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III. Ceux qui sont déjà parvenus jusqu'aux plus belles

connoissances, y peuvent-acquérir la hardiesse et la facilité de parler en public (ou dans les chaires, ou dans le barreau, ou dans les autres assemblées) qu'ils n'ont pas acquise dans les collèges, où ils ne déclament, le plus souvent, que les pièces qu'ils n'ont pas composées, ni dans quelques autres assemblées, où ils écoutent toujours et où ils ne parlent jamais.

IV. Les plus parfaits dans toutes sortes de connoissances honnêtes y peuvent exercer toutes les habitudes de l'esprit, et même, par leur propre usage, ils peuvent encore les rendre beaucoup plus parfaites.

V. Les plus avancés en âge s'y peuvent rafraîchir la mémoire des choses qu'ils ont apprises en leur temps ; ils peuvent aussi renouveler les idées de toutes les belles choses qu'ils ont conçues dans les agréables moments de la jeunesse.

VL Les véritables logiciens qui se délectent dans le plus parfait usage de l'esprit, qui consiste dans le parfait raisonnement, y découvrent la vivacité de l'imagination dans les promptes réparties, la présence du jugement dans le juste discernement des pensées, et la force de la démonstration dans les réponses convaincantes.

VIL Les plus habiles dialecticiens y voient la multitude des pensées sur un même sujet, et la diversité des raisons qui sont propres pour les matières problématiques et pour les questions oratoires.

VIII. Les orateurs les plus achevés et les plus éloquents y remarquent l'admirable mélange des raisonnements par la délicatesse des transitions, et l'agréable ornement des pensées par la diversité des figures.

IX. Ceux qui se plaisent à l'histoire, y aperçoivent tout ce que l'antiquité a de plus beau et tout ce que les provinces les plus éloignées ont de plus rare et de plus curieux.

X. Et ceux enfui qui s'attachent plus particulièrement à la considération des merveilles de la nature et à la contemplation des perfections de la Divinité, y entendent tout ce que la physique a de plus admirable et tout ce que la métaphysique a de plus élevé.

Et pour ce que la plus grande partie des personnes d'esprit n'ont pas ordinairement la mémoire assez ferme ni assez propre pour la déclamation; ou, pour ce que les autres occupations les empêchent de bien apprendre le discours qu'ils ont composé, pour le bien déclamer; ou même, pour ce qu'ils n'ont pas la commodité de se trouver dans le lieu où se forment les assemblées académiques, il leur est libre* de lire ou de faire lire dans le lieu de l'assemblée le discours qu'ils auront préparé.

Et aussi, pour ce que la plus grande partie de ceux qui ne se peuvent pas trouver d'ordinaire dans le lieu de l'assemblée, y veulent profiter de l'occasion avec autant d'avantage que ceux qui s'y rencontrent ordinairement, le président de l'assemblée aura le soin de demander les originaux manuscrits des discours de ceux qui auront opiné et de les faire imprimer, dont il leur fournira plusieurs exemplaires, après qu'il en aura présenté aux personnes de condition dont il aura reçu le sujet de la même conférence (1) .

(1) Discours académiques et oratoires.

AUTRE EXTRAIT DE RIGHESOURCE. (Voy. p. 30.

Voici ce que dit Richesource en parlant des quatres parties principales de la philosophie :

Je les fais si parfaitement connoître à tous ceux qui m'écoutent règlement l'espace de six mois, qu'ils peuvent, à la fin de ce temps que je leur demande, traiter des questions de philosophie dans les assemblées académiques qui se tiennent le jeudi ; et, quelque temps après, ils peuvent déclamer avec applaudissement dans les assemblées oratoires et académiques; jusques à ce qu'après quelque suite de temps et d'exercice, ils puissent parler sur-lechamp et sans aucune préparation bien particulière avec autant de facilité et de succès que ceux qui se préparent avec beaucoup de peine.

C'est pourquoi, mes chers lecteurs, suivant l'ordre de toutes les propositions précédentes, vous devez conclure, avec moi, que puisque les assemblées particulières ouvrent l'esprit, que les conférences philosophiques le forment, et que celles qui sont oratoires le polissent, le dessein que je me suis proposé en voti-e faveur vous est très avanta-

geux ; que les conférences académiques publiques et particulières vous sont très utiles; qu'il étoit raisonnable que je vous découvrisse les choses qui me sembloient vous être le plus importantes, et qu'enfin je vous fisse voir que ceux qui se sont exercés, de la manière que je viens de vous représenter, dans ces trois diverses conférences, peuvent éclater dans les chaires, triompher dans le barreau; et que, joignant l'un et l'autre dans les conversations civiles, ou plus ou moins, selon la diversité des rencontres et des autres circonstances, ils peuvent exciter l'admiration de tous ceux qui les entendent, qu'ils peuvent mériter Thonneur de tous ceux qui en oyent parler^ et qu'enfin ils peuvent gagner l'estime de tous ceux qui lisent leurs ouvrages, avec une satisfaction que je trouve d'autant plus grande et d'autant plus admirable, qu'elle ne peut être bien goûtée que de ceux qui la connoissent parfaitement, et qui ressentent en leur agréable ces agréables transports et ces douces émotions qui sont les divins effets de la philosophie, les avantages du Portique, les charmes du Lycée, les fruits du jardin d'Epicure et les ravissements de l'Académie, qui étant accompagnés de quelques faveurs de la bonne fortune établissent humainement notre plus parfaite félicité (1).

(1) Discours académiques et oratoires.

Extrait de la. Rhétorique des p7'édicateurs. (Voy. p. 3/i.)

L'invention ou le dessein, dit-il, doit être rare et imprévu, c'est-à-dire que les pensées ne doivent pas être communes, mais qu'elles doivent être telles qu'elles puissent surprendre et donner de l'admiration, et principalement dans la conclusion qui est la partie qu'on réserve aux mouvements, et qui doit être la plus surprenante et la plus animée.

Comme la surprise est la mère de l'admiration, l'admiration est la cause de l'affluence des auditeurs et de la gloire des plus célèbres prédicateurs ; et, parce qu'ils sont redevables de leur estime et de leur réputation à la beauté de leurs prédications, nous devons avouer que l'excellence du dessein, que la délicatesse des pensées, l'industrie de la disposition, la beauté des ornements et la grâce de l'action, sont le premier mobile qui donne le mouvement à toutes les langues qui font leurs éloges et à toutes ces plumes qui travaillent à leur immortalité. Je sais bien que l'invention doit être populaire, c'est-à-dire que les pensées ne doivent pas s'élever au-dessus de la capacité des auditeurs, Mais il faut aussi qu'on m'avoue,

que si les pensées doivent être faciles à cause des simples auditeurs, elles doivent être brillantes en récompense, afin de les surprendre agréablement par leur nouveauté et par leurs ornements. Et, comme les génies sont d'une même nature, sans qu'ils soient tous excellents orateurs, la surprise des pensées faciles dépend plutôt de l'industrie pour les inventer, et de l'art pour les disposer et pour les animer, que des choses mêmes. Ce qui fait que dans l'excès de cette agréable surprise la plupart des auditeurs se sentent sollicités à se dire en eux-mêmes : Que ce prédicateur me plaît et que j'ai de plaisir à l'entendre! J'entends tout ce qu'il dit; mais ce qui me plaît davantage et que j'admire le plus, c'est que son esprit surprend le mien, qu'il le mène où il ne pense pas, qu'il le touche et qu'il l'émeut sans qu'il s'en puisse défendre, par des inventions si agréables que je ne puis imaginer, et par des expressions si faciles que je ne puis assez admirer (1).

{{) Rhétorique des prédicateurs, p. 18.

LETTRES INÉDITES DE FLÉGHIER, A l'ABBÉ DE NOBILÉ. (Voy. p. 138.)

A Nismes, ce 12 sept. 1700.

J'ai été fort touché du retardement de votre procès, Monsieur, tant parce que vous demeurez dans l'inquiétude que donne une affaire qui n'est pas jugée, que parce que nous serons plus longtemps sans vous voir. Il ne faut être surpris de rien dans les jugements des hommes, et après avoir fait ce qu'on doit, il faut supporter avec patience tous les événements qui arrivent. Si votre partie étoit moins féroce, et qu'elle voulût entendre à quelque accommodement raisonnable ! mais aussi, il ne faut pas qu'il sente qu'on se décourage. Faites-nous savoir souvent de vos nouvelles, et de celles de nos neveux qui sont apparemment en vacance, et qui ont par conséquent le temps d'écrire quelquefois. Exhortez-les à bien étudier, et à conserver les bonnes impressioiis de piété qu'on leur a données dans le séminaire.

Mon frère (1) se croit quelque chose dès qu'il se porte

(1) Philippe Fléchier avait épousé Elisabeth de Nobilé, sœur de l'abbé de Nobilé, que Fléchier va appuyer de son crédit

un peu mieux. Il parle de venir me voir et de se divertir; trois jours après il retombe. Je lui écris toujours fortement qu'il se conserve, qu'il vive de régime. Dieu veuille qu'il suive nos conseils !

Je crois que nos Messieurs vous mandent ce qui se passe en ces pays-ci. Je me contente de vous assurer que je suis toujours (1) . • . ,

Je vous prie de rendre à MM. les agents du clergé ce mémoire qui regarde l'affaire des clercs. Je travaille à vous faire charger de cette affaire par les clergés d'Alais et de Nismes. Cela vous sera peut-être utile.

A Nismes, ce 12 octobre 1700.

A M. l'abbé de J^obilé.

Je suis bien aise, Monsieur, que vous ayez un Rapporteur qui ait de la droiture et de l'habileté, tel que vous

dans tous le cours du débat que ces lettres vont nous faire connaître. (Sur Pbilippe Fléchier, voy. plus haut, p. 274.) Une lettre de Fléchier, datée de Nimes le 31 mars 1701, nous apprend que son frère mourut vers cette époque; vol. X, p. 363. Voy. cette lettre un peu plus haut, p. 290.

(1) Cette lettre, et toutes celles qui suivent, sont inédites pour la plupart. Nous indiquerons celles dont quelques fragments ont été récemment publiés. Ces lettres sont autographes, et font partie de la collection que possède M. le marquis de Valfons, ancien député du Gard, qui a bien voulu nous les communiquer. On remarquera que souvent ces lettres sont sans adresse; mais il est évident qu'elles ont été écrites à l'abbé de Nobilé. A l'époque oii commencent les premières difficultés, en 1700 et en 1701, l'abbé de Nobilé est à Paris, où nous le voyons occupé à solliciter pour son affaire. En 1707 et en 1708, le procès es jalors. engagé, et Flécliier lui écrit à Toulouse- où il se trouve.

le pouviez souhaiter. Il faut soutenir son droit avec courage. On n'est pas toujours malheureux, et les prédictions du sieur Filère et de ses amis ne seront peut-être -pas accomplies.

Mon frère a été une quinzaine de jours avec moi, et s'est fort rétabli. Je l'ai tenu de court sur les règles de son régime, et je n'y ai pas eu beaucoup de peine. Il s'est retiré en bon état, avant que les premiers froids le pussent incommoder. , .

