Étendre ce travail d'une éternité à l'autre, du
décret de l’incarnation du Verbe (in capite libri, etce., sie Deus dilexit etc...) à son incarnation dans le lemps (propter nos homines), à son sacrifice sur la croix, à son sacrifice eucharistique perpétuel el universel (in omni loco obl.;, à son sacrifice dans le ciel (patri monstra assidue, Christus assistens, talis decebat), à la 1 prédication à Jérusalem (mysterium quod fuit absconditum), aux Gentils, aux annonces du 2° avènement jusqu'aux promesses éternelles données à l'Église (vobiscum sum), prendre de ce magnifique tableau un exorde qui répande le plus haut intérêt sur l'Église.
31. — Étudier la Géographie de Menrezces, celle de PENKERTON, les derniers voyageurs, rallier les données éparses.
32. — Prier M. Garnier ou M. Emery de faire le fiat lux de ce petit chaos, si j'en puis tirer quelque hommage à N.-S., mais je crains que cela ne me tirât de l'entière obscurité où je dois trouver la sûreté de mon salut, et les fruits solides d’un ministère caché en Jésus et Marie.
33. — Il est temps, après les Bossuet, Bergier, Barruel, la révolution, les conf. Fraissinous, de trailer la philosophie comme une cause désormais méprisée, et de partir des vérités de la foi comme de vérités convenues, et d'en revenir après un long état de chicanes et de procédures à cette belle théologie des Pères, à celle de Suarez, Petau, Thomassin (de incar. de sacerd. D. N.J.-C:), à la piété ellemême dans ses plus belles sources, l'Écriture Sainte, saint François de Sales, etc...?
1. Cf. Réflexions sur l’état de l'Église, où figurera l'hommage à Bonald. 2. Inédit. Arch. des Frères.
Procurer le retour complet des chrétiens à l’unité reli: gieuse — cette grande ambition qui fut celle d’un Bossuet et d’un Leibniz !— devient, dès à présent, le dessein de vie, le rêve enchanté des deux frères : études sacrées et pro fanes, recherches historiques et géographiques, informations curieuses sur les missions, et projets pour l'Amérique, la Chine et la Cochinchine, connaissances d’exégèse et des langues orientales, en particulier de l’hébreu, projet de rétablissement des Jésuites ou, à leur défaut, création d’une autre compagnie qui, s'inspirant de leur esprit, s’adapterait aux besoins des temps; formation d’un corps théologique savant en France, retour à la théologie des Pères, efforts pour faire comprendre la valeur des ordres religieux, pour les conserver, les étendre, inviolable attachement au Saint- Siège, maintien de son autorité, réfutation des rêves du Jansénisme, hommages à Chateaubriand et Bonald, vues sur V ample développement du Christianisme à travers les âges, autant de moyens, à l’heure où la Révolution semble avoir,
par le bouleversement, préparé les voies à la Providence,
autant d'efforts tous convergents vers l’œuvre pieuse et fondamentale : « Le retour d’une unité catholique universelle. » — Lorsque Jean-Marie fondera ses écoles, et quand Félicité de La Mennais luttera par la plume contre l’indifférence religieuse, ce seront encore deux parties du plan de 1807, du plan de grande politique, si supérieur aux petites conceptions des “politiques qui fondent un empire, qu'ils s’appliqueront à réaliser : tout ce qu'ils rêveront de faire, et tout ce qu’ils feront, aura trouvé son point de départ dans ce projet gigantesque.
On dut le soumettre à Saint-Sulpice, et l’on pria « M. Garnier ou M. Emery de faire le fiat lux de ce petit chaos ». Céux-ci, tout en approuvant desi nobles ambitions, —un peu effervescentes et désordonnées cependant, — durent signaler comme particulièrement utiles, urgents même à traiter,
1. Cf. JEAN Baruzi, Leibniz el l’organisation religieuse de la lerre, 1 vol. in-8, Paris, Alcan, 1907, chap. 1v.
MARECHAL. — La Jeunesse de La Mennais. 14
tous les points concernant l’état de l'Église en France : avant de songer à PAmérique et à la Cochinchine, le génie si éminemment pratique et mesuré des directeurs de Saint- Sulpice ne devait-il pas trouver plus pressé de procurer à l’Église de France tout ce qui lui manquait encore ? Ainsi l’opinion sollicitée de Saint-Sulpice dut contribuer à faire jaillir de la longue note du 13 novembre 1807 le premier ouvrage de Félicité de La Mennais; le petit livre des Réflexions sur l'Etat de l'Eglise en France au XVIII: siècle, et sur sa situalion actuelle.
L'ouvrage était-il en projet dès le 2 février 1808? Était-ce pour leur soumettre ce projet, que J ean-Marie de La Mennais écrivait ce jour-là à MM. de la Société Typographique!, qui devaient publier la première édition ? Si rien n’est effectivement plus probable, la composition de cette brochure se place donc entre février 1808 et février 1809 : car, le 18 fé-
vrier 1809, Jean-Marie fait passer le manuscrit à M. Emery
par l'intermédiaire de labbé Bruté?. Suivons donc, pour la replacer dans l’atmosphère qui l’a fait éclore, la vie intérieure des deux frères pendant cette année de retraite.
Elle est marquée d’abord pour Jean-Marie par des préoceupations très vives relativement à l’école ecclésiastique qu'il a fondée en commun avec l'abbé Vielle, M. Engerran et M. Hay. Félicité de La Mennais, nous l’avons vu, y enseignait les mathématiques avant que la maladie leût obligé, depuis 1805, au repos. Les décrets impériaux commencent à en menacer les progrès.
Au commencement du mois de février 1808, le petit séminaire de Saint-Malo était véritablement prospère : il comptait quatre-vingts écoliers de toutes classes, parmi lesquels soixante se destinaient à l’état ecclésiastique. Aussi devenait-il urgent d'agrandir la maison : l’achat de plusieurs
1. Leitres inédites de J.-M. et F. de La Mennais, publiées par Courcy et LA GOURNERIE, p. 20.