‹ La jeunesse de Fléchier (volume 2)Chapitre 51 sur 63 · II · texte numérisé non relu

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les poids et mesures, sous l'autorité de M** Talon, et tii tout ce que le plus fier lieutenant-criminel eût su faire, il ne parla doucement qu'à son maître à danser. Il grondoit tous les solliciteurs, et, lorsqu'il étoit en conversation, il toumoit tout en terme3 de chicane et parloit en procureur, non pas en conseiller (1).

M. Nau montra aussi toute la rigueur de son caractère dans le procès de M. de Montvallat. Il ne tint pas à lui qae Taccusé ne fût condamné, comme le demandait H. Talon, au bannissement perpétuel et à la confiscation de tons ses biens (2).

La considération de ses dix enfants, nous dit Flécbier, faisoit pitié aux juges, et M. Nau, qui fut son rapporteur, ou, comme il le disoit, son persécuteur, portait, lui seul, les choses à l'extrémité. Au conDunencement de son afi*aire, ce gentilhomme tomba entre les mains de M. de La Falluère, qui est d-un naturel fort doux et fort civil, et qui le traitoit d'une manière fort obligeante. Mais la commission qu'il eut d'aller informer des crimes du Bom'bonnois, fit qu'on choisit M. Nau, qui est d'une humeur plus brusque et plus justicière, pour son commissaire. 11 s'en acquitta si exactement, que la première punition de cet accusé, et peut-ôtre une des plus grandes, fut d'avoir un si sévère rapporteur, qui Texaminoit à toute rigueur, et Tépouvantoit en toute rencontre. H est vrai qu'il le tourmenta jusqu'à la sellette, et que, se

(1) Mémoires de Flcchier, p. 318.

(2) Sur ce procès de M. de Montvallat, voy. plus haut. p. ^'-*

trouvant derrière lui, lorsque M. le président Tinterrogeoit, et trouvant qu'il ne le traitoit pas assez cruellement, il lui faisoit lui-même des demandes violentes, et le pressoit tout bas de répondre, en le poussant si rudement, qu'enfin il lassa sa patience, et l'obligea de se tourner vers lui, et de lui dire qu'il avoit à répondre à M. le président, et non pas à lui ; qu'il étoit entre les mains de la cour, et qu'il étoit temps qu'il cessât de le persécuter (1).

M. DE Caumartin; nous avons donné tout au long son portrait tracé pai- Fléchier. (Voy. plus haut, p. 148.)

M. TM.0N, avocat général au Parlement de Paris,

remplit aux Grands-Jom's les fonctions de procureur

général du roi, et « tint un rang très considérable dans

l'assemblée ». Fléchier a tracé sou portiait avec une bonhomie narquoise, une ironie fine et légère, qui effleure

lestement la peau, et ne la déchire pas. « 11 faut avouer que M. Talon n'a jamais paru avec plus d'éclat que dans cet emploi (2), On a découvert toute l'activité et toute l'étendue de son esprit; et comme on disoit autrefois que Gaton étoit un sénat abrégé, on peut dire aussi que M. Talon, lui seul, étoit les Grands- Jours ; c'étoit lui qui régloit tout, qui donnoit le tour aux affaires, et qui étoit l'âme de la justice, dont il faisoit agir tous les ressorts. On s'étonna d'abord que sur les chemins il eCit exigé des honneurs, qu'il se fut fait traiter de Monsei-

|i) Mémoires de Fléchier, p. 168.

(2) Celui de procureur général.

gneur comme le président, et Ton di^i q^'& fijtco^ i. avoit été » eo colère de ce qu'oo D*aToit pis tsir stsrtei ponctuel à lui rendre quelque respect, qa'jsbt j^us^ demoiselle, qui Tentendit gronder, s'enfuit de la suj^kil. croyant qu'il alloit faire pendre toute la Tille. Maïs ul ut considérmt pas que son nom étoit â redoaiê^ qu'cc îd rendoit plus d'honneur qu'aux autres, parce qu\4i cpl-i s:i qu'on pourroit en avoir plutô: besoin, et qu'on bcxasie dans sa fonction ne pouvoit jamais trop se doooer d'a^u^ rite pour le service du roi.

M Vous savez avec quelle assiduité il a travaillé, étant depuis le matin jusqu'au soir dans le travail, et ne p>re^ nant aucun de ces divertissements que les autres recberchoient; allant toujours son train et ne se démentant jamais, si bien que les gentilshonmies qu'il poursui^xMt à outranœ ne lui ont pas su si mauTais gré, depuis qulls ont vu qu'il avoit partout le même esprit de sévérité, ei qu'il avoit conclu, avec la même rigueur, contre un neveu de la maréchale de L'Hôpital (1;, que contre les plus inconnus; et, par cette égaliié que tous les autres n'ont pas obseiTée, il s'est fait ciaindre sans se faire haïr... Quoi qu'il en soit, il a fait de trt*s belles actions pendant les Grands-Jours, et c'est un excellent génie ;2 . »

1 M. «le L»'*Yy, lioutenaot «lu roi dans la proviuiM» di» Bourbonnais. Son proc»*s fut jugi» l«* '21 janvier {Ca\(\ {Mf^ntoirf^de Flrdtier. p. -JiS.)