M. Mathieu n'a que faire de craindre pour sa liaison. Nous avons logé ou, du moins, nous préparons pour loger M. le prince Emmanuel dans ce pavillon où les marchands alloient jouer (1). La maison est petite, mais agréable : joli jardin, bon air, communication avec le Séminaire, rien ne lui convient mieux. Cependant je le loge chez moi, avec un aumônier, un secrétaire, un valet de chambre et deux valets de pieds, jusqu'à ce que sa maison soit en état.

M. l'abbé Ménard a passé trois jours ici avec moi (2).

(1) Le prince Emmanuel de Lorraine, dit le Prince Emmanuel, mena une vie assez aventureuse ; il était de la maison de Lorraine, branche des ducs d'Elbeuf. Né le 20 décembre 1677; il passa en 1706 au service de l'empire. Louis XIV lui fit faire son procès, à la suite duquel il fut condamné à mort, et effigie. En 1719, il obtint sa grâce, et put rentrer en France. On lit dans le Journal de Dangeau, à la date du 9 novembre 1719 : « Le prince Emmanuel de Lorraine, frère du duc d'Elbeuf, est arrivé ici ; il "vit le matin M. le duc d'Orléans ; il a été réhabilité, et peut demeurer en France présentement; il hériteroit du duc son frère, s'il mouroit sans enfants. » (Voy. Moréri : Article sur la maison de Lorraine; Journal de Dangeau, 14 mars, 12 septembre 1706; 18 février 1707.)

(2) Parent de Ménard, le savant historien de la ville de Nîmes,

Il s'en retourne à Paris; il vous dira de nos nouvelles. Je l'ai prié de dire à M. de Verthamon combien je lui suis" et lui serai obligé de la protection qu'il vous donnera. Je lui écrirai dans le temps.

Dites un peu à nos jeunes abbés qu'il faut qu'ils redoublent leur diligence et leur affection pour leurs études, et surtout qu'ils soient sages et pieux (1). L'aîné a présentement une chambre ; on lui a sans doute acheté une tapisserie : excitez-le à travailler, et croyez-moi, Monsieur. ..

A Nismes, ce 29 octobre 1700.

M. Novi, le chanoine, vient de mourir, Monsieur, dans la semaine de M. l'abbé Robert (2). Ainsi, voilà un canonicat entre nos mains, et un moyen assuré, ce

et l'auteur de la notice sur Fléchier que nous avons citée bien souvent. L'abbé Ménard était prieur d'Aubord, village à trois lieues de Nîmes. Fléchier avait pour lui une amitié particulière. (Voy. M. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 445.) Dans la correspondance de Fléchier, on trouve plusieurs lettres adressées à l'abbé Ménard. Il mourut un peu avant l'évèque de Nimes, lo 6 janvier 1710.

(1) Détail qui nous prouve que l'abbé de Nobilé était alors à Paris. Nous avons vu plus haut, p. 279 et suiv., par les lettres adressées à l'abbé Robert, que les neveux de Fléchier étaient élevés à Paris.

(2) On trouve dans les Œuv. compl. de Fléchier, vol. X, p. 365, une lettre de Fléchier, en date du 22 novembre, sans indication d'année, avec ce titre : A M. Novy, C. D. N. (chanoine de Nîmes). Fléchier le remercie des compliments de condoléance qu'il lui a adressés, à l'occasion de la mort de sa sœur Agnès, religieuse de Sainte- Glaire, à Béziers. — L'abbé Robert était vicaire général de Fléchier; nous avons publié plus haut plusieurs lettres que l'évèque de Nîmes lui écrivait à Paris.

semble, de vous tirer d'afTaire. 11 ne faut pas pourtant que vous fassiez connoître au sieur Martin aucun relâchement, ni aucun doute de votre droit. S'il y a quelque négociation à faire, elle doit se faire ici. Tenez- vous en repos ; nous avons du temps, tout ira bien. Vous devez aller trouver le P. de la Chaise (1), lui renouveler le souvenir de la grâce que le roi vous a faite à ma recommandation, et par son entremise, de vous donner un canonicat ; lui représenter qu'on vous dispute votre droit, et que vous êtes en procès pour cela, et le prier de faire en sorte que le roi ne fasse point de nouvelle nomination, ayant rempli son tour par la vôtre, ou vous la réservant pour cette présente vacance; car, si quelqu'un obtenoit encore un bravet du roi, ce seroit une horrible confusion. J'écris au Révérend Père ; donnez-lui ma lettre, ne vous expliquez point ailleurs, et croyez moi. Monsieur... Je vous prie d'aller rendre cette lettre à M'"'' de Lillebonne. Vous serez bien payé de votre peine par la connoissance de la plus aimable princesse, et de la meilleure religieuse qu'on puisse voir (2).

(1) Le P. de La Chaise, né en 1624, mort à Paris le 20 janvier 1709. Il avait succédé, en 1675, au P. Ferrier^ comme confesseur de Louis XIV, et garda cette fonction jusqu'à sa mort. Gomme le P. Ferrier, son prédécesseur, il avait été chargé par le roi de tenir la feuille des bénéfices.

(2) Béatrix-Hiéronyme de Lillebonne, fille de François-Marie de Lorraine, comte de Lillebonne, et A' Anne de Lorraine; elle était née le 1«'' juillet 1662, et fut abbesse de Remiremont en 1711. Il y avait dans cette petite ville de Lorraine un monastère célèbre, où n'étaient reçues que des filles nobles, qui prenaient le titre de chanoinesses. On n'y était admis qu'en faisant des preuves de quatre quartiers de noblesse, du côté paternel et du côté maternel. Ce monastère, de l'ordre de Saint-Benoît, était

A Nismes, ce 14 nov. 1700.

Vous avez bien fait, Monsieur, de prendi-e vos devants auprès du P. de la Chaise, et je suis bien aise qu'il vous ait reçu aussi favorablement que vous pouviez le souhaiter à ma considération. Il m'a toujours témoigné beaucoup d'amitié, et j'en conserve beaucoup de reconnoissance.

Je vois par la vacance de ce dernier canonicat, que l'accommodement de votre procès ne seroit pas difficile à faire. Mais j'ai la même peine que vous de voir entrer dans mon Chapitre un sujet qui n'est pas en état de lui faire honneur, et qui, par ses manières rudes et son humeur intraitable, pourroit y troubler la paix que j'y ai heureusement établie. Il ne mérite pas même qu'on lui accorde facilement ' ce qu'il a si opiniâtrement refusé. Aussi, il n'est pas hors de propos de le poursuivre vivement, ou pour lui donner de la crainte, ou pour le réduire du moins à demander grâce, ou pour punir son inflexi-

gouverné par une abbesse qui ne pouvait quitter l'habit; mais les autres pouvaient sortir et se marier. (Voy. Moréri, Dictionnaire historique. — Sur M^n^ de Lillebonne, voy. Lettres de 3/™^ de Sévigné, 14 juillet 1677, vol. V, p. 209, Edit. Hachette, GoUect. des grands écrivains.) Dans ses Mémoires, Saint-Simon parle fréquemment de M^'^ de Lillebonne, plus tard abbesse de Remiremont, et de sa sœur, M"^" d'Éspiaoy. — Le 14 juillet 1705, Fléchier écrivait à la mère de l'abbesse de Remiremont, M™'^ de Lillebonne, à l'occasion de la mort du prince d'Elbeuf, son neveu. Celle-ci mourut en 1720, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Il lui écrit encore le 22 janvier 1706 et le 28 novembre de la même année. (Voy. Œuv. compl. de Fléchier, vol. X, p. 202,. 216 et 239.)

bilité féroce par la vôtre qui est raisonnable. Tl faut pourtant toujours entretenir le P. de la Chaise dans sa bonne volonté, afin que personne ne surprenne de brevet du roi, et que vous ayez toujours cette ressource. Prenez de bons conseils, au pays oîi vous vous trouvez, et croyez-moi, Monsieur, entièrement à vous...

A Montpellier, ce 6 déc. 1700.

Les ouvertures des états, et les harangues ou les affaires dont M. de Basville a été chargé, m'ont empêché, Monsieur, de le presser sur les lettres de recommandation que je lui avois demandées pour vous. Il m'a promis d'écrire à M. Le Gendre, de Montauban, afin qu'il écrive fortement à votre Rapporteur, et me doit envoyer quelques lettres pour quelques-uns de vos juges.

Pour l'attestation que vous me demandiez, on a jugé ici qu'il valoit mieux que ce fût le syndic du Chapitre qui attestât au nom du Chapitre, et j'ai mandé à M. l'abbé Robert de la faire faire par M. Magne, que j'ai fait syndic après la mort de M. Novi, à qui j'avois appris qu'on vouloit substituer le sieur Filère (1).

Ce M. Filère souhaite fort l'accommodement, a écrit au sieur Martin, promet de s'en tenir à tout ce que je jugerai à propos, offrant le canonicat sans pension, si on veut lui céder celui qui est chargé de trois ou quatre cents livres. Il paroît y aller de bon pied, étant prêt

(1) Ce Filère est évidemment le chanoine, compétiteur de l'abbé de Nobilé.

même d'aller à Paris à ses dépens pour réduire son cousin. Il auroit souhaité que vous eussiez sursis à vos poursuites; mais j'ai répondu qu'on ne pouvoit compter sur l'humeur intraitable du sieur Martin, et qu'il falloit qu'il témoignât lui-même sa soumission.

Si votre affaire pouvoit être jugée avant Noël, tout iroit bien, et votre pis aller seroit de perdre un canonicat pour avoir l'autre; sinon, il faut songer absolument à vous en conserver l'un des deux (1). Les droits sont douteux, les événements incertains, les dépens ruineux, et la poursuite d'un procès fatigante par les chagrins et par la dépense.

Si vous voulez accommoder, voilà une lettre pour le R. P. de la Chaise; si vous voulez plaider, en voici une pour M. de Verthamon (2).

Voici un nouveau pape (3) ; cela peut être de quelque conséquence. Je suis, Monsieur...

(1) Voilà l'explicatioii du procès pour lequel M. de Nobilé était à Toulouse, et qui, commencé vers 1700, ne fut terminé que près de dix ans après, le 13 mars 1708. Les sieurs Filère et Martin disputaient à l'abbé de Nobilé un canonicat à Nîmes ; Fléchier soutint la cause de M. de Nobilé, .mais sans être intéressé directement dans l'affaire. (Voy. plus haut la lettre du 29 octobre 1700.)

(2) Probablement Michel-François de Verthamon, maître des requêtes, en 1677, plus tard premier président du grand conseil en 1697. C'était le frère de la seconde M™" de Gaumartin. Fléchier qui était très lié avec la famille de Gaumartin, devait naturellement avoir recours aux conseils et au crédit du premier président.

(3) Innocent XII était mort le 27 septembre 1700, et venait d'avoir pour successeur Glément XI.

A Nismes, ce 21 janvier 1701.

