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L'abbé de La Mennais envisage ensuite le cas où l’on nierait l’historicité du Contrat : « Que si on dit que ce pacte, expheite ou non, existe de droit, on suppose la question même, et de plus, on dit une absurdité; car l’expresse volonté des eontractants est de l’essence de tout pacte, autrement, qui en réglerait les conditions! ? » De plus, tout pacte implique une sanction qui en assure le caractère obligatoire : or il est impossible d’en trouver une ici. La volonté de l’homme qui ne loblige pas lui-même ne saurait obliger autrui, Celui qui cède sa souveraineté peut la reprendre quand il veut, et celui qui la reçoit n'est tenu d'aucune con-
- dition, ne pouvant être obligé ni par la volonté d'autrui, ni par la sienne. Tout ce qu'il reçoit, c’est'« une puissance physique de régir... Je ne vois donc résulter du prétendu Contrat social aucun devoir ni aucun droit, ni par conséquent aucune autorité véritable. Je ne vois qu’un déplacement de la force, qui reste, en dernier ressort, seul arbitre de lasociété? ». Si le peuple est le plus fort, il renversera le souverain, et si le souverain est plus fort, il aggravera les liens du peuple.
| « Au lieu de la tranquillité de l’ordre, le pacte qu’on suppose 1 n'ébablit done qu'un conflit de volontés. arbitraires, et, en . détruisant la notion du droit et du devoir, ou le principe de l’obéissance, il constitue en état de guerre le pouvoir et les . sujets 3. » Quand la force du souverain prévaut, on a le despotisme; quand c’est la force du peuple, on a l'anarchie. Mais le despotisme vaut encore mieux, à tout prendre, que l’anarchie : « Car l’anarchie n’est que le choc de tous les pouvoirs particuliers, dont chacun cherche à prévaloir ; et jusqu’à ce qu'un prévale, le désordre est au comble, et l’unique loi est la destruction. Tous périraient s'ils n’étaient soumis #. »
On arrive à la même conclusion par une autre voie encore. La souveraineté de l’homme avant l'établissement de la société « consiste à ne dépendre que de sa volonté ». Or la volonté est naturellement inaliénable, «on ne peut pas plus vouloir par la volonté d’un autre que penser par son esprit et agir par ses organes ». Chacun, après comme avant le Contrat, reste donc
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1. Essai sur l'Indifférence, t. I, chap. x, pp. 268-269. 2. Ibid., p. 269.