‹ La jeunesse de FléchierChapitre 14 sur 23 · LETTRES INÉDITES DE MONTAUSIER A HUET · texte numérisé non relu

LETTRES INÉDITES DE MONTAUSIER A HUET

Ce 24 février 1675, à Saint-Germain.

L'incommodité de M. de Gondom, dont on vous a parlé, n'a pas été assez considérable pour vous mander de venir ici ; elle ne l'a pas empêché de faire étudier tous les jours Mgr le Dauphin, mais de venir le soir seulement (1). Je n'ai pas voulu vous le faire savo'r, de peur que cela ne vous obligeât de venir, et de quitter vos remèdes. Vous ne devez songer qu'à votre santé, et le meilleur service que vous puissiez rendre à Mgr le Dauphin, c'est de vous guérir.

Je suis bien aise de ce que vous me mandez de l'essai de M. Ceron (2) sur Pline.

(1) Bossuet, évêque de Gondom, étaiL alors précepteur du Dauphin; Huet en était sous-précepteur.

(2) Ce M. Geron, qu"on écrit encore Seron, doit être ce médecin de LouYois, dont parle M'"'^ de Sévigné, dans l'une de ses lettres. iVol. VU, p. 303, édit. Hachette.) Fléchier parle aussi de lui dans une lettre à M'^'' Des Houlières. (Voy. Correspondance de Fléchier avec 3/™"= Des Houlières, p. 231.) En sa qualité de médecin, il s'était peut-être appliqué, pour les éditions Ad usicm Delphini, à un travail sur Pline le Naturaliste. — Dans la collection

Ce 17 mars 1675, à Saint-Germain.

Vous me faites tort. Monsieur, de m' exhorter à faire quelques civilités au bonhomme M. Halley (1), sur l'édition de ses poésies, car je ne manque jamais à ces sortes d'honnêtetés, qui sont un devoir indispensable à ceux qui n'ont pas sucé la barbarie avec le lait; et, ne pouvant rien faire de plus pour ce bonhomme, je lui écris, et je le flatte contre ma conscience, n'ayant, entre nous, rien trouvé que de foible et de languissant, et, pour le mieux, que de très médiocre, en tout ce que j'ai lu de çà de là, en feuilletant ce gros volume. Mais je crois qu'il y auroit plus de mal à être sincère, en cette occasion, qu'à ne l'être pas.

Je suis au désespoir de toutes les lenteurs de Léonard ; cependant que pouvons-nous faire ? Trouvez un bon remède, et je le pratiquerai.

Je vous suis bien obligé des livres que vous m'indiquez

Adusum Delphini, le Pline est d'un jésuite, le P. Jean Hardouin; 3 vol. Paris, François Muguet, 1685. La préface renferme, dans l'ordre accoutumé, l'éloge des trois promoteurs de cette entreprise : Montausier, Bnssuet et Huet.

(1) Né à Bazanville, village du Calvados, près de Bayeux, vers 1592, mourut le 3 juin 1675. Il avait été le professeur de Huet, à Gaen, au collège du Bois. Huet, dans ses Mémoires, p. 16, a fait un fort bel éloge du bonhomme M. Halley, comme l'appelle dédaigneusement Montausier. Antoine Halley lui avait dédié son recueil de poésies. Ménage, Huet, le P. La Rue, ont composé des vers latins en son honneur. Le recueil des poésies d'Antoine Halley a pour titre : Antonii Hallœi regii eloquentiœ professoris et Musœi Sylvani (le collège du Bois) gymnasiardia, in Academia Cadomensi, opuscula miscellanea.

sur l'institution du prince. J'en ai vu quelques-uns, qui sont : Manuel Paléologue, à Jean, son fils; Bélisaire, Aquaviva et Hiéron. Osorius. Mais je n'ai point vu Constantin Ducas, à l'empereur Romanus, son fils ; ni l'institution royale de ïhéophylacîe pour Constantin, son disciple; et si vous pouvez me les faire voir, je vous en serai extrêmement obligé (1).

