Arch. commun. de Saint-Malo, LL 83 (G. 10) reg. fol
Du 29 mai 1790, art. 1138.
Du même jour a comparu Pierré Robert, sieur de la Mennais fils ainé, tuteur d'Edouard et Thomas Pitot frères, enfans mineurs de Robert, actuellement au collège à Paris, lequel déclare avec vérité que la somme de quatre cent cinquante livres dont ils contribueront aux besoins de l'État est conforme aux fixations établies par le décret de l’Assemblée nationale du six octobre dernier, concernant la contribution patriotique, laquelle somme il s'engage d’acquitter aux divers termes établis par Particle onze du décret et a signé : Mennais Robert fils.
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Quand Edouard et Thomas Pitot eurent achevé leurs études à Paris, ils vinrent attendre à Saint-Malo le moment d’aller tenter la fortune aux colonies : l’un d'eux — le plus jeune,
Charles-Thomas Pitot — devient alors l’intime ami de Félicité de La Mennais. Il a rapporté de Paris les goûts à la mode. À parcourir la liste de leurs auteurs favoris, on se rend compte que leur conversation est sans doute devenue
légère, et l’on entrevoit le courant habituel de leurs nouvelles
préoccupations. Anacréon, Catulle, le Tasse, Métastase sont leurs poètes de prédilection !. Féli écrit de sa main une imitation de l’ode Eë ‘Eauréy; Anacréon y chante l’amour de sa Glycère et les si doux Bière de sa jeune maitresse? ; il traduit librement les vers de Catulle : Surripui tibi, dum ludis, mellite Faventi….; Catulle s’y lamente d’avoir dérobé, sur les lèvres de sa Lydie, un baiser dont ses sévérités le punissent cruellement 3. Et voici maintenant une autre traduction où
Pon déclare « qu'il est aisé de languir dans les chaines
d'amour ! qu'il est difficile d’en Sbrtiré | ». Les deux cousins sont à l’âge où l'on attend la passion, où l’on invoque l'amour, qui fera Le destinée. Heure charmante et troublée, heure inquiète et pourtant lumineuse, que d’espoirs, que de rêves en un jour formés et déçus! De quels élans ce cœur ardent et mobile doit-il s’élancer vers la chimère! ét qui soulèvera le voile de pudeur et de silence qui recouvre aujourd’hui les mystérieux désirs et les premières curiosités de ces jeunes années ?
C’est par cette voie, du moins, nous le savons, que 6e préparait son retour à la foi vécue. Imaginez sa destinée si, à cette heure où rien n’est encore arrêté en lui-même, 1l eût rencontré la main discrète et sûre qui, se posant dans la sienne, eût fixé. le sens de sa vie. Ces révoltes que l’amour seul peut apaiser, les inconstances de cette mobile vivacité, si proches encore de lenfance, et qu'une tendresse tune eût pu seule comprendre et calmer, ces inquiétudes philosophiques et religieuses, que l’ordre enfin trouvé eût fait om-