‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 71 sur 504 · Ms. autographe et inédit · texte numérisé non relu

Ms. autographe et inédit

2. Témoignages, etc., pp. 29-30. Extr. inédit de Raynaz, Hist. philosoph., t. IX, p. 33, éd. in-8, à Neuchâtel et à Genève, chez les libraires asso ciés, 1783.

3. Ibid., p. 36. Extr. inédit. RAYNAL, Hist. phil., t. IX, p. 110.

4. Ibid., p. 31. Extr. inédit. RayNaL, Hisi. phil., t. IX, pp. 35-36.

5. Jbid., pp. 24-27. RAYNAL, Hisi. phil., À. VII, pp. 128 et suiv.

… eisme et l’athéisme : après avoir distingué les vrais athées

- des athées sceptiques et des fanfarons du parti, il dit en

propres termes qu'il déteste les fanfarons, plaint les vrais athées, et prie Dieu pour les sceptiques qui manquent de lumières!. L’incrédulité lui parait « quelquelois le vice d’un sot, et la crédulité le défaut d’un homme d’esprit? ».

Même la tolérance des opinions est sacrifiée par les philosophes : Raynal avoue que l'intolérance « est une conséquence nécessaire » de ce qu’il appelle « l’esprit superstitieux. Ne convient-on pas que les châtiments doivent être proportionnés aux délits? Or, quel crime plus grand que l’incrédulité aux yeux de celui qui regarde la religion comme la base fondamentale de la morale ? D’après ces principes, l’irréligieux est l’ennemi commun de toute société, linfracteur du seul lien qui unit les hommes entre eux, le promoteur de tous les crimes qui peuvent échapper à la sévérité des lois... » Nous punissons les voleurs, les assassins, et méprisons les lâches, et nous exigeons que l’homme religieux laisse l’incrédule blasphémer à son aise son maitre, son père, son créateur? Il faut ou‘dire que toute croyance est absurde, ou gémir sur l'intolérance comme sur un mal nécessaire. Saint Louis raisonnait très conséquemment lorsqu'il disait à Joinville : « Si tu entends jamais quelqu'un parler mal de Dieu, tire ton épée et lui perce le cœur ; je te le permets?. »

Les considérations sur les rapports de la morale et de la religion, en particulier sur lutilité de la religion pour la vie morale, sont nombreuses dans ce recueil : « Le Déiste assure l'existence d’un Dieu, l’immortalité de l’âme et ses suites ; le sceptique n’est point décidé sur ces articles; l’athée les nie. Le sceptique a donc pour être vertueux un motif de plus que l’athée, et quelques raisons de moins que le déiste 4. » C’est encore Diderot qui déclare que « la Religion bien entendue et pratiquée avec un zèle éclairé ne peut manquer d'élever les vertus morales... La Religion et la Morale, ajoute-t-il, ont des liaisons trop étroites pour qu’on puisse

1. Témoignages,p.44. Œuvres philosophiques efdramatiques de M. DibEROT, Amsterdam, 1772, t. III, De l'interprétation de la nature, $ XXII, p. 29.

2. Ibid., p. 45. Extr. inédit. Œuvrés, etc., t. III, $ XXXII, p. 40.

3. Ibid., pp. 27-28. Extr. inédit. RayNaAL, Hist. philosoph., t. VII, p. 176.

4. Ibid., p. 44. Extr. inédit. Œuvres, etc., t. III, $ XXIII, p. 30.

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faire contraster leurs principes fondamentaux. Point de vertu sans religion, point de bonheur sans vertu!... » Comment ne pas trouver absurdes les dogmatistes modernes qui affirment « que la Divinité n’est qu'un vain fantome, que le vice et la vertu sont des préjugés d'éducation, que limmortalité de l'âme, que la crainte des ‘peines et l’espérance des récompenses à venir sont chimériques >; ne devraient-ils pas garder pour eux ces belles vérités, et nous laisser dans n08 préjugés qui leur sont avantageux ? ? |