J'ai vu ici par des lettres du sieur Martin, écrites au sieur Filère, du 11 de ce mois, fju'il a remis absolument ses intérêts au P. de la Chaise, et je crois que votre affaire est présentement accommodée. Tout le monde le souhaite ici pour votre repos, et pour ma consolation.

M. Filère m'a protesté qu'il feroit faire au sieur Martin tout ce que je souhaiterois. Il s'engage et se rend garant de tout. Il m'a fait deux propositions : l'une de vous donner 50 écus de pension; l'autre, de vous donner une somme de 500 écus de dédommagement, avec tous les revenus échus. C'est à vou? de voir de ces deux offres celle qui vous convient le mieux. La pension me choque, et ne me paroît pas dans l'ordre, et j'aimerois mieux les 500 écus qui sont sept années et plus de la pension.

Il faut enjin finir cette affaire. Le procès ne donne que du chagrin, et cause de la dépense; mandez-moi précisément où vous en êtes, et ce que vous souhaitiez. Je suis, Monsieur, de tout mon cœur...

A Nismes, ce 10 mars (1).

J'ai reçu vos deux lettres, Monsieur, et j'ai été bien aise d'apprendre que vous soyez heureusement arrivé,

(1) Sans adresse et sans indication d'année. Les événements dont il est parlé dans cette lettre, autorisent à fixer la date du 10 mars 1703. En elïet, au mois de mars 1703, Roland fut battu à Pompignan par le maréchal de Montrevel. (Voy. M. Delacroix, Bist, de Fléchier, p. 559.)

et que vous ayez déjà reconnu vos juges et l'état de votre procès. Vous en avez encore pour quelque temps. Mandezmoi, si vous voulez encore quelques lettres de recommandation.

M. le maréchal de Montrevel vient demain de faire sa tournée dans les Cévènes. Il est tombé sur une troupe de mille fanatiques. Il en est demeuré près de cinq cents sur la place. Roland et quelques autres de leurs chefs ont été tués ou fait prisonniers. Le nombre de ces rebelles grossit tous les jours. Ils brûlent, ils massacrent, ils pillent partout et tiennent tout le pays dans une grande consternation. On vous mande sans doute le détail de toute cette guerre. Je suis de tout mon cœur (1)...

A Nismes, ce 4 mai 1703.

A Monsieur l'abbé de Nobilé.

Je ne me souviens point, Monsieur, d'avoir donné aucune attestation devant ici, après ses provisions, au sieur Martin. Il faut découvrir s'il en produit quelqu'une qui pourroit bien être fausse, car ces Messieurs ne font pas grand scrupule de ces sortes de fictions. Je sais bien que je la lui ai refusée, par le motif que je vous ai mandé, que je ne le connoissois pas assez.

Vous savez que M. Gausse ne manque pas de subtilités, et qu'il éblouit par là une partie de ses confrères : cela changera bientôt.

(1) M. Delacroix a publié un fragment de cette lettre, p. 559, note 2.

Faites, je vous prie, mille compliments de ma part à M. le premier président. Je n'ai pas prétendu qu'il fit réponse à ma lettre, La réponse de ces recommandations est la bonté qu'on a d'y avoir égard, et de rendre une justice prompte et honnête aux personnes recommandées. Personne ne l'honore plus infiniment que moi, et je compte sur l'honneur de son amitié.

On vous a sans doute mandé que M. le maréchal de Montrevel a défait une troupe de huit cents fanatiques ; qu'il en est resté quatre cents bien comptés sur la place, sans compter les blessés, et que le reste s'est dispersé (1). L'enlèvement qu'on avoit fait quelques jours auparavant de plusieurs personnes dans les villages, et cette expédition venue après , a fort consterné ces gens-ci . A quoi sommes-nous réduits? A nous réjouir de la mort de ces malheureux qui, tout méchants qu'ils sont, sont une portion de nos troupeaux. Jesuis, Monsieur, tout à vous (2).

Esprit, év. de Nismes.

A Montpellier, ce 24 décembre 1707,

J'ai reçu votre lettre du 21, Monsieur, par laquelle j'ai été bien aise d'apprendre que vous êtes heureusement

(1) Il s'agit ici ou de la défaite que Montrevel infligea aux Gamisards le 20 février 1703, près de la Galmette, village situé à une légère distance de Nîmes ; ou de celle qu'il infligea à Roland, l'un des chefs des Gamisards, au mois de mars 1703, près de Pompiguan, village de l'arrondissement du Vigan. (Voy. M. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 556 et 559.)

(2) M. l'abbé Delacroix a publié la fin de cette lettre. {Hist. de Fléchier, p. 561, note 2.)

arrivé à Toulouse, et que vous avez déjà vu M. le premier président sur le sujet de notre affaire. J'avois toujours bien cru qu'on n'approuveroit pas que j'allasse, parmi la foule des plaideurs, prêter sonnent à l'audience du Sénéchal (1), et je m'étois imaginé que le juge s'offrant luimême à venir chez moi recevoir mon serment, et ne m' ayant jugé que sur ce pied-là, dans une juridiction inférieure accoutumée à pareils usages, il n'y avoit aucune difficulté de droit, ni de conséquence, ni aucune nécessité de faire un règlement authentique : l'affaire n'en vaut pas la peine. Le sieur Fauquet me chicane. La procédure étant finie et fermée, son confrère la lui ouvre. Il représente le danger qu'il y a de venir dans ma maison : mon suisse, mes domestiques, peu s'en faut qu'il ne dise mes gardes. Je n'ai jamais passé pour si terrible. J'ai consulté M. de Basville (2), qui m'a donné les mêmes conseils, et les mêmes moyens que vous me proposez, fort surpris qu'on veuille faire une grande affaire d'une petite. Mandez-

(1) Il y avait trois sénéchaux en Languedoc : l'un résidait à Garcassonne, l'autre à Beaucaire, le troisième à Toulouse. « Leur principale fonction était de rendre la justice et de présider les assises de la Sénéchaussée, composées de seigneurs et de jurisconsultes. Ils commandaient aussi la noblesse de Languedoc, lorsqu'elle entrait en campagne. » Les appels de ces tribunaux furent portés d'abord au parlement de Paris, plus tard au parlement de Toulouse. (Voy. M. Ghéruel, Dictionnaire historique des institutions de la France, article : Sénéchaux du Languedoc.)

(2) Nicolas de Lamoignon de Bàville, né en 1648, mort en 1724; conseiller au parlement en 1677, bientôt après maître des requêtes; successivement intendant de JMontauban, de Béaru. de Poitou, et enfin de Languedoc pendant plus de trente ans, de 1684 à 1718. Il avait été nommé conseiller d'État en 1685.

moi si le parlement peut ou veut se retenir le fond et le juger. J'en serois fort aise. Vous verrez ce qui convient. Je suis, Monsieur... (1).

Faites bien ma cour à M. le premier président.

Et au dos de la lettre :

A Mo7isiem\ Monsieur l'abhé de Nobilé, chanoine de Nismes, chez M. Gruvel, Procureur au parlement^ à Toulouse.

A Montpellier, ce 9 janvier 1708.

Je viens de recevoir votre lettre du 7, Monsieur, et vous avez sans doute reçu la mienne avec celle que j'écris à Monsieur mon rapporteur.

J'accepte avec plaisir l'expédient que vous me proposez pour mon procès ; le tour qui le fera plus tôt finir, et qui m'exposera le moins, sera toujours le meilleur. Je hais les affaires, j'en crains les succès, et je ne cherche qu'à me tirer de l'embarras des chicanes et de l'incertitude des jugements. J'enverrai une procuration pour prêter mon serment, quand vous me manderez qu'il sera temps. Je suis content, pourvu que je sois sans procès, et que mon chicaneur soit un peu corrigé. Nous sommes encore aux Etats dix ou douze jours. Mille très humbles compliments à nos amis, juges ou non. Je suis. Monsieur, tout

à vous.

Esprit, év. de Nismes.

(1) Un court fragment de cette lettre a été publié par M. Delacroix. {Histoire de Fléchier, p. 405.)

A Nismes, ce 24 février 1708.

Je suis bien aise, Monsieur, que notre affaire avance, et que nous puissions espérer de vous revoir JDientôt ici. Le sieur Fauquet n'a d'autre satisfaction que celle d'avoir un procès ici et au parlement (1). Il veut que je jure, je le veux. Il sait bien ce que j'ai à dire. Que ce soit dans ma maison ou dans une autre, que lui importe? Quand il obtiendroit tout ce qu'il peut demander, que gagneroit-il? Sera-t-il moins mon débiteur? Il dit qu'il m'honore beaucoup ; et moi, je dis que je le plains fort. Tout le monde gronde hors de moi. Il a tant de honte, qu'il n'ose me regarder ; jusque-là que le jour de la Chandeleur, et le premier jour du Carême, il a évité, étant à l'église, de venir avec sa compagnie, prendre de moi les cierges et les cendres bénits, fonction où il ne pouvoit pas craindre d'être rebuté, ni d'être battu.

Mille remerciements à Mgr de Saint-Papoul (2) de l'honneur de son souvenir. Je souhaite que son curé se convertisse, et qu'il soit humilié.

J'ai eu beaucoup de passages ou visites depuis les États : M. l'évêque de Montpellier, M. l'évêque de Castres (3), M°" la comtesse de Calvisson, MM. de Nogaret et autres. M. l'auditeur de Rote et mes neveux sont ici. Je vous

(1) Le parlement de Toulouse.

(2) De novembre 1677 à janvier 1716, l'évêque de tâaint- Papoul fut François de Barthélémy de Gramont de Lauta.

(3) L'évêque de Montpellier était alors Golbert de Groissy; celui de Castres était Honoré de Quiquerand de Beaujeu.

— 3ÎJ5 —

prie d'assurer M. de Cappel de ma reconnoissance, et de me croire, Monsieur, de tout mon cœur, à vous.

Esprit, év. de Nismes.

J'étois en état de vous envoyer de l'argent; mais j'ai trouvé une lettre de change déjà faite par votre ordre. Nous compterons tout cela (1).

A Nismes, ce 9 mars 1708.

• A Monsieur ïabhé de Nobilé.

Je ne reçus votre dernière lettre, Monsieur, qu'après que le courrier fut parti; ainsi, je n'ai pu y répondre qu'aujourd'hui.

Je ne m'étois point attendu, non plus que vous, au triste succès de notre affaire, tant à cause de la bonté que je supposois en mon droit, qu'à cause des soins que vous aviez pris de le faire connoître, et d'en solliciter un juste jugement. Mais je n'en ai pas été si surpris que vous, après les avis que je venois de recevoir des mauvaises intentions de plusieurs juges, qui vous faisoient mille honnêtetés (2) .

,(1) Lettre publiée en partie par M. l'abbé Delacroix. [Histoire de Fléehier, p. 405, en note.)

(2) Toute cette partie de la lettre de Flécliier est inédite. Ce qui suit se trouve dans la Correspondance de Fléehier, vol. X, p. 282. On ne comprend pas pourquoi Ducreux a supprimé ce commencement. Quoique la suite soit imprimée, nous la publions aussi, parce qu'elle fait bien connaître le caractère pacifique de Flécliier.

