Ibid., p
maitre de sa volonté, « et céder le pouvoir, ce n’est pas céder sa volonté, ou cesser d’être soi, ce qui est impossible, mais uniquement mettre sa force à la disposition d'autrui. Le dépositaire du pouvoir n’est done que le dépositaire de la force; au lieu du droit d’ordonner qui s’exerce sur les volontés mêmes, il n’a que la puissance de contraindre ! ».
C'est toujours à cette distinction essentielle, gage de la vraie liberté, que l’abbé de La Mennais ramène toute la discussion: 1l revendique pour l’homme l’imprescriptible droit de n’obéir qu'à Dieu. Tout ordre qui ne vient pas de Dieu peut bien contraindre la volonté à la soumission par force, mais il ne saurait l'obliger. Tout le système social tel qu’il le conçoit est donc, encore une fois, pour lui comme pour Rousseau, subordonné à la sauvegarde de l'indépendance, de la liberté du sujet. Le rôle que tient chez Rousseau la raison sous-jacente au Contrat, c’est Dieu qui le joue pour l’abbé de La Mennais : il est important de comprendre combien, dans ce combat en champ clos, les deux adversaires sont d’accord sur le principe fondamental.
Mais ils ne sont pas d'accord sur les moyens, et l'abbé de La Mennais pense bien avoir établi que « sous l'empire du Contrat social, il n'existe dans la société d’autres droits, d’autres devoirs que la volonté du plus fort? ». Aussi Jurieu dit-il « que le peuple n’a pas besoin de raison pour valider ses actes »; et Rousseau « que la volonté générale (ou la volonté du peuple) est toujours droites ». Le peuple n’a le pouvoir que parce qu'il a la plus grande force. « Ainsi les idées de pouvoir, de droit, d'ordre et de justice » se perdent € dans l’idée de la force, loi générale et unique raison de la société 4 ».
La servitude est alors établie à la place de la liberté, Ce que Rousseau « appelle liberté n’est que l'absence du pouvoir général de la société, ou le règne plus ou moins libre de tous les pouvoirs particuliers. Il est visible, que, dans ce cas, chaque pouvoir particulier doit avoir ses sujets qu'il gouverne par ses volontés particulières, c’est-à-dire des esclaves ; car l'essence de l'esclavage consiste dans lPassujettissement à la