‹ La jeunesse de Catherine de Médicis, tr., annoté et augmentéChapitre 42 sur 71 · LA JEUN E S S E · texte numérisé non relu

LA JEUN E S S E

qu'à l'Ascension; aux coins sont taillées, également dans le cristal, les figures des quatre évangélistes ; les armes des Médicis ornent le couvercle; on y lit cette inscription : Clemens VII, Pontifex Maximus. Rien ne peut être comparé à la perfection technique de ce travail, qui, reporté dans sa patrie italienne, forme aujourd'hui le trésor le plus rare du cabinet des joyaux de la grande collection florentine. Comment il y est revenu est encore une énigme. On sait seulement qu'il était à Florence dans la première moitié du dix-septième siècle, et ce n'est pas une supposition dénuée de fondement que de penser que cette admirable œuvre d'art, qui se trouvait sous le fils de Catherine, Charles IX, dans les collections du Louvre, en disparut pendant les guerres de la Ligue qui ont coûté tant de chefs-d'œuvre à la France, et qu'elle fut rapportée et vendue en Italie 1 . Sous les derniers Médicis, maints tableaux italiens furent ainsi rapportés d'Allemagne et des Pays-Bas*.

1 Voyez aux Appendices notre note à ce sujet et comment nous croyons avoir récemment découvert dans les 'Archives de la Guardarobba à Florence la preuve et la date du retour de re précieux objet à la Cour des Médicis. (Note du traducteur.)

* Vasari, dans la Yita di Yalerio Vicentino (edit. Le Monnier, 1853, ix, 244, 246). Il signait souvent ainsi : « Valerius dfî Nellis Vicentinus F., anno mdxxxii. « On le trouve, l'année

Tel était le trousseau de Catherine, pour lequel, dans un contrat formel, elle renonça à toutes prétentions possibles à l'héritage de son père et à la fortune privée des Médicis 1 .

La ville de Florence dut toutefois payer une grande part des frais du trousseau de la jeune Duchesse par le mode d un emprunt forcé qui n'atteignit rien moins qu'au douze pour cent. Tels citoyens furent taxés de cent à cinq cents écus d'or, et l'emprunt produisit trente-cinq raille écus. On se plut à dire qu'il était destiné à la construction de la forteresse de Saint- Jean-Baptiste, entreprise depuis le 27 mai, mais il est avéré que la plus grande part en fut appliquée au payement de la dot de la Médicis 2 .

Le Roi, de son côté, accordait au Prince son fils un revenu annuel de cinquante mille livres tournois. Dix mille livres et un palais à Gien sur la

1G35, pour la première fois, dans l'inventaire de la galerie Florentine, V. G. Bencivenni Pelli : Saggio slorico délia II. g aliéna di Firenze, 1779, I, 245. A Zobi, Notizie storiche suit origine e progressi dei lavori di commesso in piètre dure, 2« édit. ; Florence, 1853, 66, 73. Des détails importants sur Valerio comme graveur en médailles se trouvent dans les Mémoires de François de Hollande cités par Raczynski, les Arts en Portugal, Paris, 1848, p. 7, 44, 59.

1 Varchi, Istoria fiorenlina, xiv, xvi (m, 93, 362).

a Scttimani, Cronica, t. I er , 1534, juillet.

Loire devaient former le douaire de Catherine. Gien, dans l'Orléanais, avait été donné en fief au fameux Jean de Dunois, par Charles VII, et lorsque, pendant les guerres avec les Anglais, le bâtard d'Orléans passa la Loire, Gien fut la première ville qui recueillit le Roi français. Plus tard elle appartint à Anne de Beaujeu, sœur de Charles VIII, et régente du royaume. Si l'on ajoute encore les possessions que Catherine tenait de sa mère, on ne pouvait certes pas la tenir pour pauvre, comme le voulurent dire, tout d'abord, les Français. Lorsque, à la consignation de la dot, le trésorier de France fit mine de penser de la sorte, Philippe Strozzi lui dit en présence de plusieurs gentilshommes : « La dot n'e9t pas si misérable, surtout si vous mettez en ligne de compte les trois joyaux que le Pape donnera prochainement à sa cousine : Gênes, Milan et Naples. Ne vous semblent-ils pas dignes d'une fille de Roi , ces joyaux-là? »

Le Pape ne les lui donna point, le fait de sa mort étant survenu peu de temps après qu'il avait signé ses promesses secrètes; et c'est un des jeux du sort vraiment remarquables que le même Roi, auquel le mariage avec une Italienne devait assurer les possessions de ces pays, dut y renoncer, lors de la paix de Château-Cambresis, peu avant sa mort, et voir

ainsi disparaître des espérances qui, durant soixantecinq ans, avaient tenu Jes armes françaises en mouvement. Les paroles de Philippe Strozzi furent rapportées à l'Empereur, et Charles-Quint s'en ressouvint trop dans les jours de malheur du plus riche et du plus splendide d'entre les Florentins.

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