‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 40 sur 504 · VIT M · texte numérisé non relu

VIT M

FN ET ETAT r CT

Y a-t-1l une gelée à à Malaga? aussitôt on songe à la Bretagne, et l’on se rassure en pensant à la grande distance des lieux!, Les lettres de France sont impatiemment attendues, et, dès qu'on peut disposer d’une heure de loisir, on la consacre, retiré dans sa chambre, à écrire rue Saint-Vincent?, Si, après avoir passé toute sa matinée à rédiger des lettres d’affaires, M. de La Mennais est un peu excédé par la fatigue et le tra vail, il reprend courage en pensant que dans deux mois il sera en France. Que de choses à raconter, au coin du feu, aux Corbières : « Hier au soir Louis disait : nous aurons de quoi raconter pendant six mois à notre retour à Saint-Malo. » Reconnaissons à ce trait l’authentique descendant de ces marins qui ne courent les aventures que pour mieux s’enraciner, au retour, sur le roc qui les a vus naitre, et qui n’élargissent jamais tellement leurs horizons de voyage ou de rêve, que l’image étroite, mais précise et vivante, de leur ville ou de leur foyer, s ’en effacé ou s’en obscurcisse : qu'ils goûtent bien, ceux-là, par contraste, la douceur dont ils ne se lassent point de la minutie domestique. f ;

M. de La Mennais porte maintenant en matière de lee le même sens pratique, positif, et pour ainsi dire local. IL est beaucoup moins séduit par le pittoresque des processions espagnoles que scandalisé du laisser-aller qui s’y étale : « Rien n'est moins édifiant.. Rien n’inspirait la piété. Les prêtres, les étudians causaient et riaient, personne ne semblait affecté, ni s'intéresser à la chose même. Les rues étaient pleines de femmes riant et causant et se faisant voir dans leurs parures du Dimanche. Je n'ai vu personne prier Dieu; enfin rien ne ressembloit moins à une cérémonie religieuse . »

Ce n’est pas que M. de La Mennais, à cette époque du moins, ait encore une foi très profonde. Mais « tout cela ne ressemble point à ce qui se passe à Saint-Malo ». Il apprécie surtout l’ordre et la santé morale que la religion bien eomprise fait régner dans sa ville natale; e’est là proprement sa manière d'être chrétien. Nul ne l’est pour des raisons moins spéculatives : « C’est comme dans les premiers siècles du

. Arch. des Frères, n° 110. Lettre inédite du lundi # avril 1803. . Ibid. 3 avril 1803.

. Inédit. /bid. Lettre du mardi 5 avril 1803.

Inédit. Zbid. Lettre du 3 avril 1803.

DUR & No M

Christianisme, écrit-il à Jean-Marie à propos d’une tournée pastorale du nouvel évêque ; les successeurs des Apôtres, en visitant leurs Diocèses, logeoïient chez leurs amis, ils voyageoient sans frais, instruisoient les ignorants, portoient partout l'esprit de paix et d'union, étoufant (sic) l’hérésie. Nos évesques en font autant aujourd’huy, au moins ceux qui ont le talent et les vertus de M. de Maillé : on peut dire qu'il trouvera à Saint-Malo une famille bien unie, celle de son clergé ; c’est peut-être une des villes de France où les mœurs sont le moins altérées ; on doit ces avantages inappréciables aux bons exemples donnés par nos Evesques, et les Prestres depuis plus de cent ans; car la meilleure manière de prouver les vérités évangéliques, c’est de les pratiquerf. » C’est de ce point de vue qu'il juge à présent le schisme constitutionnel, dont il est bien revenu : la corruption des mœurs sous l’influence de la Philosophie du dix-huitième siècle, et les passions politiques, lui semblent les seules causes d’une division qui ne devait pas durer :

« Mon cher ami, le schisme ne pouvoit subsister longtems, encore moins se renouveller, il tenoit bien plus aux opinions politiques qu'aux idées religieuses (les idées politiques avaient en effel déterminé sa première adhésion). Uné partie des constitutionnels étoient corrompus par la Philosophie moderne, les autres étoient vraiment les Jacobins du clergé, ils on voulu pouvoir établir dans l'Église un gouvernement démocratique. Les premiers se sont séparés pour toujours du corps dont ils étoient indignes d’être membres, les autres ont cédé, aussitôt qu'ils ont reconnu que leurs principes de liberté se trouvoient en contradiction avec ceux du gouvernement, en vérité c’est Bonaparte qui les a convertis ?. »

Le voilà loin des idées que onze ans plus tôt il partageait avec son frère sur la liberté religieuse et le schisme constitutionnel. Mais le souvenir de ses erreurs passées l’incline à l’indulgence pour les constitutionnels repentis : « Une seule Brebis étoit égarée, elle est rentrée dans le bercail, j'en suis bien aise. Il est heureux qu'il ne reste sous ce rapport aucune

1. Inédit. Arch. des Frères de l'Instruction chrétienne, n° 110. Lettre de fin septembre 1802.

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