‹ La jeunesse de Catherine de Médicis, tr., annoté et augmentéChapitre 35 sur 71 · LA JEUN K S S E · texte numérisé non relu

LA JEUN K S S E

trahison. Ainsi périt le premier prétendant politique à la main de Catherine de Médicis.

Le combat de Gavinana décida du sort de la ville. La capitulation fut conclue le 12 août. Florence, après dix mois de siège et réduite à toute extrémité par la famine, par des épidémies, par des pertes de toute espèce et par une misère indicible, ouvrit ses portes. Pins de huit mille citoyens et quatorze mille soldats avaient péri. Les plus riches aussi s'étaient appauvris, car, de gré ou de force, ils avaient dû consacrer à une défense opiniâtre les biens qui leur restaient, endommages et écrasés déjà par l'excessive cherté de toutes choses, dans cette ville affamée.

Le temps du blocus avait été pour Florence un temps triste et dur; les jours qui le suivirent fiirent plus tristes et plus durs encore. Le caractère du Pape prêtait à la haine et à la vengeance des partis. « Le pape Clément, dit un des écrivains les plus consciencieux et les plus impartiaux de ce temps-là , était faible d'esprit et avait un cœur froid et aride : de là son adhésion aux proscriptions, aux emprisonnements, aux condamnations à mort, et à la misère profonde de tant de citoyens, de tant de familles, disons même, de la ville entière '. '> Les chefs palles-

1 Yaiflii, XIV, m, 50.

qucs s'enviaient et se haïssaient les uns les autres; François Guicciardini était jaloux de Baccio Valori , et Baccio Valori, plus modéré, se trouva enfin heureux d'ahandonner la ville déchirée par les partis. Le Pape le nomma gouverneur de la Romaine, et transmit la direction des affaires à un étranger, l'Archevêque de Capoue, Nicolas de Schombcrg, qui, il est vrai, connaissait Florence depuis longtemps. Ce ne fut que le 3 juillet de l'année suivante, 1531 , qu'Alexandre de Médicis fut nommé chef de la République. Ainsi fut ironiquement accomplie la promesse de conserver saine et sauve la liberté de la belle Florence!

Catherine, libre dès le jour où le blocus avait cessé, était revenue dans le cloître des Murale, où les nonnes l'avaient accueillie avec transport. Messer Ottaviano continua aussi de lui prodiguer ses soins par toutes sortes de marques d'affection et d'attachement. Si Messer Ottaviano était resté dans sa patrie, ce n'avait été qu'à grand'peine et non sans avoir couru de grands dangers; au mois de septembre de l'année 1530, il accompagna à Home la petite Duchesse ainsi que Messer Lconardo Tornabuoni, évèque du Saint-Sépulcre, envoyé par Clément VII à Florence pour y chercher sa parente et avec charge de

remettre au couvent des Murale un présent de cent

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cinquante cens d'or l . Le Pape avait près de lui Hippolyte et Alexandre de Médicis, il voulait aussi Catherine. Aussi peut-on admettre sans preuve absolue que la jeune Duchesse habita dans Rome le palais Médicis, sur la place des Lombards, ou demeurait aussi Madonna Lucrczia Salviati , fille de Laurent le Magnifique, qui, huit années après, fut contrainte de le laisser à Marguerite d'Autriche, veuve du Duc Alexandre et femme d'Ottavio Farnèsc*.

C'était une raison plus puissante qu'on ne l'a cru généralement qui avait engagé Clément à prendre le parti d'appeler Catherine à Home. Il ne voulait pas qu'aucun membre de sa famille se trouvât à Florence au milieu d'hommes qui étaient vendus et achetés comme des bêtes et dans une ville en proie à des

1 Leonardo Tornahuoni riait fils do ce Laurent qui, pondant l'année 1V97, fut pendu, à la suite d'intelligence* secrètes avec Pierre de Médicis. Léon X et Clément VII le favorisaient hc;iucoup. Il mourut en 15V0. Sa famille n'éteignit en France, où s'était rendu un neveu (enfant naturel) au service do Catherine.

1 Voyez aux Archives (f Etat , à Milan, les dépêches du protonotaire Zor/o Andreosi, amhassadeur «le François II Sfor/.a piv» la personne du .S;iint-Père. Filles sont pleines de Faits intime» et de nouvelles politiques de la cour de Rome : nous croyons de notre devoir de les indiquer a l'attention des actifs et érudilj» rédacteurs de Y Art hivm *tt>rico ilulùma.

proscriptions sans fin '. Sa ruse trouvait son profit dans la haine de ses concitoyens : ils servaient à ses fins en se détruisant les uns les autres. Les Médicis, spectateurs éloignés, firent la récolte de ces tristes semailles.

1 Vsiifhi, XVI (m, 365), e XÏI (u, 560, 578). M. A. Trollopp a cité l'intéressant passade suivant sur les motifs qui ont déterminé le Pontife à ne laisser, dans les circonstances présentes, aucun membre de la Famille des Médicis à Florence :

« Deliberô il Papa iu que' piincipi, clic non fusse alruno in Firenze de suoi, nè voile, clie vi fosse anclie altri, che il commissario, quale apparisse in modo alcuno rappresentante la casa de' Medici; perché nell' assicurarsi dello stato de quella apertamente estraordinariamente contrari, voile il Papa, che (;li erori di tali eosi fatti cittadini fussero rieono.uiuti da' cittadiui di quello stato ; e voile che 1* csicuzioni, che per tali cayioni s'avesscro a farc, bcuche tutte si facessero di suo online, c di sua voluntà, e cotninissionc, apparissero fattc da' mafustrati ordinariamentc, c da que' principali cUtadini, che allora governavano, c non dalla casa sua, o da alcuno de' suoi uipoti, per poter poi, corne faceva nel suo parlare, volgernc tntto il carico a quoi cittadini, per più obblifja-li a dover teniere dello stato popolare; c perch' egli avessero cafjiouc di temer più dallo stato mutato che non féccro nel 1527. E questa fu la ca{jione in que' tempi e nel principio <li quel nuovo stato, che il Papa non fece ritornare alcuno di suoi in Firenze, e fece anche levarne subito la nipote sua Calerina. «

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