Vous savez, Monsieur, l'aversion que j'ai toujours eue pour les procès. Je les avois heureusement évités jusqu'ici, ayant d'ailleurs des occupations plus convenables à mon ministère et à mon humeur. Il a fallu que j'aie trouvé un homme, qui, sans honnêteté, sans raison, sans intérêt ni avantage pour sa cause, étant mon diocésain, veut me faire conduire à la vue de tout mon diocèse au travers d'une foule de plaideurs, pour jurer sur une chose dont il sait bien que je n'ai aucune connoissance, et qui n'a rien de commun avec le fond de l'affaire, de laquelle je ne me suis point mêlé jusqu'alors; et qu'il se trouve des gens sages qui le soutiennent. Cette affectation 'de m'attirer à l'audience; cet appel de l'offre que le juge fait de venir recevoir le serment de son évêque, après mille sortes de chicanes précédentes, cette variation de moyens, par laquelle il se vante d'avoir rendu le parlement juge et partie, ne méritoient guère d'être approuvés. Je ne connoissois pas encore toutes les raisons que Jésus-Christ et saint Paul ont eues de nous défendre de plaider. S'il n'eût été question que de mon intérêt ou de mon honneur particuliers, je les aurois sacrifiés à mon repos, et Messieurs de Toulouse n'auroient pas eu la peine de me juger, et de se partager leur jugement. Si ma partie, gardant quelque bienséance pour la dignité, m'eût proposé d'aller dans la maison du juge, je ne sais si je n'aurois pas doucement et sans bruit acquiescé à sa demande, quoique contraire aux exemples de mes prédécesseurs. Mais c'est la dignité commune qu'il vouloit avilir dans la mienne, peut-être sans y penser. On dit que les évêques ont trop d'autorité : ils n'en ont pas trop s'ils en usent bien ; et ce

n'est jamais une raison de droit, moins encore de religion de vouloir les abaisser comme évêques. Quoi qu'il en soit, il faut prendre patience. J'ai d'abord pensé, comme vous, qu'il falloit tout laisser là, et vous en revenir ici. Mais on m'a conseillé aussi d'essuyer encore ce second jugement, si vous connoissez qu'il puisse être plus favorable. Je vous envoie une rescription sur M. Golomès. Je vous plains,, et je suis, Monsieur... (1).

A Nismes, ce 13 mars 1708.

A Monsieur l'abbé de Nobilé.

Ne vous chagrinez point. Monsieur; que faire? quand des juges disent que ma cause seroit bonne si je n'étois pas évêque; quand ils se rendent eux-mêmes parties;' quand ils se font un point d'honneur d'humilier des gens que Dieu a élevés; quand ils mettent {sic) que la vengeance à la place de la raison, de la religion et de la justice, il n'y a qu'à prendre patience et tâcher d'honorer l'épiscopat par nous-mêmes, lorsqu'on cherche d'ailleurs à le déshonorer par des ressentiments affectés. Il faut finir comme vous pourrez, et ôter à ces Messieurs l'occasion de se servir de moi pour faire de la peine à tous mes

(1) Ces doux dernières lignes manquent dans Ducreux. — « Rescription, terme qui se dit en parlant de finance, et qui signifie une ordonnance pour payer une somme qui a été assigriée à quelque personne. » (Richelet, Dictionnaire français. Rouen, 1719, 2 vol. in-fo.) — « Synonyme de l'effet de commerce nommé mandat. •» [Dictionnaire de Littré.)

confrères. Vous avez sans doute reçu ma dernière lettre. Je vous attends, et suis de tout mon cœur (1)....

Lettre à M. d'Aldeguier, imprimée dans les Œuvres complètes de Fléchier, vol. X, p. 332.

M. l'abbé de Nobilé (2), Monsieur, que j'avois chargé de la poursuite de mon affaire dans votre parlement, m'a fait connoître les bonnes intentions que vous avez eues de me rendre et de me procurer même la justice, que

(1) Lettre publiée par M. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 406. — « Jean-Baptiste de Nobilé, prêtre, issu d'une famille italienne établie à Pernes, dès le commencement du dix-septième siècle, naquit dans cette ville, vers 1668, de Balthazar- Antoine de Nobilé et de Marie Dallin, de Bollène. Sa sœur Elisabeth, ayant épousé un des frères de l'illustre Flécbier (1), celui-ci l'attira à Nîmes, lui donna une place dans son chapitre, et le nomma grand archidiacre (2). Après la mort de ce prélat, Nobilé, devenu l'objet de quelques tracasseries, se rendit à Rome où Févêque de Sisteron, Lafitau, à qui étaient confiées les affaires de France, le prit avec lui et l'employa. Il fut ensuite longtemps directeur de la maison de Saint-Louis (3). Ses talents pour la prédication, tant en français qu'en italien, lui. acquirent une certaine réputation... Chargé d'années, et affligé de la goutte, il quitta l'Italie après quatorze ans de séjour, et se retira, en 1739, à Pernes, où il décéda le 16 mars 1741. » (Barjavel, Dictionnaire de Vaucluse, vol. II, article : Nobilé).

(2) Dans l'imprimé, la lettre est sans date et sans indication d'année; mais elle est évidemment du mois de mars 1708, lorsque Fléchier eut définitivement perdu le procès qu'il avait au parlement de Toulouse. — Ducreux ne donne pas le nom de M. de Nobilé : nous le rétablissons, parce qu'il est manifeste qu'il s'agit de lui.

(1) C'était Philippe Fléchier. (Voy. plus haut, p. 274.)

(2) Eu 1709, nous dit Giberti : Histoire manuscrite de Pernes.

(3) Il s'agit de Saint-Louis des Français, à Rome.

j'avois lieu d'attendre de tout juge aussi peu prévenu et aussi équitable que vous. J'ai toujours honoré la magistrature, et j'étois persuadé que les magistrats honoroient de même l'Episcopat, et que la Justice et la Religion s'entraidoient ensemble. Vous avez agi, Monsieur, et vous avez parlé dans vos avis sur ce principe, comme sur beaucoup d'autres (1). Dès que vous êtes devenu mon juge, vous ne vous êtes plus regardé comme ma partie ; vous n'avez pas cru que ce fût un honneur pour vous d'humilier les évêques, et vous avez soutenu les droits et les bienséances de la dignité, sans vous arrêter à je ne sais quels mécontentements qui ne me regardoient point, et qui étoient étrangers à mon affaire. Je sais la bonté que ces Messieurs ont eue de dire du bien de moi en me condamnant. Je mérite moins les louanges qu'ils m'ont données que la justice ou la grâce qulls pouvoient me faire. Agréez donc que je vous fasse ici mes remercîments, et que je vous assure qu'on ne peut être avec plus de reconnoissance, ni plus parfaitement que je le suis, Monsieur, votre...

Quelle qu'ait été l'issue de ce long procès, il paraît que Fléchier put conserver à M. de Nobilé une place de chanoine. Vers la fin de 1709, l'évêque de Nîmes se trouvait à Montpellier, pour la tenue des États de Languedoc. « L'abbé de Nobilé, raconte M. Delacroix, page 623, se trouvait aussi à Montpellier avec le prélat. Il paraît que la faveur dont nous avons vu que ce bon chanoine était l'objet de la part

(i) Ducreux met : comme beaucoup d'autres, ce que nous ne comprenons pas.

de son illustre parent (1) et ami, ne lui fut jamais bien pardonnée à Nîmes ; et que Fléchier, à la veille de sa mort, avait encore à gémir de certaines susceptibilités à cet endroit; c'est ce qui nous semble percer dans une lettre qu'il écrit de Montpellier à son grand vicaire, l'abbé Robert, relativement à l'assemblée provinciale qui devait avoir lieu en cette ville, le 14 janvier 1710 » :

... Comme il est nécessaire de tenir les assemblées diocésaines, pour députer un ecclésiastique du second ordre à la provinciale, vous pourrez, en mon absence, convoquer celle de Nîmes, quand vous le jugerez à propos, une de ces fêtes prochaines.

Je crois qu'il convient de députer M. de Nobilé. Il se trouve tout porté ici... cela ne vaut pas la peine d'en faire venir un autre. Je ne sache pas qu'aucun ait le droit de s'attribuer cette députation, comme je vois qu'on se l'imagine... (2).

(1) M. de Nobilé n'était réellement pas parent de Fléchier; seulement, sa sœur, Elisabeth de Nobilé, avait épousé Philippe, le frère de l'évêque de Nîmes.

(2) Lettre du 20 décembre 1709; inédite : communiquée à M. Delacroix par M. Tabbé de Cabrières, aujourd'hui évêque de Montpellier. A la mort de Fléchier, arrivée le 16 février 1710, M. de Nobilé fut en butte à une multitude de tracasseries; il quitta Nîmes, et se retira à Rome. (Voy. plus haut, p. 328.) — Nous aurions bien voulu publier le jugement rendu à Toulouse contre Fléchier, jugement qui doit se trouver dans les archives de l'ancien parlement de Languedoc. Dans ce but, nous avons écrit à l'Archiviste de la Haute-Garonne, à Toulouse; notre lettre est restée sans réponse.

LEÎTRES DE FLÉCHIER A HUE T. (Voy. p. lAS.

M. Cosson, que M. le duc de Montausier a toujours protégé, et qui aura l'honneur de vous rendre ce billet, m'a prié de lui obtenir de vous, Monsieur, une recommandation auprès de M. Léonard (1). Il y a quelque temps qu'il est employé à la correction en l'imprimerie de M. Lecointe, dont M. Léonard est le maître, et il souhaiteroit d'être continué dans cet emploi, qui, tout petit qu'il est, ne laisse pas d'être brigué. Je vous prie. Monsieur, en considération et de son mérite, et de l'attachement qu'il a à M. le duc de Montausier, et, si j'ose le dire, à ma sollicitation, de lui rendre ce bon office, et surtout de croire que je suis plus que personne... (2).

(1) C'était l'imprimeur principalement chargé de la publication des éditions Adusum Delphini. Montausier en parle dans plusieurs de ses lettres à Huet.

(2) Correspondance de Huet, Bibl. nationale, n» 15188, département des manuscrits; 3 vol. in-S". Ces trois volumes ne sont qu'une copie faite par un amateur normand, Léchaudé Danisy. « En 1859, la bibliothèque acheta 170 volumes ou portefeuilles choisis dans le cabinet de cet antiquaire. Ils étaient surtout composés de documents relatifs à la basse Normandie, et à la vie et aux ouvrages de Huet, évèque d'Avranches. » {Inventaire

A Lavaur, ce 12 septembre (I).

