Ibid., p
5, Ibid.
sont les sentiments que l'abbé Jean met chaque jour, avec l'exemple de son allégresse et de sa résignation Joyeuse, sous les yeux de Félicité de La Mennais qui, toujours souffrant et de l’âme et du corps, s’achemine hésitant encore, vers l'autel.
Ce n’est donc pas pour lui qui les possède en partie déjà,
mais pour son triste et douloureux frère, qu’il demande, avec les prières de Bruté, la résignation et l'amour : « Priez pour moi, écrit-il; demandez surtout au bon Dieu que je me nourrisse de sa volonté, et que continuellement mon cœur répète ce Fiat de résignation, cet Amen d'amour qui est l'éternel cri des anges, et la plus belle prière que nous puissions faire ici-bas !. » Sachons comprendre que la lettre, avant de partir, a passé sous les veux de Félicité; recueillons, recueillons comme il le fit assurément, ces conseils voilés. Il a lu, et Jean-Marie, à sa demande, reprend la plume : « Mon frère veut que je fasse mention de lui, et que je vous dise de sa part mille choses pleines de respect et d'amitié! Ora pro eo el pro me?. » Pro eo, oui, pour Féli surtout! C’est dans une attitude suppliante, à genoux, mains jointes, et le front levé vers le ciel, qu'il convient de fixer aujourd’hui l’image de ce malade dont le corps souffre moins encore que n’est tourmentée son âme.
Étudier pour soi, et simplement pour le plaisir, paraitrait insipide à Jean-Marie de La Mennais, qui sans cesse a l’esprit tourné vers les œuvres. L'étude n’est que le prélude du combat, la lecture, l’arsenal où l’on découvrira ses armes, ou la recherche empressée du point faible de l'adversaire, et ‘des meilleures voies de l’atteindre et d’en triompher. Mais à qui s’attaquera son activité dévorante ? Quel rêve va-t-il former dans cette solitude où la maladie l’attache, et l’éloigne-à la fois du ministère et de l’enseignement ? Quel programme
1. Lettres inédites, etc., publiées par Courcy et LA GOURNERIE, p. 16.
immense de labeur, digne d’éceuper non seulement sa vie, mais celle de son frère del Le 13 novembre 1807, il vient de lire l’article Jacobites de Bergier!. Cette lecture éveille chez lui, en une sorte de crise, l’idée qui va pendant longtemps dominer sa vie et celle de Félicité : il ne songe à rien moins maintenant qu'à provoquer le retour à l’unité ‘dés sectes séparées. [ei encore, Saint-Sulpice est présent, car l’audacieuse et vaste pensée fut celle dont vécut Bossuet. Il faut, en dépit de sa longueur, citer ce texte précieux tout bitiers tel que je Pai retrouvé dans les archives des Frères de l'instruction chrétienne. Par sa date et par son contenu, que de clartés il jettera sur les événements qui vont suivre !
1. Dictionnaire de Théologie, par M. l'abbé BERGIER, chanoine de l'Église de Paris, et confesseur de Monsieur, frère du Roi. Extrait de l'Encyclopédie méthodique, 8 vol. in-8. Liège, t. IV, 1790. (Bibl. nat. D 11819), art Jacobites, pp. 129-134. — « Les Jacobites sont des « hérétiques » Eutychéens ou Monophysites qui n'admettent en J.-C. qu’une seule nature, composée de la divinité et de l'humanité. Cette erreur est commune aux Cophtes d'Égypte, aux Abyssins ou Éthiopiens, aux Syriens du patriarchat d'Antioche, et aux chrétiens du Malabar que l’on nomme chrétiens de Saint- Thomas. » Bergier ajoute à leur sujet : « Pendant les Croisades, lorsque les princes d'Occident eurent conquis la Syrie, les papes nommèrent un patriarche catholique d’Antioche, et les catholiques reprirent, dans cette contrée, l'ascendant sur les Jacobites. Alors ceux-ci témoignèrent quelque envie de se réunir à l’Église romaine; mais ce dessein n’eut aucune suite. Depuis que les Sarrasins ou Turcs sont rentrés en possession de, la Syrie, les Jacobites ont persévéré dans le schisme...
. Cependant plusieurs voyageurs modernes nous assurent que le nombre
des Jacobiles diminue tous les jours, par les progrès que font dans l'Orient les missionnaires catholiques. En 1782, M. Miroudot, évêque de Bagdad, est parvenu à faire élire pour patriarche des Jacobites Syriens, un évêque catholique, qui s'est réconcilié à l’Église romaine avec quatre de ses confrères. Les conversions de ces sectaires seraient plus fréquentes sans les persécutions que les catholiques essuient continuellement de la part des Turcs...» Un peu plus loin, on lit : « Les hérétiques séparés de l'Église romaine depuis douze cens ans, n'ont certainement emprunté d'elle ni leur croyance, ni leurs rites, et ils ne se sont pas avisés, d'un commun consentement, de corrompre leur liturgie pour plaire aux catholiques. Il faut donc que les dogmes, professés dans la liturgie syriaque de saint Jacques, aient été la croyance commune de l’Église universelle en 451, époque du Concile de Chalcédoine, qui a donné lieu au schisme des Jacobites , et il est prouvé d’ailleurs que cette liturgie ancienne étoit celle de l'Église de Jérusalem... C'estdoncen vain que Mosheim, et quelques autres protestans, triomphent de la résistance que les Jacobites syriens ont opposée aux émissaires des papes et aux missionnaires qui ont voulu ramener ces sectaires dans le sein de FRE romaine ; ces efforts n’ont pas été aussi inutiles qu’on le prétend.
TORRENT D'IDÉES VAGUES QUI “h DÉBORDE SUR LE PAPIER CE 13 NovEMBRE 1807, DE 4 À 5 HEURES ET DEMIE, A L'OCCA- SION DE L'ARTICLE « JACOBITES » DE BERGIER!.
Réunion des sectes séparées de l'Église catholique (livre à faire.)
Deux tendances, l'une à s’en éloigner et à perdre entièremeni la foi, tels les Sociniens, quakers,méthodistes, etc, l'autre de rapprochement, les protestants de bonne foi, les anglicans, elc.., qui doivent reconnaître le peu de fondement des premières calomnies de la réformation, et le besoin de revenir à un véritable système d'unité dans la foi des Grecs et autres Orientaux, etc.
4. «— Remarques sur le retour de toutes les PAR à l'unité de Dieu, due au christianisme el aux Juifs ; sur l’élendue respective du christianisme total et des ire religions ; sur l’élendue respective de l'Église catholique, avec ses missions étrangères; des sectes réformées au moins de titre; de l’Église grecque; de l'Église nestorienne ; Eutichéens ou Jacobiles, Éthiopiens, Cophtes (livres ; État de l'Eglise romaine du prélat Cerri 169...; BEREWooD, Histoire universelle ; Sacra Politica de MrroENs ; Géographie sacrée de P. SaINT-PauL; Fabricius Lux. evang.
2. — Points de séparalion entre chacune et l'Église catholique.
3. — Données favorables, difficultés propres éprouvées déjà ou à prévoir.
4. — Procédés el tentatives à mettre en usage. Livre comme l'Exposition de BossuET.
5. — Hisloire des tentatives précédentes de réunion dans tous les siècles par les diverses sectes.