MANIA
l’essence de l’ordre, car l’objet de l’ordre est d’unir, et la société même, dans sa notion la plus générale, n’est que l'union des êtres semblables ! ». Or « pour qu'il y ait unité sociale, il faut. que chaque partie soit ordonnée par rapport au tout; chaque individu par rapport à la famille ; chaque famille par rapport à la société particulière dont elle est membre; chaque société particulière par rapport à la grande société du genre humain ; et le genre humain lui-même par rapport à la société générale des intelligences dont Dieu est le suprémemonarque?». Ainsi le pouvoir, pour l’abbé de La Mennais comme pour le vicomte de Bonald, devient la clé de voûte de la société :
€ Car point d’ordre social sans hiérarchie sociale, sans pou-
voir et sans sujets, sans le droit de commander et le devoir d'obéir. Or, entre des êtres égaux il n'existe naturellement ni devoirs, ni droits, ni sujets, ni pouvoir, ni par conséquent d'ordre possible ; et jamais on ne constituera la société avec des hommes : il faut que l’homme soit d’abord en société avec Dieu, pour pouvoir entrer en société avec ses semblables à. »
L'ordre social exige en effet le sacrifice des intérêts de chacun à lintérêt de tous, sacrifice sans raison quand c’est l’homme qui le demande à l’homme, parce qu’il est sans compensation. Aussi est-ce Dieu seul qui peut l’exiger, en vertu des rapports nécessaires qu’ilétablit entre ces êtres eux-mêmes nécessaires, le pouvoir et les sujetsi. Et comme « partout où 1l existe des hommes, la nature forme des sociétés, l’état de société n’est pas moins naturel à l’homme que l'existence, puisqu'il ne se conserve et ne se perpétue que dans l’état de société? ». La société « dont la famille est le germe » est donc dans la nature des choses, et subsiste, et se développe « tant que la loi fondamentale de toute société demeure intacte. Cette loi est la loi du pouvoir, loi sacrée, loi divine, et que l’homme est si loin d’avoir inventée qu’il ne peut même la comprendre si la Religion ne la lui expliquet. »
Or, la philosophie détruit le pouvoir, le droit des gens et les lois en y substituant la force.
1. Essai sur l’Indifférence, t. I, chap. x, p. 262. 2. 1bid., p. 263.