Je suis si persuadé de la bonté de votre cœur, que je prends le compliment que vous me faites sur ma nomination à l'évêché de Nismes, non pas comme un devoir de

des manuscrits français de la bibliothèque nationale, par Léopold Delisle. Paris, Champion, 2 vol. in-S».) — Cette correspondance comprend un quatrième volume, composé des diverses lettres autographes de Huet. M. C. Henry, dans le volume dont nous avons déjà parlé, p. 202 (1), a publié huit lettres de Fléchier, extraites de la Correspondance de Huet. La plupart sont fort intéressantes; malheureusement plusieurs étaient déjà imprimées depuis longtemps. La première : « Ce n'est pas sans confusion que je vous envoie ce petit poème... » se trouve dans les Œuvres complètes de Fléchier, vol. X, p. 20; édit. Ducreux. Paris, 1782. (Voy. plus haut, p. 142.) — La deuxième : « Je vous envoie un petit poème de ma façon sur la naissance de monseigneur le Dauphin...» se trouve aussi dans les Œuvres complètes de Fléchier, vol. X, p. 21. (Voy. plus haut, p. 145.) — La cinquième, dans laquelle il s'excuse de ne pouvoir faire l'oraison funèbre de ii™" de Malnoue, avait été citée en partie par M. l'abbé Delacroix. (Histoire de Fléchier, p. 169, 1 vol. in-8°. Paris, 1865.) Mais ici, nous avons à notre tour une rectification à faire. P. 149, note 1, nous avons indiqué cette lettre de Fléchier à Huet, comme à peu près inédite ; elle se trouve dans le volume de M. C. Henry, p. 9.x — La huitième, dans laquelle Fléchier annonce à Huet qu'il lui envoie l'oraison funèbre de la Dauphine et celle de Montausier, se trouve dans les Œuvres complètes, vol. X, p. 57.

(1) La lettre de remercîment de Fléchier au roi, est datée du 27 août 1687. [Œuv. compl. de Fléchier, vol. X, p. 53; édit. Ducreux.) — Sa réponse à M. de Nobilé, sur ce sujet, est datée de Lavaur, le 14 septembre 1687. (Œuv. compl., p. 53.) — La réponse de Fléchier à Huet est donc du 12 septembre 1687.

(1) Un érudit, hoonme du •inonde, homme d'Église, liomme de cour, (1630-17211, lettres médites de M""^ de la Fayette, de M"'° Dacier, de Bossuet, de Fléchier, de Fénelon, extraites de la Correspondance de Huet, par C. Henry. Paris, Hachette, 1879.

bienséance, mais comme office d'ancienne et sincère amitié. Je dois regarder avec reconnoissance et avec respect cette marque d'estime et de considération que le roi a bien voulu me donner en cette circonstance ; mais je dois craindre aussi la difficulté du travail où l'on m^engage. J'avois dessein d'aller faire un voyage à Paris, où j'aurois eu le plaisir de jouir, au moins quelque temps, de cette conversation si douce et si savante, dont j'ai si souvent profité ; mais je ne vois pas d'apparence d'être libre aussitôt que je l'aurois été ici, et il faut me réduire aux assurances que je vous donne d'être partout où je serai, Monseigneur, avec le même respect... (1)

L'abbé Fléghier, n. év. de Nismes.

(I) Publiée par M. G. Henry : Un érudit, homme du momie, homme d'Église, homme de cour, p. 98.

LETTRE DE CHAPELAIN A FLÉCHIE R. (Voy. p. 129.)

Monsieur Fléchiei\ prédicateur du roy, à Clermont, en Auvergne.

Monsieur,

Votre lettre du 26 janvier m'a donné plus d'une joie au milieu des infirmités qui continuent à me travailler. Elle m'a ôté la peine où j'étois, si celle que je vous avois écrite, il y a deux mois, ne vous avoit été rendue, ou si quelque indisposition vous avoit empêché de m'en accuser la réception. J'y ai vu avec plaisir que mes offices et ceux de M. Perrault (1) vous y avoient trouvé sensible à votre ordinaire, et bien que nous n'en exigeassions point de ressentiment, il m'a toujours été fort

(1) Charles Perrault (1628-1703), l'auteur populaire des Contes de Fées, qu'on lit encore. En 1662, Perrault fit la description du carrousel donné par Louis XIV, description qui fut imprimée avec de belles gravures dans un volume in-folio, qui est à la Bibliothèque nationale. Peu de temps après, Fléchier avait traduit en prose latine le texte de Perrault. On trouve aussi cet

doux que vous ayez fait en cela ce que je n'aurois pas manqué de faire, si j'avois été servi aussi noblement que vous.

J'ai eu encore un fort grand sujet de contentement dans la lecture de votre poème latin sur la justice des Grmids- Jours^ qui est, sans contredit, l'un de vos meilleurs, bien qu'il ne sorte rien que d'excellent de vous. Il n'eût été que bon, au reste, de m'en envoyer plus d'une copie, pour faire souvenir de vous où vous savez, et tenir toujours votre nom et vos talents en considération sur des fondements aussi solides que ceux-là. A quoi. Monsieur, ne serviroit pas peu encore quelque autre ouvrage latin ou françois sur la nouvelle largesse du roy, dans la liberté qu'il a procurée, par la terreur de ses armes et par l'effusion de ses trésors, aux chrétiens captifs en Barbarie, qu'on n'attend que l'heure de voir revenir délivrés par Sa Majesté, à meilleur compte qu'aucun autre prince n'a racheté les siens. Vous pourriez aussi relever la gloire du roy, par l'effet que ses forces maritimes ont produit sur le cœur de ces fameux pirates, en les forçant à convenir d'une paix fidèle, pour laisser exercer désormais sans trouble et sans crainte le commerce par nos marchands. Vous y songerez cependant.

Je vous dirai que M. Perrault a reçu votre compliment de la meilleure sorte du monde, et qu'il vous le rend par

exemplaire à la Bibliothèque natiouale. Il est absolument semblable au volume précédent, avec cette différence, toutefois, que le texte est en latin. Flécbier reprit ensuite ce travail, et en tira son remarquable poème latin du Carrousel; qui a été inséré dans ses Œuvres complètes.

moi avec beaucoup d'affection. Faites en récompense les miens tendres et sincères à M. et M""" de Caumartin, qui sont toujours présents à mon souvenir, et qui n'ont personne qui soit plus rempli de leur vertu que moy, ni qui ait de plus véritable passion pour leur service.

A Paris, ce 11 février 1666 (1).

(1) Manuscrit de Chapelain; Bibliothèque nationale, vol, IV de la Correspondance, n" 1888.

LETTRE INÉDITE DÛ P. DE LA RUE A HUET. (Voy. p. iSll.)

A Paris, 7 juin 1705. Le P. de La Rue (1) à l'ancien évêque d' Avranches .

Monseigneur, il vous plaît de vous divertir aux dépens de votre fidèle homme lige et très humble serf, et d'ajouter ce plaisir à tous ceux que vous goûtez dans votre aimable solitude. Je suis heureux de pouvoir contribuer au moins de cette sorte, quoique à mes dépens. Je ne songe pas même à me défendre des reproches que vous me faites, si ce n'est à l'égard de la Piicelle de M. Chapelain. Je vous avois promis, dès le mois d'avril, Monseigneur, d'écrire à M. l'évêque de Nismes, pour lui demander en vostre nom communication ou ' copie de l'auteur. 11 me répondit sur ce qui regardoit mon retarde-

(1) Charles de La Rue, né à Paris, en 1643, mort en 1725. On a de lui un Recueil de sermons, 4 vol. in-8°; des Panégyriques et Oraisons funèbres, 4 vol. in-8"; Carminum libri IV, 1668. C'est à lui que l'on doit l'édition de Virgile, dans la collection Ad usum Delphini.

ment à lui envoyer l'oraison funèbre de M. de Meaux, et m'en demandoit quelques exemplaires, sans me répondre un seul mot sur l'article du manuscrit.

Ce silence m'obligea à lui récrire sur ce sujet, en lui envoyant, par une occasion, les exemplaires qu'il souhaitoit. Vostre lettre du 4 juin est parvenue dans cet intervalle. C'est depuis quelques jours que j'ai reçu la réponse ci-jointe (1), qui vous fera, Monseigneur, apparoir de ma ma diligence et des sentiments qu'il a pour vous. Vous verrez qu'il ne donne pas dans la proposition de la copie ; cela, joint à l'oubli de cet article dans sa première lettre qui étoit du 5 mai, me fait croire qu'à moins d'un voyage de Nismes à Paris, il ne faut pas compter d'avoir pièce de cet ouvrage.

Vous verrez, par ce qu'il en dit, que les sentiments qu'il en a, sont conformes à ce que je vous en disois. Faites-moi savoir si vous souhaitez que j'insiste sur la copie, et si vous jugez à propos de lui écrire un mot, par rapport à ce qu'il me charge de vous dire : je ne manquerai pas de le lui faire tenir incessamment.

Je ne vous dirai point de nouvelles. Le départ de l'armée de Malboroug, et la découverte de la conspiration d'Espagne, sont tout ce que nous avons de meilleur. On ne compte point sur le siège de Turin, au moins tant que le prince Eugène sera sur la frontière. Le roi se porte assez bien. La flotte ennemie a souffert en faisant route.

Toutes vos chambres voisines de la nôtre (2) sont

(1) La réponse de Fléchier au P. de La Rue se trouve vol. X, p. 200; édit. Ducreux.

(2) L'appartement qu'on venait de préparer à Huet, chez les

achevces, et nous n'entendons plus coigner. L'assemblée du clergé est tout occupée aux discussions pécuniaires. Elle ne sera pas si docte que celle de 1700. Croyez, Monseigneur, que si je me souviens du lieu de votre solitude avec plaisir, le souvenir du maître est tout autrement gravé dans mon cœur, et que je serai toute ma vie, avec un parfait dévouement, votre. . .

P. DE La Rue, J.

Je rouvre ma lettre pour vous dire que l'on fait le siège de Ghivas; qu'aux approches de la place, le jeune prince d'Elbeuf, fils unique du duc, a été tué (1). G'étoit le plus accompli prince de tous les Lorrains. Gommercy Vaudemont, Elbeuf, voilà trois branches coupées (2).

Jésuites de la rue Saint-Antoine. Les Jésuites occupaient alors les bâtiments actuels du lycée Gharlemagne.

(1) Tué pendant la guerre de la succession d'Espagne, le 25 juin 1705, d'après Saint-Simon, qui raconte comment il périt. (Voy. Mémoires de Saint-Simon, vol. III, p. 193; édit. de M. Ghéruel. Paris, L. Hachette; 13 vol. in-12.) — Ghivas, dont le duc de Vendôme faisait alors le siège, et que les Italiens appellent Chivasso, est une petite ville d'Italie, à peu de distance de Turin.

(2) Correspondance de Huet, vol. I, p. 337. Lettre inédite; Bibl. nationale, n" 15188, départ, des manuscrits; 4 vol. in-8».

LETTRE DE GONRART A HUET. (Voy. p. 123.)

Mercredi 21 août 1667.

