‹ La jeunesse de ChateaubriandChapitre 1 sur 24 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

François-René, vicomte de Château! >riand. l'un de nos plus illustres écrivains français, vint au monde, à Saint-Malo, le 4 septembre 1768.

« Je suis né gentilhomme », dit-il dans les Mémoires. Kn effet, il appartenait à une Jus vieilles et des meilleures familles de Bretagne, bien décime alors de ses anciennes splendeurs, par suite du pardes biens patrimoniaux entre des héritiers nombreux, et du droit d'aînesse

qui, selon la loi du temps, enrichissait l'aîné d'une maison au détriment de ses cadets.

Nous passerons rapidement sur l'enfance et la jeunesse de Chateaubriand, dont le lecteur trouvera le détail dans ce volume, disons seulement que notre héros fut élevé pauvrement dans un superbe château féodal où il mourait d'ennui et de tristesse. C'est là aussi qu'il passa ses jours de congé et ses vacances lorsqu'il fut mis au collège, à Dol d'abord, puis à Rennes et enfin à Dinan.

Très mobile dans ses idées, dans ses impressions, aimant le changement et l'aventure. Chateaubriand, au cours de sa longue vie. goûta un peu à tous les états, à toutes les occupations, s'essaya dans toutes les carrières : au début, il se laisse persuader d'entrer dans la marine royale, part pour Brest, mais, vite las d'attendre un brevet d'aspirant

qui n'arrive pas, il retourne dans sa famille, veut embrasser l'état ecclésiastique et y renonce bientôt pour se faire militaire.

Le voilà lieutenant au régiment de Navarre, mais les premiers troubles de la Révolution amènent des défections dans l'armée; Chateaubriand, découragé, donne sa démission et, en 1791, s'embarque pour le Nouveau monde, ne rêvant, à présent, à rien moins qu'à devenir navigateur et à organiser une expédition polaire.

Arritë 9 Philadelphie, il modifie ses plans et se contente d'entreprendre, à travers l'Amérique, un magnifique voyage dont il

ielltj ainsi qu'il te dit lui-mrme, « escorté (l'un Inonde dte poésie ».

C'est à l;i voix de L'honneur, lui semble* t-il. qu'il obéit et] retournant dans ss patrie. Un journal, lu par hasard, lui ;i appris L'arrestation du mi ,;i Varennes et il accourt

mettre son épée au service de la monarchie.

Chemin faisant, six semaines après son arrivée en France, il rencontre, à Saint- Malo, une jeune fille d'à peine dix-sept ans : Mademoiselle Céleste Buisson de Lavigne, l'épouse, le 19 mars 1792, et n'en continue pas moins son voyage vers la frontière qu'il franchit pour aller s'enrôler dans l'armée de Condé.

« Monsieur va? », lui demande ironiquement Rivarol qu'il rencontre. « — Où l'on se bat, monsieur! », répond fièrement Chateaubriand.

Venu, en effet, pour se battre, notre gentilhomme breton va prendre modestement son rang de sous-lieutenant dans une des sept compagnies bretonnes et. pendant trois mois, s'y conduit en brave.

Il se ménage si peu qu'il est blessé d'un éclat d'obus, près de Longwy, juste au mo-

ment où l'on s'occupait de licencier le corps d'émigrés.

Forcé de quitter le camp, Chateaubriand se traîne péniblement à l'aide d'une béquille et, malgré de cruelles souffrances, sans argent, à travers mille périls et des péripéties sans nombre, parvient à passer en Angleterre.

La misère l'y attend : à Londres, il connaît les tortures de la faim et, pour vivre, doit se livrer à un travail acharné, donnant des leçons de français, faisant des traductions pour les libraires et enfin publiant un ouvrage intitulé : Essai historique sur 1rs >l u lin us anciennes et modernes, où apparaît le plus absolu scepticisme, principalement en matière religieuse, et que l'on remarqua âne.

Enfin, le 8 mai 1800, il fat permis au malheureui émigré de rentrer en France,

sous un nom d'emprunt et après une absence de huit années.

Pendant ce temps hélas ! que de tombes se sont creusées pour les siens!

Madame de Chateaubriand, la mère, veuve depuis 1786. est morte, de même qu'une de ses filles; son fils aîné a été guillotiné, sous la Terreur, avec sa belle-fille (femme de ce dernier) et elle a aussi perdu un de ses gendres.

Quant à la femme de Chateaubriand, elle a subi un long emprisonnement, à Rennes, avec ses belles-sœurs auprès desquelles elle mène, à présent, à Fougères, une vie fort modeste et des plus retirées.

Pas un instant, Chateaubriand ne songe à lui faire partager son existence précaire, à Paris. Il se remet à travailler avec ardeur, mais, ramené à la foi de ses jeunes années par le dernier vœu de sa mère mourante, il

conçoit le plan d'un nouvel ouvrage destiné à la glorification de la religion chrétienne qu'il avait méconnue, et dont il célèbre la poésie et les beautés avec une éloquence admirai »le, c'est le trénie du Christianisme.