A Marly, le 9 décembre 1688.

Je reçus hier, en partant de Versailles, votre lettre avec la préface du livre que vous me faites l'honneur de me dédier (2). Je dois être honteux de tant de louanges que vous m'y donnez, et quand vous ne m'en donneriez que la

(1) Manuel ir, Paléologue, empereur grec, 1391-1425; Jean VIII, Paléologue, son fils, 1425-1448. — Bélisaire, 490-565, sans doute le célèbre général dont les victoires jetèrent un grand éclat sur le règne de Justinien. — Claude Aquaviva, célèbre général des Jésuites, né en 1543, mourut en 1615. En 1610, à l'époque de l'assassinat de Henri IV, il avait protesté contre la théorie du régicide, attribuée à certains membres de son ordre. — Jérôme Osorio, écrivain portugais, né en 1506, mort en 1580, évêque de Silvès. On a de lui : De rébus Emmaniielis virtute et auspicio gestis. Lisbonne, 1571. — Constantin XI, Ducas, empereur grec, 1059- 1067. —Romain IV, dit Diogène, régna de 1068 à 1071. — Théophylacte, surnommé Simocatta, vivait vers le septième siècle après J.-C, et remplit plusieurs fonctions à la cour de Maurice, empereur grec qui régna de 582 à 602. Pauvre Dauphin! comme il dut s'ennuyer en lisant ces diverses Institutions d' Aquaviva, de Théophylacte ou d'Osorius, lui qui déjà aimait si peu la lecture !

(2) Censura philosophiœ Cartesianse, ouvrage publié en 1689, et dans lequel Huct attaque la métaphysique de Descartes, avec sa vivacité accoutumée.

moitié ce seroit encore trop, parce que je ne les mérite pas; mais, moins j'en suis digne, plus je vous dois être obligé (1). Cependant, pour un homme sincère, qui faites profession de dire la vérité, vous devez prendre garde que vous ne serez pas cru, disant tant de choses à mon avantage qui ne sont pas. Mais vous ne dites rien de mon véritable métier, auquel j'ai employé toute ma vie, jusqu'à ce que j'aie été auprès de Mgr le Dauphin, qui est celui de la guerre, et auquel je m'étois uniquement employé ; et, si j'ai mérité quelques grâces du roi, ce n'a

(1) En 1689, Mii<= de Scudéry écrivait à Huet qui lui avait envoyé aussi son excellent ouvrage, une jolie lettre; on la lira avec plaisir :

« ... Je voudrois bien cependant que vous m'eussiez envoyé quelque habile traducteur, afin de ne rien perdre d'un livre qui n'est pas favorable à certaines machines cartésiennes, contre lesquelles je me suis déclarée hautement il y a longtemps, sans employer pourtant contre le philosophe, que mon chien, ma guenon et mon perroquet. Mais comme il y a certaines choses qu'on entend plus facilement que les autres, j'ai fort bien entendu les louanges que vous donnez à M. de Montausier dans votre préface, et quelques autres petits endroits dont je n'oserois parler en détail de peur de m'égarer. Le philosophe que vous attaquez si vivement a une nièce que j'aime beaucoup, et qui a infiniment de mérite; mais elle entend raillerie sur la philosophie de son oncle, comme vous le verrez par un madrigal qu'elle m'envoya au commencement d'avril, lorsqu'elle sut que la pauvre fauvette étoit revenue dans mon petit bois, suivant sa coutume.

Quand la plus belle des fauvettes ■Je vis revenir où vous êtes; Ah! m'écriai-je alors avec étonnement, N'en déplaise à mon oncle, elle a du jugement... h

Correspondance de Huet, Bibl. nationale; citée par MM. Rathery et Boutron : Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, p. 312. Voir dans ce très intéressant volume plusieurs lettres inédites de M^''^ de Scudéry à M^'e Descartes, p. 393 et suiv.