Je suis honteux, Monsieur, d'avoir gardé si longtemps votre manuscrit ; ma mauvaise santé et mon peu de loisir en ont été cause, et vous savez, d'ailleurs, que ce n'est pas une pièce à lire en courant, mais qu'elle est digne d'une application particulière. J'y ai admiré votre profonde et exacte érudition, et mon ignorance m'a fait cent fois dépit en cette rencontre, parce qu'elle m'empêchoit de bien voir toute la force des passages que je n'entendois pas. Je n'ai pas laissé d'y reconnoître la vérité de la louange que vous donnoit cet illustre, je ne sais si je dois dire ami ou adversaire, que vous combattez si rudement. Il disoit souvent qu'il ne connoissoit point d'homme de votre âge, qui eût un savoir plus vaste ni plus universel que le vôtre (1); et vous savez qu'il étoit capable d'en juger.

Cependant, Monsieur, quelque satisfaction que j'aie

(J) Huet, qui était né en 1630, n'avait que trente-sept ans, lorsque Gonrart faisait ainsi son éloge.

eue à voir dans ce laborieux ouvrage combien vous êtes digne de cet éloge et du rang que vous tenez parmi les plus doctes de notre siècle, je ne vous cèlerai point que j'ai lu avec regret et avec douleur tant de choses, qui ont blessé et déchiré une des. plus belles amitiés qui fût jamais, et qui méritoit d'être éternelle. Je n'entre point dans la question qui causa votre dispute, parce qu'elle n'est pas à ma portée; mais j'oserai bien dire qu'elle ne devoit pas aller si loin, et qu'il eût suffi, d'un côté, de vous avertir en particulier de l'omission que vous aviez faite en copiant ; et, de l'autre, que vous eussiez suppléé de bonne foi ce qui avoit été omis. Au lieu de cela, les choses se sont divulguées, les esprits se sont aigris, les picoteries ont attiré des reproches, et les reproches des injures ; et tout cela a fait brèche à deux cœurs les mieux unis du monde, et a affligé les amis communs. Je voudrois que vous vous fussiez souvenu, dès l'entrée de votre lettre, de la période qui la termine; vos railleries eussent été moins piquantes, ' et l'ironie n'eût pas régné dans tout votre discours, en parlant à un homme que l'âge, le savoir, la bonté naturelle et l'amitié cordiale vous rendoient vénérable, de votre aveu même. Mais puisque cela n'a pas été, et que la mort lui a imposé silence, je crois que vous vous l'imposerez aussi à vous-même, et que vous donnerez à la mémoire de ce grand personnage la paix que vous ne lui avez pu donner pendant sa vie (1). Mon sentiment est

(I) « Huet et Bochart avaient eu, le 16 mai 1667, dans une séance de l'Académie de Gaen, une discussion qui dégénéra en dispute très vive, .et qui roulait sur je ne sais quel point d'érudition fort peu important aujourd'hui, et même alors. L'alterca-

aussi que ceux qui sont les dépositaires de ses papiers doivent supprimer tous ceux qui concernent votre différend, afin qu'il n'en soit jamais parlé, et que la postérité sache seulement que vous avez été tous deux célèbres entre les gens de lettres, et tous deux intimes amis. C'est ce que je souhaite, Monsieur, et que vous me fassiez toujours la faveur de me croire (1)

tion fut si violente des deux côtés, que Bochart, dont la santé étoit depuis quelques temps altérée par l'état de dépérissement et de langueur où il voyoit sa fille unique qu'il aimoit tendrement, se sentit, au fort de la querelle, frappé d'un coup d'apoplexie, dont il mourut à l'instant même, au milieu de ses confrères. Quelques mois après, Huet, qui croyoit avoir le bon droit de son côté, et qui ne pensoit pas que la mort de Bochart fit rien au fond de la question, se mit à la traiter de nouveau, dans une dissertation qu'il envoya manuscrite à Gonrart. La réponse de celui-ci nous semble un modèle de toutes les bienséances. » (Note du manuscrit de Huet.) — Cette querelle eut lieu à l'occasion des Commentaires d'Origène, dont Huet préparait la publication. Bochart avait accusé l'irascible Normand d'avoir falsifié Origène. (Voy. Mémoires de Huet, p. 97, édit. de M. Ch. Nisard.) L'ouvrage de Huet, Origenis commentaria, parut en 1668, 2 vol. in-f".

(1) Lettre inédite; Correspondance de Huet, Bibl. nationale, vol. I, p. 70.

- LETTRE'S DE M""" DAGIER A HUET (1). (VOV. p. 196.)

A Paris, ce 19 mai 1680.

N'ayant pu avoir le bonheur de présenter mon livre avant votre départ, je n'ai presque pas pu entretenir M. le duc de Montausier de ce qui regarde la rétribution que j'en dois avoir. Gomme je sais que vous avez de la bonté pour moi, je prends la liberté de vous supplier très humblement de vouloir lui écrire un mot en ma faveur, et pour presser cette rétribution, et pour faire que je sois payée plus largement que par le passé. Vous m'avez fait la grâce de me promettre de représenter à M. de Montausier, que ce sont deux auteurs (2), et je suis persuadée, Monsieur,

(1) Aime Lefèvre, tille du savaut et lionnète Tanneguy-Lefèvre, naquit à Saumur en 1654, et mourut en 1720. Aussi savante que son père, elle épousa, en 1683, André Dacier, l'uu des collaborateurs de Huet pour les éditions Ad usum Delphini, et plus tard secrétaire perpétuel de l'Académie française. Basnage appela plaisamment ce mariage, le mariage du grec avec le latin. M'^e Dacier a publié, dans la collection des éditions du Dauphin, Aurelius Victor, Florus, Eutrope, Dictys de Crète et Dqrès le Phrygien.

(2) M"'e Dacier parle sans doute ici de son édition de Dictys de Crète et de Darès, auteurs qui ordinairement sont réunis en-

que si vous avez la bonté de le faire, je serai payée sur ce pied-là. Je vous assure que s'il en étoit autrement, je ne saurois que faire, et que je n'aurois pas de quoi payer la moitié de la dépense qu'il m'a fallu faire en attendant l'impression de cet ouvrage.

C'est ce que je vous conjure de vouloir bien représenter à M. de Montausier, comme aussi qu'il me faudra venir ici sur mes coffres (1) pour faire imprimer Aurel. Victor (2).

J'espère que vous m'accorderez cette faveur; mais, au nom de Dieu, Monsieur, accordez-la-moi promptement, et me pardonnez l'embarras que je vous donne (3) .

A Paris, le 6 juillet 1680.

Il y a déjà quelque temps que j'ai touché une rétribution et que, par conséquent, je devrois vous avoir rendu grâces de vos bons offices. Car, quoique cette récompense ne

semble. C'est en effet en 1680 qu'Anne Lefèvre publia les deux ouvrages.

(1) C'est-à-dire à ses dépens.

(2) Sextus Aurelius Victor, historien latin, qui vivait vers le milieu du quatrième siècle. On a de lui : Origo gentis romanse, en 34 chapitres; De Yiris illustribus Romœ, en 18 chapitres, depuis Auguste jusqu'à Julien; Le Csesaribus, courtes biographies des empereurs, depuis Auguste jusqu'à Constance. — L'ouvrage parut en 1681.

(3) Ces quelques lettres viennent d'être publiées par M. C. Henry : Un érudit, p. 40 et suiv.; il y en a sept.- Nous les insérons ici, d'abord parce qu'elles sont encore peu connues ; ensuite, afin qu'on puisse juger de la lourde prose de M'"'^ Dacier, et de la part importante de Montausier dans la publication des éditions Ad iisum Delphini. M'"<> Dacier n'écrit pas une seule lettre à Huet, sans parler de Montausier.

m'ait pas fort enrichie, cela n'a pas empêché que je ne l'aie reçue avec toute la reconnoissance que je dois, et que je ne sois persuadée que j'en dois une bonne partie à vos sollicitations.

Au reste, outre les 2,000 livres qui m'ont été ordonnées, j'ai encore eu 10 pistoles (1) sur les 900 livres que M. de Montausier a fait ordonner pour l'imprimeur, à qui je n'en ai donné que 800, suivant ce que vous lui aviez promis, et le traité qu'il avoit fait avec moi. Je crois que M. de Montausier ne sera pas fâché que j'aie eu cette petite douceur, le libraire gagnant assez, aussi est-il le plus content du monde. Je quitte la maison où je suis, et je m'approche de la vôtre; je souhaite de vous y voir bientôt, et de vous y pouvoir assurer que je suis...

A Paris, ce 31 mai 1681.

Je n'avois garde. Monsieur, de faire imprimer ma préface, sans savoir comment vous la trouviez, et sans avoir reçu les remarques que je vous avois prié d'y faire. Je connoissois trop le besoin qu'elle avoit que vous vous donnassiez cette peine, et l'avantage qu'il y a de soumettre ses ouvrages à un jugement fin et délicat comme le vôtre. Je vous rends donc très humbles grâces de vos bons avis, et de la manière dont vous me les donnez ; et je vous puis protester, Monsieur, que les marques pubhques que j'ai

(1) « Terme de compte qui se disait de 10 livres tournois, et qui se dit aujourd'hui de 10 francs. » (Littré, Dictionnaire de la langue française.)

données de la parfaite estime que je fais de votre mérite ne sont qu'mi crayon de ce que je pense,

Vous voulez bien que je vous dise que Victor est presque achevé d'imprimer, et que je vous fasse souvenir que vous m'aviez promis d'écrire en ma faveur à M. le duc de Montausier. Il est temps, s'il vous plaît, de me faire cette grâce. Je vous prie donc de vouloir bien lui mander que c'est vous-même qui avez fait le marché de Dictys et de Victor, et que M. Rouiand a eu 900 livres pour ce premier. C'est sur cela que j'ai entrepris de faire les avances de l'impression. La règle d'un louis d'or par feuille n'a été faite, que longtemps depuis le marché de ces deux livres, que M. de Montausier a approuvé. Si l'on me payoit selon cette règle, je ferois une perte considérable qui m'incommoderoit extrêmement, et il y auroit bien de l'injustice de me traiter moins favorablement qu'un imprimeur. M. de Montausier est équitable, et vous avez trop de bonté pour moi ; je suis donc persuadée que vous lui représenterez toutes ces choses, et je me repose entièrement sur votre sollicitude. Je vous prie aussi de parler de rindice {\) que j'ai fait à Victor, et d'avoir la bonté de m'en faire payer, et de représenter à M. de Montausier, que j'ai besoin de retirer l'argent que j'ai avancé. Je vous demande mille pardons, Monsieur, de la liberté que je prends. Je suis avec beaucoup de respect votre...

(1) Dans le sens d'index, la table qu'on met à la fin d'un livre.

A Paris, ce 27 dojaillel 1081.

