat de (lavinana avait tué le général François Ferruecio fait prisonnier et blessé. A un banquet de la Cour, il engagea la jeune Florentine à la danse. File refusa, et lorsqu'il lui en demanda

1 Loren/.ino de Médicis, fils do l'icr-Lnreiuo, appartenait a la brandie collatérale de Co.siue, Père de la patrie. Tous les recueil* de documents manuscrits en Italie sont remplis de détails sur ce dramatique événement do l'année 1536.

la raison, objectant qu'elle avait dansé avec d'autres, la fille de l'Aldobrandini lui répondit fièrement qu'elle ne voulait point avoir devant soi le lâche meurtrier du courageux Ferruccio.

Lorsque Silvestro Aldobrandini *, pauvre et affligé, partit pour l'exil, — c'était en 1530, — aurait-on pu lui prédire avec vraisemblance l'éclat et la grandeur future de sa maison dans la personne de son fils Hippolyte, qui, né cinq ans plus tard à Fano en llomagne, s'éleva, de degré en degré, dans les dignités ecclésiastiques, jusqu'à la dignité suprême. Le 30 janvier 1 590, en effet, encore plein de force et de vigueur, le fils de cet Aldobrandini se vit poser la tiare sur la tête, en prenant le nom de Clemens Octavus, Pontifex Maximus.

* Voyez dans le Giornaie storico tleyli arcliivi Toscani (arino ii, dispenza n a , 1858) les curieuses pièces publiées par riionorable et savant commandeur F. Bonaini, surintendant des archives de Florence, de Sienne, de Lucques et de Pisc : Riconciliuzionc di Silvestro Aldobrandini con Cosimo de' Medici dimostrata per le loro lettere e pei dispacci delt ambasviatore Averardo Serristori, |>. 129. (Xotc du traducteur.)

Page 1