été que par là. On ne peut, cependant, vous être plus obligé que je le suis de l'honneur que vous me faites, dont j'ai toute la reconnoissance possible. C'est de quoi vous devez être persuadé, depuis le temps que je fais profession d^être...

A Versailles, le 19 mai 1689.

A mon retour de Rambouillet, Monsieur, j'ai trouvé ici les exemplaires de votre livre (1) , et je me suis incontinent acquitté de la commission que vous me donnez de les présenter de votre part au roi et à Mgr le Dauphin. Ils ont été fort bien reçus de l'un et de l'autre, avec ordre de vous en remercier de chacun d'eux. Le roi me demanda de quoi il traitoit; je lui répondis que c'étoit de matières très belles, auxquelles je n'entendois rien, et il se mit à rire. Pour Mgr le Dauphin, je lui demandai si je ne vous manderois pas qu'il s'engageoit à le lire ; mais il entendit bien ma raillerie, et il me dit que non, mais que je vous remerciasse bien de sa part. Pour moi, Monsieur, je ne saurois assez vous rendre d'actions de grâces de l'honneur que vous me faites de me l'adresser, et de ce que vous avez bien voulu vous charger du blâme de flatteur, en disant tant de bien de moi, qui n'est pas véritable.

Quant au livre, je vous dirai ingénument que je n'y entends rien, et que le latin que je trouve extrêmement beau et poli, me fait croire que ce qu'il explique est admirable. J'ai beau m'apphquer, je n'y comprends rien, sinon

(1) Censura philosophise Cartesianse.

que Descartes y est traité comme il le mérite, ce dont je suis ravi (1) . Mais il faut que vous vous prépariez à une aussi rude guerre que celle que nous avons avec toute FEurope, car je pense qu'il vous tombera sur le corps autant d'auteurs que de régiments contre la France (2).

Pour changer de matière, je ne saurois m'empêcher de vous dire que je vous trouve heureux d'avoir si bonne compagnie en prenant des eaux, et que je me réjouis aussi avec M™^ de Montespan de vous avoir aux heures que ses occupations lui laissent libre (3). Obligez-moi de vous servir de toute votre éloquence pour lui persuader que toute sa beauté, tout son esprit, et tout son mérite ne lui ont jamais acquis un serviteur si assuré, si affectionné et si respectueux que moi, et vous. Monsieur, assurezvous de l'estime et de la considération que j'ai pour vous.

A Versailles, le 1^'- juin 1689.

J'ai reçu, Monsieur, votre lettre du 26 de l'autre mois. Quand je vous ai mandé que je n'entendois rien aux matières de votre livre contre Descartes, il ne faut pas,

(1) Montausier n'était pas aussi enthousiaste de Descartes, que M™e de Sévigné et M™^ de Grignan.

(2) On était alors en pleine guerre de la ligue d'Augsbourg ; commencée en 1688, cette guerre ne se termina qu'en 1697, par le traité de Ryswick.

(3) « M'"" de Montespan avait été des premières à approuver le choix de M. de Montausier pour la place de gouverneur du Dauphin, choix qui elTarouchoit un peu les courtisans. » (Note du manuscrit.) — Voyez dans M. Amédée Roux, Montausier et son temps, p. 151, pourquoi M'"« de Montespan avait été la première à approuver le choix du roi. On ne peut parler de M'"" de Montespan, sans citer l'excellent ouvrage de M. P. Clément :

s'il vous plaît, que vous croyiez que j'aie été assez peu discret pour en parler d'une autre manière qu'en riant, et seulement à quelques amis particuliers, au sujet de la préface. Vous n'avez pas dû, je crois, non plus prendre sérieusement ce que vous a écrit M. de Meaux, lorsque vous lui avez envoyé le même livre, en l'accompagnant de la lettre que vous me dites. Gomme vous vous êtes depuis expliqué, par la réponse que vous lui avez faite, de votre pensée, et que vous y avez donné le sens véritable qui le doit contenter, voilà la chose bien réparée.

