RousseL, t. I, pp
s'était acheminé vers cette vocation, si précieuse à l'Église
de France, dont Saint-Sulpice était sortit. C'était une rai-
son sérieuse pour qu'à Saint: Sulpice on vit dans une situation très analogue un signe à peu près assuré d'élection, pour qu'à tout le moins on n'y aperçût rien qui püt éloigner
. Félicité de l'autel. Puis, n'oublions point qu'à présent le pas
décisif est franchi, qu’entrainé par l'abbé Carron, son dis-
. ciple s’est lié définitivement à l Église par les vœux irrévoca-
bles du sous-diaconat. Que gagnerait- -il done désormais à
s’attarder à des regrets, à des inquiétudes, à des scrupules ? C’est à cette double lumière qu’on doit interpréter la lettre adressée par l’abbé Teysseyre à Félicité le 27 février 1816, dix jours avant qu’il reçût le diaconat à Saint-Brieuc. Comme il avait fait part à Teysseyre de sa désolation, le sulpicien lui
- répondit en le félicitant d’aller « à l’ordination comme une
victime au sacrifice ». Ainsi Dieu le traite comme il a traité son Fils bien-aimé : « Hélas, pauvres êtres imparfaits que nous
sommes, nous avons célébré notre première messe sur le
mont Thabor; pour vous, il vous sera donné de la célébrer sur le Calvaire. » Car Dieu lui fait faire son purgatoire pour le passé, le purifie, l’humilie, le détache ici-bas afin qu’à
Jheure de la mort Jésus puisse lui apparaître comme la vie, et
qu’aussitôt Féli puisse s'élever jusqu’à lui dans la gloire. Que Pamour-propre rende donc « le dernier soupir. Puissiez-vous désormais être mort à tout et enseveliavec Jésus-Christ dans le tombeau! Mortui estis et vila vestra abscondila esl cum Christo in Deo!?
Ainsi soutenu, encouragé, porté, Félicité, du diaconat qu'il reçoit le 9 mars?, put arriver enfin à la prétrise le 23 mars, à Poe où ilfut ordonné prêtre par M. de Bausset- Roquefort : : « Fél a été fait diacre à Saint-Brieuc dans la première semaine de carême, et il à été ordonné prêtre à Vannes quinze jours après, écrivit trois mois plus tard l'abbé Jean. Il lui a singulièrement coûté pour prendre sa dernière résolution. M. Carron d’un côté, moi de l’autre, nous l'avons entrainé, mais sa pauvre âme est encore ébranlée de ce
. coup.
1. Cf. supra 1'° partie, chap. v, pp. 128-129. 2. BLAIzE, t. I, p. 259