‹ La jeunesse de FléchierChapitre 1 sur 23 · La jeunesse de Fléchier · texte numérisé non relu

La jeunesse de Fléchier

i (1)^ De la correspondance de Fléchier avec M"^'^ Des Houlières ^ et sa fille. 1 vol. in-8. Paris, Didier. 1872.

prélat garda jusqu'à la fm de sa noble carrière. 11 y a là des détails bien curieux, ignorés pour la plupart, à l'aide desquels on peut dessiner nettement les traits de cette physionomie littéraire, l'une des plus fines, des plus déliées, des plus spirituelles de ce dix-septième siècle, si fécond pourtant en écrivains excellents et en esprits originaux.

Plus tard^ peut-être, après avoir parlé des grâces charmantes et un peu affectées du bel esprit, examinerons-nous les mérites de l'orateur; peut-être étudierons-nous ces discours qui firent de lui le rival de Bourdaloue et l'émule de Bossuet. Pour le moment, nous ne toucherons pas à la période grave, sérieuse, de la vie de Fléchier; nous le suivrons seulement chez ses maîtres, ses protecteurs ou ses amis, jusque sur le seuil de ces chaires de Versailles ou de Paris, que venaient d'illustrer de grands orateurs et d'impérissables chefs-d'œuvre.

« Je rends au public ce qu'il m'a prêté », a dit La Bruyère, avec un mélange de modestie et de malice. Nous, qui n'avons pas besoin d'être modeste, et qui n'avons pas le droit d'être malicieux, nous dirons simplement que nous rendons au public ce qui lui appartient : à lui, en effet, les travaux, les fatigues et les labeurs; à lui, les studieuses veilles de tous ceux qui jouissent de tranquilles loisirs refusés à un si grand nombre d'autres.

Nous avions écrit ce livre autrefois, en des

temps moins tristes et des jours plus sereins : on voudra bien nous pardonner de nous intéresser à une énigme, à un madrigal ou à un sonnet, à une époque oii des questions autrement graves tourmentent les esprits. D'ailleurs cet ouvrage, terminé depuis de longues années, ne devait pas voir le jour encore. Absorbé par un ministère qui réclame toute notre application et tous nos soins ; vivant au milieu de braves paysans, qui ont plus besoin de bons exemples que de leçons de beau langage; heureux de consoler les malades et de faire le catéchisme aux petits enfants, nous ne songions plus guère à l'image d'un monde évanoui pour nous, et nous pensions avoir dit adieu à la société polie pour toujours. Nous nous sommes remis à l'œuvre sous le coup d'une de ces douleurs auxquelles il faut faire diversion : nous n'en connaissons pas de plus salutaire et de plus féconde que le travail et que l'étude. Montesquieu a dit : « Je n'ai jamais eu de chagrin, qu'une heure de lecture n'ait dissipé. » Cette pensée nous avait paru jadis avoir une forme quelque peu paradoxale : elle nous le paraît moins aujourd'hui.

Ghampigny; le 15 septembre 1881.

LA

Page 1