‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 306 sur 504 · CANONS · texte numérisé non relu

CANONS

1814 qu'il écrit: « À samedi done, mon petit frère. Je vais bien compter d'ici là les heures et les minutes, et prier le bon Dieu qu'il nous éclaire l’un et l’autre, Mon projet me plait extrémement. Passer nos jours ensemble, meltre en commun nos travaux, nos études, nos plaisirs, nos peines, toute notre

destinée, lu me connais, juge avec quelle vivacité mon cœur

se précipite dans ces douces espérances. Il me tarde bien

de savoir ce que tu m'en diras ; car, dans ta lettre, tu ne me

laisses même rien préjuger. Tu as déjà toute la discrétion d’un Juge; comment done pourrais-je me défier de ta sagesse ? Non, Je Le promels de nouveau de faire tout ce que tu voudras. Je ne t'ai rien caché, rien déguisé, je t'ai ouvert mon âme tout entière : que l’amitié prononce maintenant du haut de son tribunal. Je ne t’en dirai pas davantage aujourd’hui, précisément parce que j'aurais trop à dire. Vale el me ama !.» Nous assistons toujours à la recherche, à l’inquiète et décevante poursuite du bonheur. Aujourd'hui le mirage est si clair, il est si net et si brillant, qu’il se croit sûr de le’ Saisir : avec quel ; Joyeux emportement son cœur se précipite vers ces douces espérances !

Et pourtant, c’est à peine un rêve. Un mois s'écoule :

Jean-Marie a dû rentrer à Saint-Brieuc ; et son frère écrit

tristement : « Le temps me parait bien long depuis ton départ; c’est une triste chose que d’être à 120 lieues l’un de l’autre, surtout lorsque cette absence succède à une si douce habitude de ne se point quitter. Puisse la Providence nous réunir bientôt ! J'espère que tu ne négligeras rien pour hâter ce moment?. » Espérantes ou désolées, ou simplement désenchantées, le trait commun de toutes ces pages, c’est l'oubli complet des désirs passés, le renoncement qu’elles affirment à la vocation religieuse. La vie en commun avec Jean-Marie et les travaux littéraires qui occuperaient cette existence, remplissent tout'son cœur et toute sa pensée. Le projet d'association avec M. Niel, qui n’est plus « M. Niais », le vent ayant tourné, mais « le meilleur des hommes », ce projet tout à l'heure méprisé renaît à présent de ses cendres. La rédaction du journal

comprendrait cinq personnes, quise partageraient les bénéfices,

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