11 m'a envoyé son Apocalypse que je présentai hier, de sa part, au roi (1). Je n'ai fait encore que jeter les yeux dessus, et ce que j'en ai vu me paroît fort beau. Vous aurez déjà appris par d'autres que le roi a eu deux petits accès de fièvre tierce, et qu'aussitôt il a pris du quinquina, si bien qu'on espère que ce ne sera rien. J'eus aussi, il y a cinq jours, un peu de fièvre de rhume, lequel me dure encore, et m'incommode un peu. Je vous supplie. Monsieur, d'assurer M™^ de Montespan de mes respects, quoiqu'il soit assez inutile, parce que je m'assure qu'elle me fait la justice d'en être persuadée, et vous ne devez pas l'être moins de la parfaite estime et amitié que j'ai pour vous (2).

Madame de Montespan et Louis XIV. Paris, Didier, 1868. Voir dans cet ouvrage bon nombre de lettres de M™'= de Montespan à Huet, p. 307 et suiv. édit. in-12.

(1) Cet ouvrage de Bossuet fut publié en 1689.

(2) Lettres inédites; Correspondance de Huet, Bibl. nationale; vol. II, p. 17 et suiv. On trouve dans cette correspondance quarante-trois lettres de Montausier.

REIVIARQUES SUR LE TÉRENCE, l' HORACE , ET LE VIRGILE DE LA.

COLLECTION ad usuM Delphini. (Voy. p. 198.)

On a vu, page 198, par la lettre de Montausier à Huet, en date du 15 octobre 1674, que Fléchier avait travaillé à rèpître et à la préface de Térence.

Or, ici se présente une difficulté. Le nom de Fléchier ne se trouve, ni en tête du volume (c'est celui d'un certain Nicolas Camus); ni dans VEpître^ qui est signée : Frédéric Léonard ; ni dans le privilège qui est du 20 août 1674, où il n'est fait mention que de ce môme Léonard. Voici le titre du volume : « Publii Terentii sex comœdias interpretatione et notis illustravit, Nicolaus Camus, jussu christianissimi régis in usum Delphini. Parisiis, apud Fredericum Léonard, typographum, via Jacobaeâ, 1675. »

Nicolas Camus a donc préparé l'édition de Térence. Mais alors pourquoi le nom de ce dernier ne figure-t-il ni dans Pépitre, ni dans le privilège? Et pourquoi Montausier dit-il à Huet : « M. Fléchier a déjà travaillé à l'épître et à la préface de Térence, et aura bientôt achevé? » Voici, croyonsnous, l'explication de ce fait. Elle nous est fournie par un passage de la préface de Térence. L'auteur de la préface, c'est-à-dire Fléchier, après avoir fait l'éloge de Montausier,

de Bossuet et. de Huet, ajoute : a Ce commentaire serait certainement plus parfait, si le sous-précepteur du Dauphin, l'illustre Huet, cet homme d'une science immense, et qui dirige cette grande entreprise, avait pu revoir les parties de cet ouvrage. Songez, lecteur, que ce Térence paraît, le premier, avant tous les autres auteurs latins : c'est, pour ainsi dire, un coup d'essai; de plus, à cause de la mort prématurée du commentateur, l'ouvrage a été imprimé avant qu'on ait pu le rendre parfait. »

Voilà donc ce qui est arrivé : Nicolas Camus, dont le nom est en tête de l'édition de Térence, est mort avant d'avoir achevé son œuvre. Fléchier fut prié alors de composer Cépître et la préface. Mais, afin de ne point paraître s'approprier l'œuvre d'un autre, il ne mit pas son nom au has de l'épître, qui fut signée simplement Léonard, du nom de l'imprimeur. D'autre part, comme Camus avait laissé son travail inachevé, le nom de celui-ci ne parut pas dans le privilège, où l'imprimeur seul est désigné.