'•2! Mérnoirei de FlMier, p. 317.

LETfHE DE FLÉCUIEU A M. DE UAVILLE (l). (VoV. p. 339.}

11 a pris à nos gens, Monsieur, une nouvelle espèce de folie, dont vous allez être surpris. iNous en avons vu de fanatiques, d'autres ont vécu et vivent encore eu athées; en voici qui veulent, à quelque prix que ce soit, se faire pénitents blancs. Il y a quelques années, dans le temps même des troubles, on me fit pressentir si je voulois établir une confrérie de pénitents; qu'il étoit honteux que Nîmes n'eût pas des gens de celte dévotion et de cet habit ; que cet ordre étoit fort du goût des nouveaux convertis; qu'au reste, en laveur de mon nom, un les appelleroit les confrères du Saint-Esprit.

Comme c'étoit alors la mode des imaginations et des

(I) Sur M. «le Dàvilli*. iiiteiuhiQt de Lau«riie(loc, voyez vol. 1, p. 3'2*. — n était lils de (ruilhumc de Luinoijxiion, premier prêsidjiit au parlement, qui mourut hî 10 «léiUMubre H)77. Kléchier avait prononce son oraison l'unèhre, «lans l'église de Saint- Nicolas du Cl lardon uel, le IS févrifn* l('»7'.).

M. de Hàville était frère de Chretien-Fraurois de Lamoignon, (|ui mnurul le 7 ao.it l7tK). C«dui-ci lut l'ami de JJoileau, qui lui adressa l'une de si's nuMlleures épitres, la sixième : Les jtlaf- \irs drs rhamps.

fantaisies, je pardonnai celle-là, et je me contentai de leur dire que des assemblées de nouvelle institution et des processions masquées n'étoient guère de saison en ce pays-ci. J'avois cru que l'affaire finiroit là. JT appris, dans la suite, que la ferveur de ces gens de bien ne faisoit que croître; qu'ils tâchoient sourdement de s'attirer des camarades, qu'ils avoient retenu la chapelle du présidial, qu'ils sollicitoient une bulle à Rome, et qu'ils espéroient que le Saint-Père auroit pitié de la ville de Nîmes, et lui accorderoit, pour la rendre sainte, une compagnie de pénitents.

J'écoutois encore ces discours comme des contes faits à plaisir, lorsque je vis venir chez moi cette vénérable troupe, destinée à réparer par sa piété tous les péchés commis par les hérétiques et même par les catholiques. Les deux chefs de ces messieurs étoient : M..., qui portoit la bulle et qui me la présenta, homme qui n'avoit jamais donné de ces espérances de religion, qui n'a pas laissé d'avoir ses aventures scandaleuses, et dont la vie auroit, à la vérité, besoin d*ôtre pénitente; l'autre est le sieur ..., qui, n'ayant pu vivre en repos dans la confrérie du Saint-Sacrement, dont il étoit, voudroit se faire fondateur d'aune autre, dont il fut le maître.

Ils m'expliquèrent leurs désirs, et je leur répondis qu'on s' étoit passé si longtemps dans Nîmes de ces sortes de congrégations ; qu'il y avoit tant d'autres moyens de se sanctifier; qu'il y avoit leurs paroisses, où ils pouvoient assister aux saints ofiices; que le nom de pénitput n'étoit rien, si Ton ne faisoit péniteFice, et que pour se disposer à la pénitence, il falloit quitter les mauvaises

liabitudes et les mauvais commerces qu'on avoit ; (ju*à l'égard de la compagnie qu'ils vouloient établir, je croyois que cet établissement ne convenoit ni à la religion de mon diocèse, ni peut-être aux affaires présentes de la ville et de la province. Je pris la bulle, où le pape leur accorde ce qu'ils ont demandé pour l'érection de leur confrérie ; je la leur rendis, et leur conseillai de n'y plus penser.

Depuis ce temps-là, ils ont eu l'insolence de me faire faire trois significations, dont je me suis moqué. Mais enfin, ce dernier acte, que j'ai l'honneur de vous envoyer, m'a paru aller un peu trop loin. Je sais bien que ni le Pape ni le Parlement ne me peuvent obliger d'établir une confrérie dans mon diocèse, malgré moi. Mais les tracasseries sont toujours désagréables, et je crois que vous aurez la bonté d'aiTèter ces fous, par autorité ; citer incessamment devant vous le sieur ... et ceux qui sont nommés dans l'acte ; faire entendre que vous vous informerez des autres, leur faire une bonne réprimande, leur ordonner de me venir faire satisfaction et de se désister de cette folle prétention. M. le D. de R... (1) voudra bien, si le cas y échoit, leur faire aussi sa petite correction. Je suis, etc.

A. Nismes, ce 17 novembre 17U7.

(1) Le duc de Roquelaure, qui commandait alors la province de Languedoc, où il avait été envoyé pour contenir les calvinistes dans l'obéissance. Né en 1656, mort le 6 mai 1738, à Paris. En 1710, avec le duc de Noailles, il repoussa une descente des Anglais qui venaient de s'emparer de Cette. Il fut fait maréchal de France, le 2 février 1724.

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