CHAPITRE II
Premiers symptômes. — I. Le voyage de M. de La Mennais en Espagne :
M. de La Mennais intime d'après sa correspondance en voyage. — IL. Les préoccupations de Jean-Marie et de Félicité : les mœurs, la situation religieuse, les travaux des champs. — III. La vie intérieure : de Chateaubriand à Pascal.
C’est au printemps de 1802 que le Génie du Christianisme a paru : Félicité le lut aussitôt. Le jour même où le premier consul signait les ratifications de Ha paix d'Amiens, et où par un Je Deum solennel, à Notre-Dame, environné de tous les grands corps de l’État, il célébrait la signature du Concordat, il avait voulu que le Mercure, par la plume de Fontanes,
annonçât dans un artiele devenu célèbre le chef-d'œuvre dont
la publication justifiait si brillamment ses vues f.
En s'appliquant à montrer que le catholicisme doit être vrai parce qu'il est excellent, le Génie du Christianisme effaça pour un temps le sourire sur les lèvres mondaines, et fit taire la raillerie facile que les philosophes avaient mise à la mode. Selon le précepte apologétique de Pascal, il fit désirer à beaucoup d’incrédules que la religion fût vraie. Grâce à lui, le prédicateur pourra être écouté dans la chaire ou suivi dans le livre, sans qu'au premier mot l’auditeur ou le
1. Cf. Vicror GrirAUD, Chateaubriand ; Etudes lilléraires. Paris, Hachette, 1904, in-18, pp. 93-94. En 1802-1803, La Mennais était un lecteur assidu du Mercure et du Journal des Débats qu'il dépouillait avec soin. (Dune, Lettres inédites de La Mennais, Annales de Bretagne, janvier 1913, p. 198.)