Nous ne savons pourquoi le dictionnaire de biographie de MM. Dézobry et Bachelet nous dit que l'édition à' Horace, dans la collection du Dauphin, est du P. de La Rue. C'est une erreur ; elle est d'un certain Louis Desprez, ancien professeur d'éloquence au collège du Cardinal-Lemoine (1). Dans la préface, L. Desprez nous apprend que, sept ans auparavant, il avait travaillé à une édition de Perse et de Juvénal. Voici le titre de l'ouvrage : a Quinii Horatii Flacci opéra interpre-

(1) Le collège du Cardinal-Lemoine était rue Saint-Victor, n» 76. Cette rue commençait jadis rue de Seine-Saint-Victor, et finissait rue de la Montagne Sainte-Geneviève. Elle ne commence plus aujourd'hui que rue du Cardinal-Lemoine, près de la rue de Jussieu, et finit rue Monge, près de la rue de la Montagne Sainte-Geneviève. — « Le collège fut fondé, en 1302, par le cardinal Jean Lemoino, et bâti sur l'emplacement des maison,

tatione et notis illustravit Ludovicus Desprez Cardinalitius socius ac rhetor emeritus, jussu chrislianissimi régis in usum serenissimi Delphini. Parisiis excudebat Fredericus Léonard, 1691. n — Le privilège est du 14 novembre 1675. Cette édition d'Horace, comme celle de Térence, eut peu de chance. Dans sa préface, après avoir fait l'éloge de Montausier, de Bossuet et de Huet, L, Desprez nous apprend que ce travail fut confié successivement à deux personnes d'une grande érudition. Mais la mort les enleva l'une et l'autre, et alors ont eut recours à lui : ce qui ne peut être que préjudiciable au public, ajoute-t-il avec modestie : '( Ecce verô unum, dein et alterum abstulit invida mors. Tandem res ad me delata, damno, fatebor enim, publico. »

C'est le Virgile qui est du P. de La Rue : Paris, Simon Bénard, rue Saint-Jacques, 1675, Le privilège est du 1" novembre 1674; Vachevé d'imprimer du 30 octobre 1675. La lettre de Montausier, en date du 15 octobre 1674, que nous avons citée page 183, semblerait indiquer que la rédaction du privilège fut faite par Huet.

La préface contient aussi un éloge de Montausier, de Bossuet et de Huet. La réunion presque constante de ces trois noms dans la plupart des préfaces montre que, dans cette grande entreprise, on ne doit jamais les séparer. La Rue déclare que ce travail lui a été demandé, non par une seule personne, mais par plusieurs personnages éminents : « Id

chapelle et cimetière qui avaient appartenu aux religieux Augiistins. En 1757, on y fit des réparations et reconstructions considérables. » (Voy. de la Tynna, Dictionnaire des rues de Paris, 1812.) Il ne reste plus rien de ces anciens bâtiments, emportés par la rue Monge et la rue du Gardinal-Lemoine qui commence au pont de la Tournelle, traverse le boulevard Saint- Germain, et finit place de la Contrescarpe.

quidem mihi à summis viris impositum. » a Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier, ajoutet-il, chargé de l'éducation d'un grand Prince, cet homme si habile dans tout ce qui concerne non seulement les affaires civiles et militaires, mais encore la littérature, ne pouvait manquer de préparer à son jeune élève un chemin sûr et aisé pour le faire arriver aux mêmes connaissances. L'évêque de Condom, Jacques-Bénigne Bossuet, cet homme profondément versé dans les sciences divines et humaines, ne pouvait manquer non plus de chercher tous les moyens les plus capables de conduire le prince à un solide savoir. Pouvais-je résister aux prières, aux ordres, aux conseils éclairés de ces grands personnages auxquels un illustre monarque a confié son fils unique, son espoir, et l'espoir de la France? D'autant plus que, pour ce travail, je pouvais avoir fréquemment recours à Pierre-Daniel Huet, qui remplit les fonctions de sous-précepteur du Dauphin. Sa renommée, son savoir, lui donnent un grand crédit auprès de tous; il en a un plus grand encore auprès de moi, grâce à la douceur de ses mœurs. Par toutes les séductions de l'amitié, par bon nombre de notes sur Virgile qu'il a bien voulu me communiquer, il a fini par me persuader que je ne serais pas trop au-dessous d'une si grande tâche. »

