Ibid
ne cesse de me répéter. Quant aux moyens d'exister, 500 abonnés seulement nous rendraient de 6 à 7.000 franes ?. »
Chimère d'une imagination qui sera touJours complice du cœur! Écoutons plutôt la raison profonde et vécue, la confession précieuse qui, sortie du fond de l’âme, nous livre l’homme tout entier : « J'ajoute un motif d’un grand poids. J'ai besoin de quelqu'un qui me dirige, qui me soutienne, qui me relève ; de quelqu'un qui me connaisse el à qui je puisse dire absolument tout. À cela peut-être est attaché mon salut. Pèse cette dernière considération? ». De quel poids n'est-elle pas en effet! Il ne se peut que l’abbé Jean n'en connaisse la vérité. Il sait que ce cœur, trop docile aux séductions de la tendresse, nourrit une imagination prompte, d’un essor impétueux ; qu’une intelligence ombrageuse, dès qu’elle a senti le souffle ardent de la chimère, soudainement assouplie, subit l'empire de la passion; il le sait. Mais ces anges du Seigneur, ces hommes d'œuvres, qui seront des saints, portent en eux leur destinée ; il ne leur appartient pas toujours de recueillir l’âme égarée, ou simplement inquiète, qui se lamente et crie vers eux ; quelque chose de plus fort qu'eux-mêmes, l’irrésistible vocation des élus, leur crie : va — et ils vont. — Ainsi, au même instant, la même voix souveraine se fait entendre aux deux frères, cette voix de leur propre génie, qui n’est autre, que la voix divine : A l’un elle dit : Hâte-toi, le temps presse; recueille mes serviteurs, fais-en des maîtres des générations qui viendront; ta tâche ce sont les œuvres! À l’autre elle dit : Ne sens-tu pas que tu portes en toi les sources vives de la persuasion? Appelle à toi les ouvriers capables de choisir la matière dont tu feras cette statue divine, le chef-d'œuvre qui conquiert les âmes. Ta tâche, ce sont les livres. Ainsi la vocation sépare irrésistiblement ceux qu’elle appelle en des voies diverses ; à
l'heure même où le cœur et la pensée de Féli l’invoquent ardem-
ment, comme le nécessaire instrument du salut, Jean-Marie porte en lui le signe qui l’oblige à l’abandonner. Déjà le destin de Féli — j'entends sa destinée religieuse — se dessine :
abandonné de Jean-Marie, le hasard des rencontres et des.
influences décidera du salut de son âme.