De telles observations assurent le triomphe du christianisme: « La pureté de la morale peut faire présumer la vérité d’un culte; mais si la morale est corrompue, le culte qui préconise cette dépravation est démontré faux. Quel avantage cette réflexion seule ne donne-t-elle pas au Christianisme, sur toutes les autres religions ! Quelle morale comparable à celle de Jésus-Christ?!» Plus tard, l’Essai sur l'Indifférence invoquera de la même manière l'utilité du christianisme, doctrine souverainement vrale, utile, et par là même pleine de sens ei de réalité. Nous y retrouverons aussi Ja haine des doctrines étroitement matérialistes de la philosophie du temps: Vauvenargues est, 16 déjà, appelé en témoignage à son tour pour protester contre l'abus des sciences physiques aux dépens des recherches morales : « Nous nous appliquons à la chimie, à l'astronomie, ou à ce qu’on appelle érudition, comme si nous n'avions rien à connaître de plus important. Nous ne manquons pas de prétexte pour justifier Ces études. 11 n’y a point de science qui n'ait quelque côté utile. Ceux qui passent toute leur vie à l'étude des coquillages, disent qu’ils contemplent la nature. O démence aveugle! La gloire est-elle un nom, la vertu une erreur, la foi un fantome? Nous nions ou nous recevons ces opinions que nous n'avons jamais approfondies, et nous nous occupons tranquillement de sciences purement curieuses #. »

1. Témoignages, P- 48. Extr. inédit. Œuvres, etc., t. !, Essai sur le mérite et la veriu, EP. dédicat.

9. Ibid., pp. 51-52. Extr. inédit. Œuvres, etc. t. I, Essai sur le mérite e la veriu, p.48.

3. Ibid., p. 52. Extr. inédit. Œuvres, t. I, Essai sur le mérile el la veriu, p. 52.

4. Ibid., p. 69. Extr. inédit. Œuvres de VAUVENARGUES, 2 vol. pet. in-12, Paris, an V-1797, chez Couret-Villeneuve. Disc. prélim. de l'introd. à la conn. de l'esprit humain, À. I, p.8.

Mais surtout, les textes relatifs à l'utilité sociale du. christianisme sont recueillis avec un soin attentif: Raynal avoue que « la superstition la plus cruelle, la plus insensée » (lisez: le christianisme) « avait cependant peu à peu tiré l’Espagne du joug des Arabes! »; il reconnaît que Rome a toujours protégé les lettres et les arts?, que les moines, au Moyen Âge, menaient une existence utile à leur patrieÿ, et que la Suède était plus peuplée il y a trois siècles, quoique la religion catholique, qu’on y professait alors, autorisât les eloîtres et prescrivit au clergé le célibat#; que le christianisme seul a pu corriger la cruauté des Danois et des Norvégiens *, enfin que les Jésuites ont civilisé la Californie: leur gouvernement théocratique du Paraguay était admirable et assurait le bonheur des peuples 6, leur conduite au Brésil arrache au philosophe ce cri: « Je ne connais pas une vertu plus héroïque.» Aussi Raynal qualifie-t-il le christianisme de religion sainte, et même de « la plus sainte des religions$», et d'Alembert reconnait qu'il est « un bien plus puissant que tous les autres, auquel l’Europe entière doit aujourd’hui l’espèce de société qui s’est perpétuée entre ses membres, le Christianisme °».

L'idée était amusante : obliger les philosophes à démon-

trer, en se gardant d'y rien mettre du sien, que la Réforme

va se perdre naturellement dans le scepticisme, que l’incrédulité est le vice d’un sot, que l’intolérance contre les blasphémateurs et les impies est justifiée, que le Christianisme est la condition nécessaire de toute vie morale, que Îa société, enfin, lui doit ses progrès et même son existence, quelle jolie revanche sur eux, avec une pointe de malice très française, et que c'était bien leur faire payer comme il convenait tout le mal qu'ils avaient pu faire !

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