‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 36 sur 504 · RU MALTA · texte numérisé non relu

RU MALTA

lecteur, affectant un air de supériorité facile, oppose l’invincible préjugé dont la source est son ignorance aux efforts inutiles de la preuve. Cest ainsi qu'il dut agir sur Félicité 1.

A cette influence, s’ajoute celle, plus profonde encore, des événements intimes que nous avons rapportés. La main pesante et consolante du sort, er s’alourdissant sur sa tête, ramène Félicité de La Mennais des pensées profanes à d’autres préoccupations. L'exubérance orgueilleuse et trop contente d'elle-même, létourderie joyeuse maintenant ont vécu. La confiance en soi-même avec laquelle il abordait la vie, et son goût de se dépenser font place au vœu de la retraite. Sans doute, il demeure toujours fidèle disciple de Rousseau ; mais, de 1800 au printemps de 1802 le besoin d'expansion presque païenne, qui s’était épanoui depuis 1796, est remplacé de plus en plus par un idéal ascétique?. L'exemple de Jean-Marie, qu'il observe, n’est pas sans agir sur lui. Quelle paix et quelle sécurité chez lui ! Jamais il n’a douté; dès l'enfance 1l s’est voué au sacerdoce dont il approche à présent, et comme il n'a heurté à nulle porte profane, il n’a point connu, après l’emportement des rêves passionnés, amertume de leurs déceptions. Cette mélancolie qui ronge Félicité, ces dépressions qui l’accablent lui paraissent aujourd’hui le châtiment de ses années d’adolescence insensées et moralement perdues. Aïnsi, peu à peu, son cœur, $on faible cœur, s'incline d’une courbe insensible et sûre vers Jean- Marie; et comme, du temps que Mme des Saudrais en guidait les premières démarches, il s’agenouillait pieusement devant les autels; comme, du temps que l’onele des Sau-

1. Il sera désormais acquis à l'histoire littéraire que Félicité de la Mennais a lu le Génie du Christianisme aussitôt qu'il a paru. Le manuscrit autographe des notes qu'il a prises ne laisse à cet égard aucun doute. L'inflience exercée par Chateaubriand sur La Mennais fut considérable : on lira avec intérêt les pages précises et substantielles consacrées par M. Victor Giraud à la question dans ses Nouvelles études sur Chateaubriand, Hachette, 1912, in-16, p. 126-129.

2. Biographie de M. l'abbé de La Mennais, par un solitaire, Paris, 1841, in-18, p. 156 : « Qu'après une démonstration momentanée de ferveur, dit très exactement le biographe, l’abbé Barbier, M. de La Mennais se soit un peu ralenti, je le veux bien ; mais toujours est-il qu’à dix-huit ans il inclinait vers les idées ascétiques. » L'abbé Barbier est, pour cette période, avec Sainte-Beuve (dans son article de 1832) le plus sûrement

informé de tous les biographes.

drais régnait en maître sur ce cœur, Rousseau avait par lui gagné l'accès de sa pensée; comme, plus récemment, le cou-

4 Saudrais, y avait installé de trop profanes admirations ; maintenant, l’idéal de Jean-Marie va lentement s’insinuer, par la même voie, dans l'esprit de Félicité. Combien cette influence dut s’affermir et s’accuser davantage lorsque, ses premiers vœux exaucés, ce frère aîné, si heureux et si sage, revient de Paris, au commencement de 1802 ! Le 21 décembre 1801, M. de Pressigny lui a conféré successivement la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat ! : il rentre à Saint-Malo pour y vivre seul avec Félicité pendant une année presque tout entière ; il y rentre prêtre, et prêtre fervent.

1 La paix d'Amiens, qu'il croit durable, a décidé M. de La … Mennais à entreprendre un grand voyage à travers la France et l'Espagne pour renouer d’une façon solide toutes ses relations d’affaires. Il emmène son fils aîné, Louis-Marie, pour D le présenter à sa clientèle et peut-être le marier?.

Ils quittent Saint-Malo dans les premiers jours de septembre 1802, séjournent assez longuement à Paris, où ils assistent place du Carrousel à une revue que passe le pre- … mier consul en personne; le 24 et le 25 septembre ils font … leurs visites d'adieu, et par Orléans et Barbezieux, arrivent k: à Bordeaux, où, reçus:et fêtés dans la meilleure société, chez … lord Holland en particulier, ils font un assez long séjour ?.

4 Par Mont-de-Marsan, ils atteignent Bayonne le 30 octobre,

“ y assistent à un spectacle qu'ils jugent détestable; moyen- …. nant 800 livres tournois, ils louent la voiture qui doit les |

L 1. Laveicce, Jean-Marie de La Mennais, t. I, chap. 11, pp. 32-38. Il fut E fait diacre le 24 septembre 1803, à Rennes, et prêtre le 25 février 1804.

Ibid., pp. 45-46. ! : è

2. Carnet inédit de voyage de Louis-Marie de La Mennais. Arch. des Frères de l'Instruction chrélienne.

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