Le privilège du Virgile, dont Montausier parle à Huet, dans sa lettre du 15 octobre 1674 (voy. p. 183), renferme des considérations générales qui ne sont pas dépourvues d'intérêt :

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, etc.. Ne voulant rien oublier de tout ce qui peut

conti'ibuer à la bonne éducation de notre très cher et très anié fils, le Dauphin, et considérant que son avancement dans l'étude des bonnes lettres en fait une partie. Nous avons jugé que rien ne lui seroit plus utile pour cela, que de lui faciliter la lecture et l'intelligence des anciens auteurs de la langue latine par des moyens plus prompts et plus commodes, que ceux dont on s'est servi jusques ici, et nous nous sommes d'autant plus porté à l'exécution de ce dessein, que Nous avons compris en même temps que le public en recevroit beaucoup d'avantages. Ainsi, Nous avons jeté les yeux sur plusieurs personnes savantes, tant de notre royaume que des pays étrangers, pour travailler sur ces anciens auteurs de la langue latine, y faisant des notes et des explications qui pussent en donner l'intelligence, sans avoir besoin d'autres commentaires, et, dans la distribution qui a été faite de ce travail. Nous avons chargé le P. de La Rue, de la Compagnie de Jésus, de travailler à l'explication des œuvres de Virgile, dont il s'est acquitté à notre satisfaction.

L'achevé d'imprimer est du 30 octobre 1675. Voyez plus haut, page 196 et suiv., ce que nous disons des éditions Ad usum Delphini.

NOTE SUR M. DE BRIEUX. (VoV. p. 211.

Jacques Moisant de Brieux était de Gaen. Il était calviniste. Il avait été avocat au parlement de Rouen, et fut pendant quelque temps conseiller au parlement de Metz. S'étant démis de sa charge, il se retira à Gaen, sa patrie, et tint dans sa maison une académie de gens de lettres, où il eut l'honneur de recevoir M. le duc de Montausier. Il mourut en 1674.

On a de M. de Brieux deux volumes de poésies latines, dont le second parut à Gaen, en 1669, in-12; Les Origines de quelques coutumes anciennes et de plusieurs façons de parler triviales; Gaen, 1672, in-12; (Huet, Comment, de reb. ai eum pertitientibus.) Les divertissements de M. de B., Gaen, chez Jean Ghevalier, 1673, in-12. G'est un recueil de lettres, et de poésies françaises et latines. (Voyez Moréri, Dictionnaire historique, vol. II. Paris, édit. de 1759.)

U Auberge ou les brigands sans le savoir, comédie-vaudeville, par MM. Scribe et Delestre-Poirson; Paris, Barba, Palais-Royal; 1830, 1 vol. in-32. Représentée, pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 19 mai 1812. — (Voy. p. 239.)-

La scène se passe dans une auberge au inilieu des Pyrénées.

Scudéry et sa sœur, en voyage, sont arrivés dans une auberge des Pyrénées. Bendant que l'aubergiste, Bertrand, prépare la chambre des voyageurs, Scudéry et sa sœur attendent dans la salle commune. Pour occuper le temps, ils travaillent à une nouvelle pièce, la tragédie diArsace, « tirée du roman d'Artamène ». Ils reprennent leur dernière scène, qui nest pas encore finie, celle où Hétéroxènc apprend (iM'Arsace est infidèle, et où elle ordonne le trépas de celui-ci.

L'aubergiste a déjà été eifrayé de Vair rébarbatif àiQ Georges. « Ils peuvent être d'honnêtes gens, a-t-il dit; mais, à coup sûr, ce n'est pas écrit sur leurs figures. »

On va voir comment les auteurs dramatiques ont développé la narration de Fléchierl

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