‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 232 sur 504 · LOT · texte numérisé non relu

LOT

attendant sa « petite potée », son rôti et son petit pain, aux

attitudes d’un Chateaubriand ; où plutôt j'aime à mesurer

à ces détails la distance qui sépare Combourg de la Chenae; il faut avoir touché du doigt la simplicité de ces mœurs pour s expliquer qu'un Lamenhais soit, de tout temps, si près du peuple. Qu’à la fin de juillet, il remercie sa vieille

-bonne des soins qu’elle a a pris pour lui, qu'il lui envoie

soigneusement des vêtements à réparer, est-ce donc chose si négligeable ? Et sinon, pourquoi l'éditeur a-t-il supprimé ces lignes : « Je remercie la Villemain de ses envois; voilà une culotte qui à besoin deboutons aux genoux, et que je la prie de me renvoyer le plus tôt qu'il se pourra. » N'y a-t-1l aucun intérêt à savoir comment une lettre qu’on nous donne — elle est encore de juillet 1811 — est arrivée à destination ? Ne vit-elle pas davantage pour nous, alors qu’on a rétabli ceci : « Je donne cette lettre à Grandelos qui s’en va avec Calixte par les bateaux de Pleudihen. Tu la recevras de cette manière un peu plutôt (sic)?. » A la fin de novembre 1811,

entre deux passages d’une lettre fort belle, l’un où il déplore la « dure vieillesse » de l’Église de France, l’autre où il gémit sur l’état douloureux de son âme, je n'aime pas qu’on ait fait disparaître cette ligne, qui peut surprendre, mais qui nous ramène en famille, et replace dans leur lumière diserète, intime et sans affectation, les deux fragments qui l’encadrent : « Le savon que tu m’annonces ne s rest point trouvé dans le panier?. » Oui, dussé-je scandaliser les amateurs du genre noble et 4 ibledite bien léchés,il me faut, dans une FN

lettre, encore en ce mois de novembre 1811, ce passage qu’on a supprimé : « Je te renvoie — il écrit toujours à l'abbé Jean — deux lettres de Girard et une de Teyssère que j'ai retrouvées parmi mes papiers. Voilà aussi un billet pour Gratien; lis-le, afin de ne pas répéter ici ce qu'il contient. Tu peux donner à Caumont les 628 pieds de planche à 10 francs la douzaine. Ce sera toujours soixante et quelques francs, qui aideront à payer les achats faits à Saint-Malo pour la chapelle. On tirera aussi quelque chose des poix fayaux. — Embrasse bien notre cher Bois de ma part, je lui répondrai par prochaine diligence. Recommande lui en attendant de ne point attendre

1. Inédit, ms. orig. de la lettre 38. BLaIzE, t. I, pp. 106-107. 2. Inédit, ms. orig. de la lettre 41. BLAIZE, t. I, p. 112. 3. Inédit, ms. orig. de la lettre 42. BLA1ZE, t. I, pp. 112-118.

l'hiver pour prendre un gilet de laine. C’est principalement en celte saison, et durant les températures variables, que celte précaution est utile 1. » Tous ces gestes familiers méritent d’être conservés: et le dernier, presque maternel, n’est certainement pas sans beauté.

Mais revenons au bâtiment. Félicité a si bien pressé tout

son monde, qu'avant la fin d'octobre les travaux seront mis |

en train.

Il n’économise pas sa peine et précise les envois qu’il demande :

€ Nous aurons besoin pour Ja chapelle des articles de serrurerle ci-après :

Hit L ion à + RACE | Pour une porte à 2 battants serrure Pl 4 8 j’ de T pieds 10 pouces de hau- Lrémoudé: ere et teur.

RE Re UN pièce Pour une porte de 6 pieds clanche à olive . … 31H PA He P serrure 8 1. .

« Les prix marqués sont ceux que l’on demande à Dinan. Il faudrait savoir de M. Le Maitre s'ils sont trop élevés.

€ De plus, le serrurier de Dinan ne sait pas ce que c’est qu'une tremoude; il y en à une au séminaire à la porte vitrée au bas de l'escalier. Cela vaut infiniment mieux que des taquets, et Je crois ce genre de fermeture nécessaire pour une porte de 7 pieds 10 pouces de hauteur, et qui s'ouvrira en plein. Parles-en à M. Le Maitre, et demande-lui quel prix il demanderoïit pour cette tremoude. Tâche de me rendre réponse le plutôt (sic) possible sur ces divers objets ?, »

Les pluies de novembre ne diminuent pas son zèle; malgré le temps affreux, il pose la première pierre de la chapelle, et s'occupe d'envoyer, le plus tôt possible, ardoise, plâtre, barreaux de fer pour la fenétre. Il se met en quête d’une petite croix de pierre pour placer au haut de l'aiguille. Alors, devançant les temps et réalisant dès l’abord, à son habitude, ce qu'il désire avec tant d’ardeur, il oublie cette lenteur des ouvriers dont il se plaignait tout à l'heure, il voit l'édifice

1. Inédit, ms. orig. de la lettre 42. BLaArze, ti. I, PP. 114-115

2. Inédit. Suite à la lettre 32. BLAIZE, t. I, pp. 99-100. (Cette lettre doit être de nov. 1811.)

D NT PP te Me SR ; ie PR

achevé. En janvier, en février au plus tard, selon le temps qu'il fera, il ne manquera plus à sa chapelle que les décorations intérieures. Grande consolation aux vacances prochaines !.

Entrepreneur, aussi bien qu'écrivain, ou chrétien, ou penseur, c’est toujours le même homme, que son imagination emporte. Il nous plaît de le retrouver ici, toujours si pareil

à lui-même, en des tâches si différentes. Il presse les envois :

sa chapelle est sa grande préoccupation de ce mois ; il a be-

soin « d’ardoise pour la couvrir; cette ardoise, il faut l’en-

voyer de suite avec la quantité de clou et de latte nécessaire : autrement, tout resteroit exposé aux injures du temps. En

troisième lieu, quand on se sera informé de ce qu’il faut de

plâtre par toise de plafond, Ange en achettera ce qu'il en faudra pour 9 toises, et Gratien? » l’apportera. En dépit de son empressement et de son impatience, ce

n’est pas comme il l’espérait, en janvier ou février 1812, mais

seulement au mois d'août que la chapelle fut achevée. En juillet 1812, il presse Jean-Marie d'envoyer la peinture et les pinceaux; ce sera une économie ?.

Huit jours avant l’arrivée des peintres, il attend sa sœur avec impatience et rêve de l’heureux moment où, son œuvre enfin achevée, il pourra la lui montrer #.

Mais déjà les événements qui ont obligé à dissoudre l’école secondaire ecclésiastique, ont ramené comme de force Jean- Marie et Félicité de La Mennais au travail de la Tradition de l’Église sur l'Institution des Évéques. Les livres que Féli a demandés pour se distraire pendant cette période de repos qui s'étend d'octobre 1811 à mai 1812, grammaire hébraïque de Guarin, en 2 volumes in-45, les volumes de Malte-Brunf, la nouvelle traduction des psaumes de l’hébreu, par Audran?,

I BLAIzE, tt. lp. 86.

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