J'ai enfin mon privilège, et jeudi dernier, je portai Victor à la cour; mais, Monsieur, je m'aperçus bien que vous n'y étiez pas, et je n'ai jamais mieux connu ce que vaut la protection d'un ami tel que vous. M. le duc de Montausier n'entendit point mes raisons sur l'impression de cet auteur, et, si vous n'avez la bonté de lui écrire encore en ma faveur, je suis à la veille de faire une perte qui m'incommodera extrêmement. Je vous supplie donc, Monsieur, de vouloir lui représenter de nouveau l'injustice qu'il y auroit à me traiter plus mal qu'un imprimeur, et de le faire souvenir que c'est un marché que vous avez fait, et qu'il a approuvé, puisqu'il a fait payer M. Rouland sur ce pied-là. Mais j'ai" déjà pris la liberté de vous dire toutes ces choses ; il n'est donc pas nécessaire de vous en dire davantage aujourd'hui. Je vous prie, au nom de Dieu, de me faire la grâce d'écrire à M. de Montausier au plus tôt, et lettre vue, si cela se peut, afin que votre lettre arrive avant qu'il ait parlé à M. Colbert. M. Destancheau m'a promis de faire tout son possible pour empêcher qu'il ne lui parle avant qu'il ait reçu votre lettre. Faites-moi donc cette grâce, et soyez bien persuadé, Monsieur, que vous n'obligerez jamais personne qui soit...

A Paris, ce 14 d'août 1681.

Je suis bien persuadée, Monsieur, que vous avez de la l)onté pour moi, et que mes intérêts ne vous sont pas in-

différents. C'est ce qui m'a fait prendre la liberté de vous prier de vouloir bien solliciter pour moi M. le duc de Montausier. Vous l'avez fait, Monsieur, et, quoique je croie bien que je ne gagnerai pas ma cause, je vous ai pourtant toute l'obligation imaginable, et vous rends très humbles grâces de votre sollicitation et de la peine que vous avez bien voulu prendre pour moi. Cette petite disgrâce me rendra plus soigneuse à l'avenir ; elle me fait voir qu'il ne faut pas s'appuyer si fort sur la justice des choses ni sur les apparences, et qu'il n'y a point d'affaires à quoi l'on ne doive apporter toutes les précautions. Quoique cette perte m'incommode extrêmement, je ne puis pourtant me repentir d'avoir entrepris cette impression (1). De tous les livres qu'on a faits pour Mgr le Dauphin, il n'y en a guère de si bien imprimé que Victo?\ et j'ai bien de l'impatience que vous l'ayez vu. Je crois que vous en serez satisfait, et je voudrois bien que vous puissiez l'être autant de ce que j'y ai fait. J'en serois, je vous assure, extrêmement glorieuse, car il n'y a point d'approbation que je souhaite si passionnément que la vôtre. Je vous prie, Monsieur, d'être persuadé...

A Paris, ce 25 septembre 4681.

Il n'étoit pas nécessaire. Monsieur, de me mander la réponse de M. de Montausier ; il y a longtemps que je vous

(1) L'intrépide solliciteuse ne voulait pas se contenter d'un louis d'or par feuille; cette fois, paraît-il, M. de Montausier résistait quelque peu à ses réclamations incessantes. (Voy. un peu plus haut la lettre qu'elle écrivait le 31 mai 1681.)

suis très sensiblement obligée de votre sollicitation, et je vous prie de croire que lorsque je vous ai rendu grâces, c'étoit du meilleur de mon cœur, et après avoir été persuadée de toutes les peines que vous avez bien voulu prendre pour moi. Continuez-moi vos bontés, je vous prie, et me faites la grâce de ne douter jamais de ma reconnoissance.

M. Dacier m'a fait voir la belle ode que vous lui avez envoyée; je vous remercie de la part que vous m'avez donnée à ce présent. Si Aunay est aussi beau que les vers qu'il vous inspire, je ne m'étonne pas que vous y alliez passer les deux tiers de l'année, et que vous abandonniez Paris pour lui (1). En vérité, je n'ai jamais rien vu de si charmant que cette ode, et la description que fait Horace de son Tivoli, n'a garde d'être aussi belle que celle que vous faites d' Aunay (2). Quelque plaisir, néanmoins, que j'éprouve à lire. les belles choses que vous faites dans cet agréable désert, je ne laisse pas d'être fâchée que vous les y fassiez ; car cela nous fait voir que vous vous y plaisez fort, et que nous devons appréhender que doré-

(1) « Aunay, abbaye de France, en Normandie, dans le Bocage, canton le plus riant de la basse Normandie. Elle est de Tordre de Gîteaux, et non de l'ordre de Saint-Augustin, comme le dit dom Beaunier. » [Dictionnaire de la Martinière, 6 Yol. in f°, Paris, 1768.) — Huet, qui avait été pourvu de cette abbaye, dont il parle souvent dans ses Mémoires, y composa son livre intitulé : Quœstiones Alnetanœ, imprimé à Caen, in^", 1690. — Cette localité est désignée aujourd'hui sous le nom d'Aunaysous-Odon; c'est un chef-lieu de canton de 1800 habitants, départ, du Calvados.

('i) La future M^e Dacier ne garde pas plus de mesure dans ses éloges que dans ses réclamations.

navant nous ne vous verrons plus ici, que lorsque la mauvaise saison vous obligera d'y revenir. Souvenez-vous pourtant que les muses se plaisent extrêmement dans votre belle bibliothèque. Revenez donc, et ne les en privez pas davantage; mais surtout. Monsieur, croyez bien, je vous prie, que je suis avec beaucoup de respect (1)...

(1) Correspondance de Euet, Bibl. nationale, vol. I, p. 125 et suiv.

LETTRES INÉDITES DE MÉNAGE (1) A HUET. (Vov. p. 195.)

Voici im fragment de lettre que nous citons, à cause du détail qu'il renferme, et qui honore infiniment celui auquel il se rapporte.

A Paris, ce 9 octobre 1661.

... Le Lucrèce de Tanaquillus Faber est ici public; il l'a dédié à M. Pellisson (2). Cette action me paroit de

(1) Gilles Ménage, né à Angers, en 1603, mourut à Paris en 1692. En 1650, il publia ses Origines de la langue française, in^"; il y joignit une satire coatre l'Académie, la Requête des dictionnaires; Observations sur les poésies de Malherbe, 1666, in-8°; Origini délia lingua Italiana, 1669, in-4<'; son édition de Laërce, 1663; Observations sur la langue française, 1673-1676, 2 vol. in-12; Histoire de Sablé, 1682, in-4°; Anti-Baillet, 1690, 2. vol. ia-12; Mulierum philosopharum historia, 1690; un recueil de poésies latines et françaises; le Menagiana, 1693, in-12» On sait que Molière s'est moqué de lui dans les Femmes savantes, et l'a mis sur la scène sous le nom de Vadius.

(2) « Tanneguy-Lefèvre, en dédiant son livre à Pellisson malheureux et captif, faisoit à la fois acte de courage et de reconnoissance. Pellisson l'avoit fait exempter de toute imposition, et lui faisoit, de plus, une pension de 300 livres, qu'il

fort bon exemple, et je ne puis vous dire combien j'en aime davantage M. Lefèvre.

A Paris, ce 25 octobre 1662.

Je pense que vous m'avez ouï dire autrefois que j'avois aimé M""" de la Fayette en vers, et M""^ de Sévigné en prose (1). M°"^ de la Fayette m'a obligé de mettre cette pensée en vers, quoiqu'elle ne soit pas à son avantage.

De Parménis, de Timarète, A qui j'ai dit mainte fleurette, On fait cent jugements divers.

Pour moi, je n'en dis qu'une chose :

J'adorai Timarète en vers, Et j'aimai Parménis en prose.

Vous me direz, s'il vous plaît, à votre loisir, si ce sizain peut faire le voyage de Hollande (2) .

touchoit chez Ménage, qui n'avoit été chargé de ce soin, qu'à la condition de taire le nom du bienfaiteur. L'emprisonnement de Pellisson ne lui ayant pas permis de payer le quartier d'octobre. Ménage se crut dispensé du secret envers Lefèvre, qui reconnut, du moins autant qu'il le pouvoit, un service aussi délicatement rendu. » (Note du manuscrit de Huet.)

(1) M™^ de la Fayette et M™'^ de Sévigné avaient été les élèves de Ménage, dans leur jeunesse.

(2) « C'est-à-dire si on peut le joindre aux autres poésies de Ménage, qui s'imprimaient eu Hollande. Il s'y trouve, sous ce titre : Jugement de Parménis et de Timarète; épigramme. » (Note du manuscrit.) — Nous croyons que presque toutes ces lettres de Ménage sont inédites. Mais nous n'osons pas l'affirmer. L'expérience rend prudent, même à l'excès. Nous ne voulons pas nous exposer à une mésaventure toujours désagréable, quand on apprend qu'un document donné pour inédit est déjà imprimé depuis un certain temps.

Lettre sans date (11.

Comme nous avons eu quatre reprises d'hiver, j'ai eu aussi quatre reprises de fluxions. Ma dernière n'a pas été aussi dangereuse que les précédentes, mais elle n'a pas été moins incommode, et c'est ce qui m'a empêché de vous écrire depuis quinze jours. Présentement, je me porte assez bien, et j'espère, avec l'aide du printemps, me tirer d'aff'aire, et voir les premiers raisins mûrs. J'ai fait tenir votre lettre au P. Piapin (2). Pour celle de M. Maindal, vous avez oublié de la mettre dans mon paquet. L'élégie dont vous me parlez est d'un nommé Fléchier (3), précepteur du fils de M. de Caumartin. A propos de M. de Corneille, il fait imprimer sa Sophonisbe (/i), avec une préface, où il répond à la critique que M. d'Aubignac a faite contre lui, au sujet de cette pièce, mais sans le nommer.

(1) Cette lettre a été écrite entre le 24 février 1663 et le 23 mai de la même année. (Voir plus haut, p. 214, note 1.)

(2) René Rapin, né à Tours, en 1621, mourut en 1687. Ses poésies latines ont été publiées en 1681, 2 vol. in-12. De plus, nous avons de lui : Comparaison d'Homère et de Virgile, 1668; de Démosthène et de Cicéron, 1670; de Platon et d'Aristote, 1671 ; Réflexions sur ^éloquence, 1672; Réflexions sur la poétique d'Avistote, 1674; sur la philosophie ancienne et moderne, 1676. Le P. Rapin avait laissé aussi des Mémoires publiés par M. Aubineau, 1866, in-8o.

(3) Voici le titre de cette élégie : Plainte de la France à Rome, sur f insulte faite à son ambassadeur , le 20 d'août 1662, élégie.

(4) Cette tragédie fut représentée en 1663; Œuv. compl. de CorneiVe, vol. IL Paris, Didot, 2 vol. in-4". — Cette date de 1663 nous prouve que la lettre de Ménage est bien de cette année-là, comme nous l'avons dit plus haut.

— 3o8 — M. Bigot a fait aussi imprimer Philo Carpacius sur le Cantique des cantiques (1). 9

Pour moi, je renonce à rien imprimer jamais, tant je suis affligé d'avoir perdu le dixième livre de mon Laërce^ que j'avois envoyé en Angleterre, il y a plus de trois mois (2). Adieu, vive et vale, si me valere et vivere vis. .

A Paris, ce 23 mai 1663.

