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CHAPITRE PREMIER

LES PRÉCURSEURS DE L' « ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE » AU XVIII: SIÈCLE (1776-1780)

I. Le Catéchisme philosophique, de Feller. — II. La Certitude des Principes de la Religion, par Regnier. — III. L'Essai polémique sur la Religion nalurelle, par l'abbé du Voisin. — IV. Le Traité historique et dogmatique de la vraie Religion, de Bergier.

Les années du dix-huitième siècle qui précédèrent la Révolution française avaient été marquées par un effort considérable d’apologétique religieuse. C’est là, c’est parmi les écrivains religieux du siècle des philosophes dont le déclin commençait, qu’il faut chercher les sources les plus directes de tous ceux qui, après le cataclysme révolutionnaire, renouant la chaîne des temps, et reprenant l’œuvre commencée, menérent si brillamment sous l’Empire et sous la Restaura. . tion, le combat engagé sous l’ancienne monarchie contre l’incrédulité.

On ne s’élonnera donc pas quela question de l’/ndifférence en malière de Religion ait été souvent alors. reprise et traitée. L'abbé X. de Feller, dans son célèbre Catéchisme philosophique, ou Recueil d'observations propres à défendre la Religion chrétienne contre ses ennemis, lui consacre en 1776 et 1777 des pages nombreuses et pressantes. C’esl'indifférence qu'il attaque et réfute sous le nom de Tolét

rance au livre III, chapitre 1v de son ouvrage. Car il combat ceux qui défendent la nécessité d’une révélation pour expliquer

les dogmes de la religion naturelle, et, du reste, ont peu de

souci de la révélation qu’on choisira. Comme s’il était permis

de dire que Dieu accepte indifféremment des dogmes insensés ou corrupteurs! En vain essaierait-on d'échapper à cette absurdité en proclamant que la tolérance pourrait bien se borner aux cultes qui reconnaissent un Dieu unique, et dont les dogmes ne sont pas contradictoires à ses attributs; comment Dieu approuverait-il des cultes qui se détruisent ? « Quoi ! le Chrétien qui rejette Mahomet comme un imposteur; le Mahométan qui l’honore comme le plus grand des Prophètes; le Juif qui a crucifié Jésus-Christ comme un blasphémateur ; le Ghrétien qui le reconnait pour le Messie prédit par les Prophètes et désiré par les Nations; le Déiste qui nie la révélation; le Juif, le Chrétien, le Mahomoton qui l’admettent.…., tous enfin offriroient-ils à la Divinité un encens qui lui fût également agréable ?... Une religion tolérante n’est pas un culte, c’est la négation de tous les cultes. »

La Tolérance en effet les détruit : d’abord « parce que l’indifférence pour tous les cultes contredit l’idée d’un Dieu unique, sage, saint et vrai »; ensuite parce qu’elle suppose dans l’homme un mépris formel de la vérité, et une indolence à s’instruire incompatible avec ses devoirs envers Dieu » ; enfin « parce que la chaîne des vérités est indivisible, tous les anneaux se tiennent ensemble. Doutez d’un seul dogme révélé, vous ébranlez la croyance de tous les autres ». On le prouve par « la raison » et par « l’expérience ». Par la raison d’abord: elle « me dit que si je ne me tiens à l’autorité infaillible de la révélation, 1l n’y a plus de raisonnement ni d'autorité qui puisse fixer ma croyance; et que si une fois, en matière de Religion, j'écoute mes caprices et mes goûts, si je m’érige en juge et en censeur des ouvrages et des attributs de Dieu, l’abyme des doutes et des erreurs est dorénavant pour moi sans barrière et sans fond !».

L'expérience confirme ce raisonnement par les exemples lés plus multipliés. Rousseau lui-même n’a-t-il pas écrit :

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