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Il faisait venir en même temps à Paris les 27 cardinaux Romains et les archives du Vatican. À chaque cardinal, il assignait un traitement de 30.000 francs. Il espérait obtenir deux tn démarche collective auprès du Pape pour le faire céder : il dut bientôt se rendre compte qu'ils ne se pliéraient pas à ses desseins. Treize d’entre eux lui ayant même fait l’affront de ne pas assistér à son mariage avec Marie-Louise farent chassés par lui, puis internés deux par deux dans de petites villes de province sous la surveillance de la police. Les prêtres italiens comme les prêtres français furent sommés d’adhérer aux quatre articles de 1682 ; 19 évêques italieñs qui avaient refusé de prêter le serment de fidélité à l’Empereur furent emprisonnés et de nombreux curés par fournées déportés et internés en Corse!.
On comprend que, dans ces Girconstantés, l'abbé Bruté songeât à quitter la France. Ses supérieurs, qui craignaient l’imprudence d’un zèle que les événements pouvaient rendre dangereux pour lui-mémeé et pour son entourage ecclésiastique, entrèrent aisément dans ses vues. Le 20 avril 1810, après quelques semaines passées à Saint-Sulpice, il écrivait à Jean- Marie :
« Lisez bas et seul. — C’est à cette heure que j'ai besoin de mon ami devant le Seigneur. Je vous donne encore sous
le secretet à Féli, vous deux seuls, mon dessein.
« Je pars pour les missions d'Amérique.
« Tous mes directeurs spirituels ont été d'accord, là-bas d’abord, puis ici. Monseigneur à consenti avec une facilité qui m'a confirmé dans l’espoir d’une voie de Providence. (Je crois bien : Monseigneur avait déjà reçu plusieurs semonces de l'abbé Brulé pour sa tiédeur el son manque d’énérgie en face du pouvoir civil.) Maman n’a pas résisté. Son sacrifice est fait. J’ai mon exeat. Je partirai de Bordeaux : avec deux des nouveaux évêques.
« Je quitte Rennes vendredi prochain, je l’espère?. »
A cette nouvelle, Jean-Marie avait couru à Rennés embrasser son ami; et, le 25 mai 1810, Félicité lui écrivait, à l’heuré même où il allait s’embarquer à Bordeaux, en compagnie de trois jeunes trappistés qui partaient avec lui :
1. Derinour, l'Église et l'État, pp. 274-278, 2. ROPARTZ, p. 107,
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« Ge vous sera une grande consolation de voyager. avec ces anges d'amour et de paix qu’on diroit descendus du ciel, un instant, pour apprendre aux hommes à le connaître et à l’ai-
mer. N'est-ce pas une chose admirable que du milieu même
de l’athéisme européen sortent ces hommes apostoliques qui vont étendre l'empire de Dieu dans le Nouveau-Monde? La foi s'éteint : à peine çà et là voit-on luire dans une nuit profonde quelques flambeaux mourants, et voilà que de cette nuit même partent des étincelles qui vont allumer à l’autre bout de la terre un nouvel incendie. Pour nous qui ne verrons pas ce lointain triomphe de la eroix, tristes, au milieu des ruines, nous pleurons.. Ce qu’on voit, ce qu’on prévoit, tout est sujet de larmes ; l’âme est écrasée sous l'avenir, et à peine trouve-t-elle en elle-même assez de forces pour soutenir le Jour présent 1... »
La situation religieuse devenait en effet de plus en plus tendue. L'Empereur avait, de sa propre initiative, désigné certains évêques pour les diocèses vacants ; mais ceux-ci, n'étant pas pourvus encore de l'institution canonique, avaient refusé de s’y rendre. L'Empereur, pour les déterminer, en août et septembre 1810, les fit désigner par les chapitres comme administrateurs provisoires des diocèses. Ils reçurent à ce titre l’ordre de s’y installer, ce qu'ils firent. Bien plus, les deux sièges archiépiscopaux de Florence et de Paris étant devenus vacants, l'Empereur désigna pour les occuper Maury et d’'Osmond, bien qu'ils. fussent pourvus d’autres sièges qu'ils ne pouvaient quitter sans l’assentiment du Pape. — On fit croire à d'Osmond que ses bulles d'institution le rejoindraient à Florence; quant à Maury, inféodé à Napoléon, il prit avec éclat possession de son siège de Paris. Mais la Congrégation de la Sainte-Vierge répandit deux bulles spéciales expédiées secrètement par Pie VII en novembre 1810; le Pape y défendait aux chapitres de Florence et de Paris d’obéir aux deux prélats. « On veut, disait-il dans son bref du 5 novembre adressé au cardinal Maury, on veut introduire dans l'Eglise un usage aussi nouveau que dangereux, au moyen duquel la puissance civile parviendrait insensiblement à n’établir, pour l'administration des sièges vacants, que des personnes qui lui seraient entièrement vendues. Qui ne voit,