Allegrezza in casa! ]'^\ retrouvé mes papiers, et cette perte m'affligeoit d'autant plus que, outre le dixième livre, il y a voit six feuilles des neuf premiers livres que je désire qu'on réimprime, à cause de quelques fautes que j'y ai faites, et plusieurs choses que j'y ai changées. J'ai rendu votre lettre en main propre à M. de Montausier. Il l'a fort bien reçue, et il ne manquera pas de vous écrire pour vous en remercier. Vous savez maintenant que M. de Montausier n'est gouverneur de la Normandie que pendant le bas âge du comte de Saint-Paul (3). Je

(1) Emery Bigot, sans doute, savant lielléniste, né à Rouen en 1626, et qui mourut en 1689. En 1680, il publia le texte grec de la Vie de saint Chrysostome, par Palladius. Sa correspondance, dont une partie a été imprimée, est précieuse pour l'histoire littéraire. — Nous ne savons quel est ce Philo Carpacius dont Ménage parle ici.

(2) Diogène Laërce vivait au troisième siècle après J.-C. Son ouvrage, en 10 livres, est intitulé : Des vies, doctrines it apophthegmes des philosophes' célèbres. Sept livres sont consacrés aux philosophes de Flonie et de la Grèce, deux à ceux de l'Italie ; le dixième livre est consacré à Epicure. Ménage publia son Laërce retrouvé, en 1663, 1 vol. in-f», avec commentaires.

(3) Fils du duc de Longueville. Celui-ci mourut le 11 mai 1663. M. de Montausier devait être gouverneur de Normandie, jusqu'à

lui ai promis de l'aller voir à Rouen, et je vous promets aussi de vous aller voir à Caen, aussitôt que M. Pélisson sera hors de la Bastille (1). On continue toujours l'affaire de son patron.

A Paris, ce mardi 14 août (1663) (2).

Je. reçus samedi votre lettre par laquelle vous me demandez de quelle façon je me suis comporté sur le donatif du roi, afin que vous suiviez en cela mon exemple. Je vous le dirai, mais non pas pour vous obliger de faire ce que j'ai fait, ne sachant si j'ai bien oa mal fait. Quand M. du Metz m'eut apporté les deux mille livres de la part du roi, j'en fus remercier quelques jours après M. Golbert, qui me dit qu'il n'avoit aucune part en cela; que le roi, ayant voulu donner des marques de son estime et de sa libéralité aux gens de lettres, il m'avoit trouvé en tête de la liste qu'on lui avoit donnée. Je fis, là-dessus, un second compliment à M. Golbert, et me retirai. Depuis ce temps-là, je l'ai vu deux ou trois fois, sans qu'il m'ait parlé de faire des vers pour le roi, ni sans qu'il m'ait donné un récépissé. Cependant,

ce que le comte de Saint-Paul fût en âge de diriger cette importante province. (Voy. M. Amédée Roux, Montausier et son temps, p. 127 et suiv. et plus haut, p. 195.)

(1) Peliisson, enfermé à la Bastille en décembre 1661, n'en sortit qu'à la fin du mois de janvier 1666, après plus de quatre ans de captivité. (Voy. M. Marcou, Etude sur Peliisson, p. 202 et 250.) — Ménage vint voir Huet à Caen en 1663; voy. plus haut, p. 194.

(2) Le Mémoire de Chapelain, dont nous avons parlé, p. 127, est de 1662; la lettre de Ménage est évidemment de 1668.

j'apprends qu'on a demandé des reçus à plusieurs personnes, comme à MM. de Valois, du Périer, etc. (1) ; et que M. Chapelain leur a dit, de la part de M. Colbert, de faire des vers pour le roi. Pour un récépissé, je suis tout prêt d'en donner un, quand on m'en demandera; mais, pour des vers, je n'en veux point faire absolument en cette occasion ; car, outre que ces remerciements sentent le poète crotté, les louanges ainsi achetées me semblent suspectes et sont mal reçues des lecteurs.

Pour ce qui est de la qualité qu'on donne à M. Colbert, comme il n'a pas celle de surintendant des finances, plusieurs personnes ne le traitent que de Monsieur; mais, comme il en a la fonction, d'autres lui donnent celle de Monseigneur. Il y a quelque temps que je lui rendis une lettre de M. de Gombaud, qui le traitoit de Monseigneur ; M. d'Ablancourt en a usé de même depuis; et si je lui écrivois, je le traiterois de même, surtout dans une •lettre particulière qui ne doit pas être imprimée (2) .

(2) Henri et Adrien de Valois, deux frères. Le premier, né à Paris en 1603, mourut en 1676; le second, né en 1607, mourut en 1692. Henri de ^'alois a publié une édition des Histoires ecclésiastiques d'Eusèbe, de Socrate, de Sozomène, de Théodoret et d'Evagre; Paris, 3 vol. in-f-^; une édition d'Ammien Marcellin, 1636, in-4o. — Adrien de Valois a publié : Gesta Francorum. ■Paris, 1646-1658, 3 vol. in-f^ de l'an 254 à 752 ; Noiitia Galliarum ordine litterarum digesta, 1676, in-f'^. — Charles du Périer, neveu de François du Périer à qui Malherbe adressa des stances célèbres; il mourut en 1692. Il est connu surtout pour ses vers latins; il se vantait d'avoir formé Santeuil, et Ménage l'appelait le prince des poètes lyriques.

(1) Gombauld, de l'Académie française, né en 1570, mort en 1666; on a de lui des poésies françaises fort médiocres : Sonnets, épigrammes; un poème pastoral, Amaranthe (1631), et une tra-

M. de Montaiisier retourne lundi à Rouen, où il m'offre de me mener, et ensuite à Caen. J'attends des nouvelles de Segrais, pour me déterminer (1).

A Paris, ce 17 novembre 1663.

... Je viens à nos discussions sur l'épigramme de Gombaud. De la manière dont vous en parlez, il semble que vous ayez gain de cause, et cependant vous avez été condamné aux dépens et à l'amende, en toutes les juridictions, par vos arbitres Conrart et Rapin, Vos deux autres arbitres, M"° de Scudéry et Pélisson (2), ont prononcé contre vous. M""" de la Fayette, à qui vous vous en êtes rapporté, vous a condamné, et sur votre plaidoyer, comme sur toutes les autres choses généralement qui éloient en contestation entre nous, et cela en présence de M. de Segrais. A l'égard de l'Académie, où vous prétendez que de dix personnes, il y en a eu six pour vous, et quatre seulement pour moi, je vous dirai, premièrement, que je ne m'en suis pas rapporté à l'Académie; en second lieu, qu'il ne faut point compter la voix de M. de Segrais, puisqu'il est partie intéressée

gédie, les Danaides (1658). — Perrot d'Ablaacourt, né en 1606, mort en 1664, membre de l'Académie .française, auteur de ces traductions qui étaient si éloignées du texte, qu'on les appelait les belles infidèles.

(1) Segrais était compatriote de Huet; il naquit à Caen, et mourut en 1701. En 1648, il devint gentilhomme ordinaire de la grande Mademoiselle, et resta près d'elle jusque vers 1672. Gomme Ménage, Segrais était très ami de M™<= de la Fayette.

(2) Quoique enfermé à la Bastille, Pellisson, on le voit, s'intéressait aux débats littéraires de ses amis.

et qu'ainsi les voix sont partagées; en troisième lieu, qu'il ne faut point compter la voix de M. Corneille, qui a fait la même faute que Malherbe, et qui, conséquemment, est récusable; et, en dernier lieu, qu'il n'y a eu que M. de Segrais pour exposer ses raisons, et que vos messieurs n'ont point entendu les miennes. Par là, je suis convaincu que vous êtes le plus opiniâtre des hommes, et, comme dit M. de Montausier, le roi des opiniâtres; j'ajouterai même, si déraisonnable et de si mauvaise foi, que sans le plaisir que j'ai à vous faire condamner, je n'entrerois jamais en aucune contestation avec vous. J'approuve fort, au reste, la pensée que vous avez, d'appeler votre académie l'Académie des opiniâtres, et je vous donne mon suffrage pour en être le dictateur perpétuel.

A Paris, ce 11 juillet 1685.

Je réponds à votre lettre en même temps que je la reçois, étant persuadé que vous avez impatience de savoir ce qui s'est passé entre M. de Montausier et M. le duc d'Uzès, son gendre (1). M. le duc de Montausier vouloit marier M"^ d'Uzès, sa petite-fille, à M. d'Antin, fils de M. et de M"'" de Montespan (2); et le roi, en faveur de ce mariage, avoit promis à M™'' de Montespan de faire revivre, en la personne de M. d'Antin, la duché de Montausier, que M. de Montausier donnoit en mariage à

(1) Le comte de Grussol avait épousé, le 6 mars 1664, Julie de Montausier. (Voy. M. Amédée Roux, p. 136.)

(2) C'était l'unique fils de M. et de M>"e de Montespan; né vers 1665, il mourut en 1736.

sa petite-fille, et de conserver à M. de Montausier, pendant sa vie, les honneurs de la duché. M. d'ÏJzès n'a pas approuvé ce mariage, disant qu'il souhaitoit que son second fils fût duc de Montausier. A cela, M. de Montausier a répondu qu'il le souhaitoit aussi; mais que ni lui, ni M. d'Uzès, n'avoient pas assez de crédit pour obtenir du roi, qu'il fît revivre la duché de Montausier en la personne du second fils de M. d'Uzès. Ce dernier n'a pas approuvé les raisons de M. de Montausier, et il s'est tellement emporté contre lui, qu'il lui a dit qu'il étoit méconnoissant de l'honneur qu'il lui avoit fait d'épouser sa fille. Il est vrai que la maison de Basset, dont est M. d'Uzès, est plus titulée que celle de Sainte-Maure, dont est M. de Montausier; car M. le duc d'Uzès est le sixième duc et pair de père en fils; mais la maison de Sainte-Maure est beaucoup plus ancienne que celle de Basset. M. d'Uzès, d'un autre côté, piquotoit sans cesse M""" d'Uzès, en lui disant : « Madame, vous me regardez toujours de travers. » En un mot, il s'est tellement brouillé avec sa femme et avec son beau-père, qu'il a quitté l'hôtel de Rambouillet (1).

(1) Lettres inédites; Manuscrit de Huet, vol. II, p. 55 et suiv. Voy. sur cette brouille de Montausier avec son gendre, M. Amédée Roux, Montausier et son temps, p. 215. La réconciliation eut lieu le 21 novembre de la même année 1685, réconciliation incomplète, car, le 11 mai 1690, six jours avant la mort de Montausier, nous voyons le duc d'Uzès refuser toute proposition d'accommodement avec la duchesse. (M. Amédée Roux, p. 224.) — Le mariage entre W'^'^ d'Uzès et le marquis d'Antin eut lieu en 1686, comme le désirait Montausier. La noce se fit à rhôtel de Rambouillet. (M. Amédée Roux, p. 218, et M. P. Clément, M"^^ de Montespan et Louis XIV, ch. x.)

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