‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 316 sur 504 · CHAPITRE TITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TITI

I. Les désillusions politiques d’un ultramontain. — II. La 2e édition des Réflexions sur l'état de l'Eglise en France. — III. La monnaie de la Tradition : ultramontanisme et libéralisme.

A Paris, Félicité attendait du pouvoir royal qu'il rendit à l’Église une situation à la fois privilégiée dans l’État et indépendante du pouvoir civil et politique. Moyennant quoi, il faisait volontiers crédit à la Restauration, et lui sacrifiait sans difficulté les prétentions de la plupart des émigrés reve nus en France. Mais, à la lumière des embarras que le projet de loi sur la presse doit susciter, pense-t-il, à la Tradition, il découvre dans les affaires religieuses, dès le 29 juin 1814, des signes inquiétants d'avenir. [Il trouve « extraordinaire et contre toute bienséance que le Ministre des cultes demande aux Juifs des prières publiques. S'il y avait des musulmans à Paris, on les inviterait offigiellement à adresser des vœux à Mahomet pour la prospérité de la France. Ce serait aux évéques à parler, et à parler haut. Mais ils ont peine à se défaire d’une habitude d’esclavage qui, chez beaucoup d’entre eux, s’allie à une profonde indifférence pour ce qui devrait uniquement les occuper !. »

1, BLAIzE, t. I, pp. 143-144, ,

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Quel dégoût ! | Si « l'heureuse révolution » se borne, comme sil le soupçonne, « à l'échange d’un despotisme fort contre un despotisme faible », son parti est pris, il quitte la France en secouant la poussière de ses pieds 1. Qu’y ferait- ? « Le règne de la vérité n’est pas encore près de s’établir?. » La Révolution est toujours présente avec ses idées, ses ne ses hommes même, derrière le décor monarchique qui la voile sans l’effacer.

Il en recueille avec amertume les indices. En haut, c’est la désorganisation complète, « pas un homme de tête dans le Conseil ecclésiastique, pas un homme solidement instruit. Ils se tourmentent pour faire quelque chose et ne peuvent en venir à bout? ». Les anciens évêques sont tous opposés au Saint-Siège, et de plus ils sont ridicules. Leurs principes sont d’ailleurs ceux de beaucoup d’évêques titulaires. M. de Boulogne, évêque de Troyes, qui avait, depuis trois ans, abandonné son diocèse dont il avait laissé administration au chapitre, ne s’avise-t-1l pas de faire publier un mémoire apologétique dans lequel on lit que «le chapitre a dû conformer sa conduite aux usages de Eglise gallicane ; et personne ne peut forcer l'Église gallicane éabatonnérses usages ». « Quoi, pas même un concile général ? Non,comme on le voit dans les notes. D'ailleurs aucune règle de discipline ne peut être établie sans le consentement du} prince. Voilà encore où nous en sommes 5. » |

Aussi, quelles inquiétudes sur les résultats de lPinterminable négociation entre le Pape et le ministère relative au concordat 6! La marche qu’on suit l’inquiète, le silence qu'on garde sur les affaires ecclésiastiques lui est suspeet?7. Tout lui parait donc aller « de mal en pis. Le mécontentement gagne. Le Jacobinisme triomphe de la faiblesse du gouvernement, et l'avenir est gros de désastres 8... On ne peut humainement attendre que des maux qui succèdent à des maux ? ».

. BLAIZE, t. I, p. 150.

.Ibid., p. 152 Ibid, p.159:

. Ibid., p. 200.

. Ibid., pp. 201-202.

.Ibid., p. 202.

. Ibid., p. 203.

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Trouvera-t-on du moins un point d'appui dans la presse? et des consolations pour l'avenir dans l'esprit de l’enseignement ? Il s’en faut. Le Jacobinisme se sert de l’Université comme d’un instrument contre l’Église. Les écoles ecclésiastiques sont partout interdites en son nom!. « La nouvelle Université sera la cadette de sa sœur; mais c’est toujours la même famille?. » Et quelle famille! « Maudites soient la fille et la mère, l’ancienne et la nouvelle Université ! Maudits soient les fabricateurs de cette infernale engeance! Maudits soient ceux qui l'ont fait naître et qui contribueront à l’élever ! Maudits les chefs, maudits les subalternes, maudite toute cette infâme canaille 3! »

Quant à la presse, elle n’a jamais été plus mauvaise : « Les Jacobins ecclésiastiques veulent que la presse soit libre, mais pour eux seuls#. » Le ministre, de son côté, soutient les jour naux qui, comme le Journal général de la France, sonthos tiles au Pape et aux ultramontains: c’est un honteux scan dale. N'y accuse:t-on pas un évêque de félonie pour avoir communiqué avec le Pape sans la permission du gouvernement? ? Le Journal des Débats est tiède et par là même fait les affaires du Jacobinisme. Dussault ne cache plus son philosophisme; Hoffmann et Nodierne valent pas mieux que lui. € Chaleaubriand esl bien à sa place au milieu de cette canaille6. Son morceau sur les comédiens est un modèle de cette indifférence qui prend le nom de modération, et dont la racine est sous le trône même?. »

Ainsi, Louis XVIIL n’est pas épargné : le scepticisme du prince encourage tous les ennemis du Sant-Siège, indifférents, gallicans ou jacobins. Félicité commence à se détacher de ce despotisme faible, de ce pouvoir royal incapable d'aller chercher à Rome le point d'appui moral qui seul assurerait son triomphe. Il note avec dégoût les basses intrigues qui se nouent autour du trône, et les signes avant-coureurs de sa chute prochaine : avidité des émigrés, aux importunités des-

- BLA1ZE, t. I, p. 170.

. Ibid., p. 201.

. Ibid., p. 202.

. Ibid., p. 152.

. 1bid., p. 170.

- Inédit. Blaize avait imprimé : « au milieu d'eux. » Je rétablis le texte d’après l'original; il en vaut la peine.

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