Dès 1801. il en publia un épisode : Àtala, qui eut un succès prodigieux dans toute l'Europe. Enfin l'année suivante, en 180*2, celle même de la signature du Concordat, parut en entier cette œuvre fameuse qui, du jour au lendemain, lit de son auteur un homme célèbre

Le Premier Consul goûta l'ouvrage dont une édition lui fui dédiée, 61 connaissant la lëcrèUf .iinbition de l'écrivain ({ni. maintenant, souhaitait de s'illustrer autant dans la diplomatie qtlë dans l8É lcihvs. nomma Ôhâteatibrlatld d'ahord secrétaire d'amlia- Bâdëj à Rome, puis ministre de France près la République du V;dais.

Le nouveau ministre se préparait à rejoindre son poste, avec sa femme, depuis peu rappelée auprès de lui par de cruels revers de fortune, lorsque arriva l'exécution du duc d'Enghien, le 51 mars 1804 : il donna sa démission.

C'était la rupture avec Napoléon.

Chateaubriand en subit les conséquences pendant toute la durée de l'Empire, et dut renoncer momentanément à tenir les grands rôles politiques qu'il convoitait.

Il voyagea, visita] a Grèce, l'Asie Mineure, la Judée, l'Afrique, l'Espagne, recueillant partout des impressions et des idées nouvelles. L'épopée romantique, les Martyrs, qui montrait le paganisme aux prises avec le christianisme vainqueur, parut en 1809 et fut suivi, en 1811, de Y Itinéraire de Paris à Jérusalem, que l'on considère, généralement, comme le plus châtié de ses ouvrages.

Dès lors, retiré le plus souvent dans sa propriété de la Vallée aux Loups, Chateaubriand guetta la chute de l'Empire qu'il devinait prochaine et y contribua, dans une certaine mesure, en publiant, le 30 mars 1814, époque où la patrie était en plein désarroi politique, sa célèbre brochure : de Buonaparte et des Bourbons.

En 1815, pendant les Cent Jours, il suivit Louis XVIII à Gand et, au retour, fut nommé ministre d'État et pair de France.

Devenu cette fois homme politique, il se lance avec une ardeur passionnée dans sa nouvelle carrière.

On a peine à le suivre dans les complications de cette phase de sa vie si agitée, si changeante, marquée d'alternatives de suc- ' de revers. Aujourd'hui ministre, de- Énain destitué pour un écrit des plus violents, puis ambassadeur i Berlin, .:i Londres el

représentant de la France au Congrès de Vérone. 11 manœuvre ensuite si habilement qu'il obtient le portefeuille des Affaires étrangères, tombe en disgrâce à la fin du règne de Louis XVIII et s'en console, sous Charles X, en devenant ambassadeur à Rome, mais il donne sa démission un peu avant l'écroulement de la Restauration.

A l'avènement de Louis-Philippe, il s'exclut lui-même de la pairie en refusant de prêter serment au roi -citoyen et, complètement ruiné, se retire volontairement de la scène politique.

C'est le déclin : Chateaubriand malade, aigri, désabusé de tout, s'enferme dans une profonde retraite dont il ne sort guère que pour aller visiter son ancienne amie, Madame Récamier. la célèbre beauté d'autan, à l'Abbaye-aux-Bois. Là, au milieu d'un petit oénaole de privilégiés qui lui prodiguent

l'encens de leur admiration, il condescend parfois à lire quelques chapitres de ses mémoires, des Mémoires d'outre-tombe, commencés le 4 octobre 1811, lorsqu'il avait quarante-trois ans. qu'il acheva de revoir et de corriger le 25 septembre 1841, à soixantetreize ans. etqui ne devaient paraître qu'après sa mort, en douze volumes.

C'était son œuvre de prédilection : les lecteurs pourront en apprécier le mérite par les extraits que nous en donnons aujourd'hui, pages exquises, toutes pleines de vie, de charme et de poésie, où Chateaubriand retrace les années de sa jeunesse, de sa naissance à son mariage, et qu'il écrivit à l'époque de la pleine maturité de son talent, s mémoires constituaient sa suprême il les avait vendus, en 183&, à une société qui s'était engagée à lui fournir, échange, la somme de 250 000 francs^

plus une rente viagère de 12.000 francs, réversible sur la tête de Madame de Chateaubriand. Mais celle-ci quitta ce monde la première.

Quelques mois plus tard, le 4 juillet 1848. Chateaubriand mourut pieusement à son tour, et, au milieu d'un immense concours de peuple accouru pour rendre un dernier hommage à l'illustre mort, fut enterré sur le rocher du Grand Bé, en face de Saint-Malo, sa ville natale, où il avait luimême préparé sa tombe.

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